Les jeunes serrent les coudes derrière le PLQ, estime Nicolas Perrino

Nicolas Perrino, président de la Commission-Jeunesse du PLQ, estime que le débat sur les frais de scolarité est clos et qu’il faut rebâtir des ponts entre les fédérations étudiantes et son organisation.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Nicolas Perrino, président de la Commission-Jeunesse du PLQ, estime que le débat sur les frais de scolarité est clos et qu’il faut rebâtir des ponts entre les fédérations étudiantes et son organisation.

Le président de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ), Nicolas Perrino, s’étonne encore des résultats du scrutin du 7 avril dernier : les jeunes ont porté au pouvoir le PLQ, et ce, à peine 18 mois après la grève étudiante historique du printemps 2012. « C’est surprenant. » Selon lui, ils ont confié à l’équipe de Philippe Couillard de rétablir les finances publiques, mais pas à n’importe quel prix.

La « nouvelle génération sur le marché du travail » a fait bloc derrière l’équipe de Philippe Couillard, rejetant du coup la politique identitaire du gouvernement péquiste dans laquelle s’inscrivait la charte des valeurs québécoises. « On comprend une chose : les jeunes ne veulent plus de division. Ils veulent qu’on regarde vers l’avant, qu’on crée de la richesse, qu’on ait des programmes sociaux qu’on peut se permettre », souligne-t-il à la veille du 32e Congrès-Jeunes du PLQ, ce week-end à Sherbrooke.

 

Le PLQ s’est vu confier il y a quatre mois la lourde tâche d’assainir les finances publiques en appliquant « la méthode québécoise », c’est-à-dire en recherchant « le consensus » ou à tout le moins « le compromis ». Les ministres économiques Carlos Leitão, Martin Coiteux et Jacques Daoust n’ont pas le mandat d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 en mettant « à feu et à sang [l’État-providence] à la Thatcher », explique-t-il dans un entretien avec Le Devoir.

 

La promesse électorale de limiter la hausse des droits de scolarité au taux de croissance du revenu disponible des familles tiendra coûte que coûte. « Le débat sur les frais de scolarité est clos », soutient M. Perrino, évoquant du même souffle les efforts de la commission jeunesse du PLQ afin d’accroître le « dialogue » avec les fédérations étudiantes, au point mort après le printemps érable. « Il y a eu des “ clashs ”. On est en train de refaire les ponts. »

 

Mais, malgré un accueil plutôt froid, la proposition d’abolir les cégeps au profit de « Grandes écoles de métiers », dont la formation serait mieux arrimée aux besoins du marché du travail, sera soumise aux jeunes libéraux ce week-end.

 

Les représentants des jeunes ont échoué à obtenir l’« appui » des fédérations étudiantes ou du ministre Yves Bolduc, a admis M. Perrino vendredi. Le ministre de l’Enseignement supérieur s’engage à apporter des changements à la formation collégiale, mais c’est insuffisant, est persuadé M. Perrino. Il plaide pour une « réforme beaucoup plus profonde » de la formation professionnelle et technique au Québec, à défaut de quoi « le problème structurel [de la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée dans les PME] va demeurer [ou encore, s’intensifier lors de la mise en oeuvre] du Plan Nord et de la Stratégie maritime ».

 

Qui plus est, le démantèlement du réseau des cégeps — qui s’effectuerait sur cinq, voire dix ans — constituerait une « bonne décision » de développement régional, selon lui. Pourtant, le chef libéral, Philippe Couillard, opposé à l’abolition des cégeps, soutenait le contraire lors de la dernière course à la direction du PLQ.

 

« Je ne pense pas que le gouvernement soit très content [de retrouver cette mesure dans notre cahier de propositions]. Mais nous, on veut en discuter », dit Nicolas Perrino, insistant sur la « totale indépendance » dont jouit l’aile jeunesse au sein du PLQ. « Ce n’est pas tout le monde qui est heureux avec ça », poursuit-il, tout en pointant le cahier de propositions de 10 pages coiffé du titre Avoir la tête à l’emploi, qui sera débattu samedi et dimanche.

 

« C’est tout au service de l’économie », déplore le président de l’aile jeunesse du PQ, Léo Bureau-Blouin, arguant que les cégeps offrent une « formation générale précieuse ». Les propositions défendues par son homologue libéral s’inscrivent dans une « logique “ tout pour le marché, tout au service de l’argent ”, au détriment du tissu social ».

 

Une laïcité consensuelle

 

D’autre part, le président de l’aile jeunesse libérale se distancie de l’approche du gouvernement Couillard en matière d’immigration et de laïcité. Il doute notamment de la nécessité de légiférer afin de fixer des « balises » aux accommodements religieux et au port de certains signes religieux pour offrir ou recevoir des services de l’État. La jeunesse québécoise n’a pas érigé de « barrière psychologique » contrairement peut-être à « certaines autres générations ».

 

Chose certaine, M. Perrino dissuade la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, d’entreprendre de « grandes consultations » — semblables à celles menées par l’ex-ministre Bernard Drainville sur la charte de la laïcité du PQ — sur le futur projet de loi.

 

D’autre part, l’exécutif jeune appelle à une plus grande diversification des pays sources d’immigration. Il soumettra ce week-end aux jeunes libéraux l’idée de sélectionner les immigrants en fonction tout d’abord de leurs compétences — et des besoins des employeurs québécois — plutôt que de leur maîtrise de la langue française. « Ce n’est pas nécessaire qu’ils parlent français quand ils arrivent au pays », indique Nicolas Perrino, favorable à une hausse des sommes d’argent allouées aux programmes de francisation des nouveaux immigrants.

Cette suggestion de diminuer les points accordés à la maîtrise du français dans les grilles d’évaluation des candidats à l’immigration au Québec «fragilisera» la situation «déjà difficile» de la langue française sur l’île de Montréal, rétorque Léo Bureau-Blouin. «C'est inquiétant.»

La maîtrise de la langue française constitue une condition sine qua non pour réussir son «intégration» au Québec, fait valoir le président de l’aile jeunesse libérale. «Ça se passe en français au Québec. Et la meilleure manière d’intégrer les immigrants, c’est par le marché du travail» répète Nicolas Perrino, rappelant que la paternité de la «loi 22» — Langue française, langue officielle du Québec —, adoptée il y a 40 ans, appartient aux jeunes libéraux.

Et, à compétence égale, l’immigrant ayant une meilleure maîtrise du français sera sélectionné, insiste-t-il.

L’exécutif jeune milite également en faveur d’une accélération du processus de reconnaissance des compétences des immigrants, en obligeant les ordres professionnels à faire connaître, le cas échéant, un «cheminement clair et concis pour acquérir les compétences manquantes» tout au plus 3 mois après l’obtention de leur résidence permanente.

M. Perrino voit un «non-sens» dans le refus de certains ordres professionnels de reconnaître la validité de diplômes par exemple délivrés par les facultés de médecine d’universités françaises ou allemandes. «Le corps humain est pareil dans toutes les sphères du globe.»

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

Quelques propositions débattues ce week-end

  •  Tirer vers le haut la TVQ. Tirer vers le bas l’impôt sur les particuliers
  • Remplacer le programme d’aide sociale par un programme de revenu minimum garanti
  • Promouvoir l’établissement de coentreprises entre les producteurs agricoles et des fonds privés
  • Accroître la présence des jeunes sur les conseils d’administration des organismes publics et parapublics
27 commentaires
  • Louka Paradis - Inscrit 9 août 2014 03 h 55

    L'art du sophisme

    M. Perrino joue du sophisme comme plusieurs de ses maîtres à penser libéraux. Sa première affirmation en est une illustration parfaite : «...les jeunes ont porté au pouvoir le PLQ, et ce, à peine 18 mois après la grève étudiante historique du printemps 2012.» Primo, ce ne sont pas les jeunes qui ont porté le PLQ au pouvoir. Secundo, il n'y a pas de corrélation entre l'élection du 7 avril et le conflit étudiant. Des prémisses fausses, bref, un condensé de mauvaise foi en quelques lignes. Et ça continue dans les mêmes eaux...
    Pour la question des accommodements religieux et de la laïcité de l'État, voici ce que M. Perrino avance : « La jeunesse québécoise n’a pas érigé de « barrière psychologique » contrairement peut-être à « certaines autres générations ». Or, il ne s'agit pas du tout d'une question de génération ou de soi-disant «barrière psychologique» ; c'est plutôt une question de vision et de choix de société.
    Quant à ses affirmations sur l'immigration et la langue française, elles ne sont pas fondées : de très nombreux immigrants de langue française possèdent d'excellentes compétences et de grandes richesses : ils sont même très souvent créateurs d'emplois ; alors, vouloir ainsi réduire leur sélection aux besoins des employeurs me semble non seulement méprisant à l'égard des immigrants de langue française mais plutôt appauvrissant pour notre société. Que voilà une pensée étriquée et truffée de préjugés à l'égard de la culture française ! Par ailleurs, quand on pense au sort qu'ont subi les programmes de francisation sous la férule de Charest et aux coupures que mijotent Laetaos et Coiteux, ce n'est guère porteur d'espoir. Espérons que ses camarades libéraux lui ouvriront l'esprit...

    • Cyr Guillaume - Inscrit 9 août 2014 16 h 18

      Bien d'accord avec vous, dire que ce n'est pas important que les immigrants parlent français quand ils arrivent au Québec, c'est hypothéquer l'avenir de notre culture et de notre langue, et l'arrimer au porte feuille du monde des affaires. Tout pour le porte feuille, et zéro fierté identitaire. Ils ont autant de colonne vertébrale qu'une flaque d'eau ces libéraux.

  • Jacques Morissette - Inscrit 9 août 2014 04 h 20

    Les jeunes Libéraux ou comment aller à la pêche.

    Ça me rappelle le titre d'un ancien film: Cause toujours mon lapin. Le but du belligérant reste quand même d'entraîner la masse désinformée dans ses sillons, rien que par son affirmation.

  • François Dugal - Inscrit 9 août 2014 05 h 18

    Enrichissons notre vocabulaire

    BCBG (acronyme de Bon Chic Bon Genre)
    Se dit des gens qui affichent de façon discrète leur standing par une élégance de bon aloi.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 août 2014 06 h 22

    Citoyens

    Citoyens du monde ou nord-américains ces jeunes ?

    En fait, ils sont comme les premiers arrivants... sans frontières ! Ils ont une culture derrière eux qu'ils n'apprécient pas nécessairement et un univers devant qu'ils veulent apprivoiser. Ils n'ont aucune limites et n'en acceptent aucune, Vous ne réussirez pas à les enfermer à l'intérieur de quelques frontières que ce soit ! Ils possèdent l'âme indomptable des coureurs de bois originaux.

    Les jeunes des années 60 ont essayé quelque chose, ça n’a pas l’air de plaire aux jeunes d’aujourd’hui. Je n’ai aucune idée d’où leur ferveur va les mener mais, le résultat ? : Il leur appartient !

    Bonne chance et bon succès.

    PL

    P.S. Vous pouvez être d’accord avec eux ou pas, c’est votre choix, mais ça ne les fera pas dévier, ce n’est pas dans leurs gènes.

  • Yvon Giasson - Abonné 9 août 2014 06 h 48

    Il n'est pas nécessaire que les immigrants parlent français en arrivant ici mentionne le président de la commission-jeunesse du Parti Libéral du Québec.
    Bien sûr ils pourront toujours décider de l'apprendre après leur arrivée s'ils se retrouvent dans le Québec profond.
    Mais comme ils auront toutes les chances de se dénicher un emploi dans un des grands centres urbains du Québec, ils auront, grâce aux bons soins des libéraux au pouvoir, l'occasion de choisir la langue "officielle" du commerce et des affaires (les vraies affaires quoi), l'anglais.
    Inutile de nous préoccuper du sort de la langue française en Amérique du Nord, notre relève libérale s'en occupe pour nous...