Barrette est disposé à faire appel à la clinique privée Rockland MD

Le ministre Gaétan Barrette a invité la clinique privée à «faire la démonstration» selon laquelle elle est en mesure de fournir des soins de santé «au même coût, sinon moindre» que le réseau public.
Photo: Clément Allard La Presse canadienne Le ministre Gaétan Barrette a invité la clinique privée à «faire la démonstration» selon laquelle elle est en mesure de fournir des soins de santé «au même coût, sinon moindre» que le réseau public.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se dit disposé à faire appel à la clinique privée Rockland MD, mais à condition qu’elle baisse ses tarifs. Une bonne affaire est une bonne affaire.

 

« Je n’ai aucun problème à utiliser une ressource supplémentaire, qu’on n’a pas ailleurs dans le réseau », a-t-il affirmé jeudi après-midi à la sortie du dernier caucus libéral avant la relâche estivale des travaux parlementaires.

 

Mais, l’équipe de médecins de Rockland MD doit offrir des tarifs « compétitifs » avant d’escompter de se voir confier de nouveaux patients par un établissement de santé public. M. Barrette a invité la clinique privée à « faire la démonstration » selon laquelle elle est en mesure de fournir des soins de santé « au même coût, sinon moindre » que le réseau public. « Ça ne peut pas être plus clair que ça », a-t-il lancé à l’occasion d’un impromptu de presse.

 

Le ministre a interpellé à cet effet la direction de la clinique. « Ils se targuent d’être moins chers. Prouvez-le ! […] Ouvrez vos livres ! On va regarder si vous êtes compétitifs. Si vous l’êtes, moi ça va me faire plaisir de donner plus de services à la population », a-t-il dit.

 

Pourtant, M. Barrette a récemment avalisé la décision de son prédécesseur, Réjean Hébert, de ne pas renouveler en septembre prochain l’entente entre Rockland MD et l’hôpital Sacré-Coeur. Ce choix s’imposait à « [tout] bon gestionnaire », a-t-il souligné. « Le coût unitaire des services fournis par Rockland MD était plus élevé, incluant les immobilisations, qu’au public, qu’à Sacré-Coeur ou ailleurs. »

 

Malgré tout, le gouvernement avait « à l’époque » conclu une « bonne entente » afin de pallier la hausse « dramatique » de la liste d’attente due à la baisse de capacité du bloc opératoire de l’hôpital Sacré-Coeur. En opérant quelque 1500 patients par année, la clinique privée a permis de maintenir le rythme pendant les rénovations.

 

Le gouvernement du Québec a déboursé plus de 25 millions de dollars pour 10 681 chirurgies d’un jour depuis 2008, dont 4,9 millions seulement en 2013-2014 (1577 chirurgies).

 

« Ça coûte moins cher qu’à l’hôpital », a soutenu le député caquiste Éric Caire, accusant le ministère de la Santé et des Services sociaux de « désinformation ». En 2012‑2013, le MSSS a payé 3,8 millions à Rockland MD, et non 5,5 millions comme il l’a indiqué durant l’étude des crédits, a-t-il indiqué, après avoir passé au peigne fin la pile de factures transmises par la clinique à l’hôpital Sacré-Coeur. « Donc, 1 636 284 $ de moins ! »

 

L’élu de la Coalition avenir Québec presse M. Barrette de multiplier les ententes publiques-privées en santé « dans la mesure où l’intérêt du patient et l’intérêt du contribuable sont bien servis ».

 

Le recours au secteur privé doit demeurer exceptionnel, selon le Parti québécois. « Si on amène les médecins, infirmières, techniciens dans les cliniques privées, on vide les hôpitaux des ressources professionnelles dont on a besoin, a dit la députée de Taillon, Diane Lamarre. Ce qu’il nous manque, ce n’est pas des cliniques en béton, c’est de la disponibilité de professionnels de toutes natures pour nous aider à mieux utiliser nos infrastructures », a-t-elle ajouté.

 

« Pas d’inquiétudes »

 

Le rapatriement dans le réseau public des 1500 patients confiés à Rockland MD se fera sans anicroche, a promis M. Barrette. L’hôpital Sacré-Coeur est disposé à en prendre en charge « même plus qu’avant les rénovations », a-t-il indiqué, disant s’appuyer sur une « confirmation écrite de la direction de l’hôpital ».

 

L’établissement a aussi pu mettre la main sur du « temps opératoire pour ses propres chirurgiens » à l’hôpital Fleury et à l’hôpital Jean-Talon. D’autre part, les 207 patients en attente d’une chirurgie bariatrique à Sacré-Coeur seront traités à l’hôpital de Lachine, a confirmé M. Barrette. « Il n’y a pas d’inquiétudes. »

 

La Coalition avenir Québec n’est guère rassurée. « Le ministre est en train de nous négocier une rupture de services », a fait valoir M. Caire.

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6 commentaires
  • Pierre Couture - Inscrit 4 juillet 2014 08 h 13

    Avec les docteurs

    Avec les docteurs Couillard, Barrette et Bolduc, n'est-ce pas que nous sommes bien équipés pour nettoyer les écuries d'augias?

  • Réjean Guay - Inscrit 4 juillet 2014 09 h 42

    Comment peut-on faire confiance à ce trio médical pour gouverner le Québec ? Et en particulier en santé , où ils sont à la fois juges et parties ?

  • Marc Davignon - Abonné 4 juillet 2014 11 h 44

    Ben oui ...

    Moins cher! C'est sur. Pas de problème. On facture les «extras» au patient.

    Comment peuvent-ils prétendre offrir à cout moindre qu'un gouvernement qui ne cherche pas à faire de profit?

    Comment?

  • Damien Tremblay - Inscrit 4 juillet 2014 17 h 53

    Le principe des vases communicants

    Plus on va encourager le secteur privé, plus il va drainer les ressources du secteur public. Une évidence dans une société où les effectifs professionnels sont limités et insuffisants.

  • Pierre Couture - Inscrit 4 juillet 2014 18 h 20

    À qualité égale...

    À qualité égale, le privé n'arrive pas à la cheville du public du côté des coûts.

    Mais vue la feuille de route des médecins qui nous dirigent actuellement, ce n'est pas étonnant que le gouvernement lorgne du côté du privé.

    Quand on songe que M. Couillard, qui a caché ses sous dans un paradis fiscal, a juré ses grands dieux qu'il avait mené des «enquêtes approfondies» avant de nommer ses ministres...

    L'avenir nous paraît assez sombre.