La concurrence, un remède à la corruption

La Ligue d'action civique veut soumettre l’industrie de la construction et du génie-conseil au darwinisme social.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir La Ligue d'action civique veut soumettre l’industrie de la construction et du génie-conseil au darwinisme social.

La Ligue d’action civique propose un train de mesures pour accroître la concurrence en politique et en affaires dans un mémoire présenté à la commission Charbonneau.

 

Le mémoire, dont Le Devoir a obtenu copie, propose de mettre un terme aux mesures de protectionnisme qui ont caractérisé l’octroi des contrats publics, au municipal et au provincial.

 

Selon la Ligue d’action civique, il faut cesser « de mettre des barrières à l’introduction de joueurs de l’extérieur du Québec ». « La concurrence utile pousse les individus et les organisations à se dépasser, les meilleurs prospèrent, les autres disparaissent pour être remplacés. “Creative destruction” diraient les promoteurs du capitalisme », écrivent les auteurs du mémoire (Frédéric Lapointe, Julie Demers, Robert Daniel et Martin Drapeau).

 

La Ligue veut soumettre l’industrie de la construction et du génie-conseil au darwinisme social. « Ici, il est tout à fait naturel que les organisations toxiques, leurs dirigeants ou leurs actionnaires, le cas échéant, soient éliminés du marché pour être remplacés par d’autres, plus productifs. Les ingénieurs et les maçons ne seront pas davantage au chômage, notre société aura toujours besoin d’eux : ils seront simplement au service d’entreprises saines plutôt que prisonniers d’organisations criminelles », enchaîne le mémoire.

 

Par souci de préserver des emplois en région et d’assurer l’essor des entreprises québécoises, les critères d’attribution des contrats publics favorisent les firmes d’ici au détriment des firmes étrangères. Dans l’industrie de la construction et du génie civil, les règles d’attribution des contrats ont facilité le partage des territoires et la collusion, ont révélé les travaux de la commission Charbonneau.

 

Les partis au pas

 

La Ligue d’action civique, qui fait la promotion de la saine gouvernance dans la politique municipale et scolaire, estime qu’il faut aussi encourager la concurrence en politique.

 

Le système électoral encourage le bipartisme à l’Assemblée nationale. Dans les municipalités, l’opposition ne survit généralement pas à une élection, laissant le champ libre au maire élu et à son équipe.

 

La Ligue se dit d’accord avec la réforme du financement des partis, qui a limité à 100 $ les contributions à un parti politique. L’État, qui assume une part accrue du financement des partis, devrait trouver une façon de venir en aide aux tiers partis et aux courants politiques émergents. « Le financement public prend souvent pour référence objective les résultats électoraux passés. Cette méthode favorise les joueurs présents au détriment des nouveaux engagements politiques et, ultimement, de la concurrence », constate l’organisme.

 

En outre, les partis politiques doivent être soumis à un plus grand effort dans la reddition des comptes pour éviter qu’ils ne succombent à « une forme ou une autre d’omertà » et « au culte de la personnalité » du chef.

 

« Ce qui est aujourd’hui un lieu commun, le financement des entreprises et ses conséquences politiques, il fallait un certain courage pour l’évoquer même privément il y a quelques années, que ce soit au Parti québécois ou au Parti libéral », constatent les auteurs, qui parlent en connaissance de cause.

 

Frédéric Lapointe (au PQ) et Martin Drapeau (au PLQ) furent parmi les premiers militants à dénoncer la corruption et à exiger une enquête publique dans leurs formations respectives.

 

Pour aiguiser les réflexes démocratiques des partis, la Ligue suggère d’encourager la participation et les propositions des membres, de choisir les officiers du parti au scrutin universel et de vérifier régulièrement l’intégrité des sources de financement des formations.

 

Enfin, la Ligue d’action civique propose d’étendre le modèle de l’Inspecteur général de la Ville de Montréal à d’autres municipalités de 100 000 habitants et plus, de protéger les lanceurs d’alerte, d’encourager le modèle des données ouvertes dans les institutions publiques et la diffusion des séances publiques dans les municipalités.


 
21 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 23 juillet 2014 02 h 45

    Quelle bonne idée !!!

    "Selon la Ligue d’action civique, il faut cesser « de mettre des barrières à l’introduction de joueurs de l’extérieur du Québec »."
    Finissons donc de livrer notre patrimoine économique et humain à nos adversaires politiques. Ainsi, notre agonie apathique sera abrégée dans une collusion commerciale canadienne...
    Quelle bonne idée !

  • jean-charles chebat - Inscrit 23 juillet 2014 04 h 31

    Concurrence vs corruption

    La concurrence est un élément essentiel d'une société ouverte (au sens de Karl Popper). Les mécanismes auto-régulateurs réduisent (certes sans les annuler totalement) les dérapages dus à la corruption. Les médias ont fait du mot libéral une quasi injure lorsqu'il s'appliquait au domaine economique (et un éloge lorsqu'il s'appliquait au domaine politique: voir par exemple le récent article sur Dukakis). Pourtant ces deux branches du libéralisme sont étroitement liées conceptuellement et historiquement. La liberté ne se découpe pas en tranches dont certains sont bons et d'autres à rejeter!

  • Robert Henri - Inscrit 23 juillet 2014 07 h 27

    Chacun son métier et les vaches seront bien gardées.

    Chacun son métier et les vaches seront bien gardées. Le gouvernement avait des propres ingénieurs et ses propres travailleurs avant. On a provatisé la fonction d'ingénieur. On nous a bourré le crâne à nous dire qu'un gouvernement ce n'est pas fait pour faire de la construction et on voit le résultat. Le gouvernement doit refaire sa structure en recrutant ses ingénieurs. En plus des recommendation de monsieur le juge, il faudrait revenir à ce que nous avions, refaire ce que les gouvernements on défaits en dérèglementant à tous vents. Je ne crois pas qu'on puisse se fier à Philippe Couillard pour ce faire. N'importe-qui qui fait la 138 le long de la Côte-Nord a dû remarquer comment la route est moins biien dégagée et peut voir où commence et termine le territoire octroyé à un entrepreneur tellement la travail est fait irrégulièrement.

    • Victoria - Inscrite 23 juillet 2014 16 h 44

      Corrigez-moi si je me trompe… La peur au ventre est bien installée.

      Avant la déréglementation et la privatisation, le respect de l’environnement dans tous les sens du mot semblait une priorité. On avait plus d’argent dans nos poches, nos salaires étaient moins imposés. Le mot liberté avait un sens.

      À partir de ce moment-là, une multitude de programmes de subventions ont été créés pour la création d'emploi, entre autre. Est-ce qu’il y a eu une réelle économie? Quelqu’un a-t-il comparé ?

      Ceux qui parmi nous, ont compris le désastre créé, ont réalisé que l’indépendance et la souveraineté était devenu une chose impossible à réaliser étant de moins en moins propriétaire. Qui a les moyens de se battre contre des multinationales en expansion? Selon un sondage récent, 52 % des personnes contactées ne dénonceraient pas une fraude fiscale. Dénonceraient-elles d’autres fraudes ?

      La peur au ventre est bien installée. La désamorcer prendrait presqu’un miracle… ou des martyrs nouveaux genres.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 23 juillet 2014 07 h 34

    Immobilisme

    Voilà pleins de bonnes idées qui risquent de se frapper au mur du protectionnisme québécois.

  • Pierre Germain - Inscrit 23 juillet 2014 07 h 56

    Cet article expose ce que tous savent déjà: la non-concurrence mène à la stagnation, à la non créativité, à l'inefficience et, à terme, à l'abus et à la corruption. Il n'y a pas que le monde de la politique et celui de la construction qui soient affectés par cette tare; le monde médical l'est aussi. Quand on voit nos médecins exiger des rémunérations loufoquement exagérées pour travailler de moins en moins, avec aucunes améliorations ni dans la quantité ni dans la qualité ni dans l'accessibilité des soins, on ne peut que faire le constat que nous sommes en présence d'un monopole incontrôlé, sans aucunes réglementations adéquates. Je mentionne au passage que pour avoir le même nombre de médecins que dans les pays d'Europe de l'Ouest, proportionnellement au nombre de ses habitants, il faudrait augmenter le nombre de médecins au Québec de 70 %.

    Ce monopole médical, en plus de coûter cher et d'être inefficace, empêche aussi l'éclosion de méthodologies plus efficientes globalement mais désavantageant le portefeuille des médecins: suivis multidisciplinaires, systèmes experts, tests annuels sans passer par le médecin si non nécessaire, informatisation des bureaux et de certaines tâches, organisation du travail autour du patient et non pas autour du médecin, ...

    Ce qui est sûr, c'est que nous sommes en face d'un monopole médical dont ses propriétaires légitimes, les contribuables québécois, doivent rapidement reprendre contrôle.