Le processus d’octroi de contrats sur la sellette

Le p.-d.g. d'Hydro-Québec Thierry Vandal
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le p.-d.g. d'Hydro-Québec Thierry Vandal

Le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, a dû défendre le processus d’octroi de contrats de la société d’État, deux semaines après que celui-ci se soit retrouvé sous les projecteurs de la Commission Charbonneau. Des employés d'Hydro-Québec ont pu commettre des gestes inappropriés au fil des dernières années, a-t-il admis lundi avant-midi, se refusant toutefois de parler de «cas de collusion [ou] de malversation».

 

«Nos pratiques d’attribution de contrats [aux firmes de génie-conseil] sont robustes», a déclaré le grand patron d’Hydro-Québec, à l’occasion de sa comparution devant la commission de l’agriculture, des pêcheries, énergie et ressources naturelles. «On est fiers de nos pratiques», a-t-il répété.

 

Le processus d’octroi de contrats actuellement en vigueur permet à la société d’État de bénéficier de «services de qualité» et de «bons prix» tout en lui assurant «une très très grande disponibilité de l’expertise au Québec dans tous les secteurs», a-t-il expliqué à l’occasion de l’étude des crédits budgétaires 2014-2015 du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

 

Quelque 21 firmes de génie-conseil se sont partagé des contrats — neuf fois sur 10 accordés sans appels d'offres — totalisant un milliard de dollars d'Hydro-Québec de 2000 à 2011. «En principe, ça parait fantastique des appels d’offres, mais […] des fois ça peut donner des résultats qui ne sont pas des résultats heureux», a dit M. Vandal, précisant avoir arrimé les pratiques d’Hydro-Québec à celles préconisées par l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

 

Talonné par les députés péquiste Bernard Drainville et caquiste Gérard Deltell, M. Vandal a toutefois lâché: «il y a pu y avoir des épisodes» durant lesquels les pratiques d’attribution de contrats ont pu être court-circuitées par des employés. «Il y a des gens qui ont déjà été congédiés dans le cas où un contrat avait pu donner lieu à une situation inappropriée, mais ce sont des phénomènes épisodiques», a-t-il soutenu. Les «suivis» se sont parfois soldés par des «mesures disciplinaires allant jusqu’au congédiement».

 

Mais, M. Vandal a été incapable de spécifier la date de la première vérification interne du genre ainsi que le nombre d’enquêtes effectuées depuis son accession à la tête d’Hydro-Québec au printemps 2005. «On va vous fournir toute l’information qui peut être disponible sur le sujet», s’est-il contenté de dire.

 

M. Drainville et M. Deltelle ont tour à tour tenté de le convaincre de déposer les rapports de vérification interne à la commission de l’agriculture, des pêcheries, énergie et ressources naturelles. M. Vandal s’y est toutefois refusé, disant devoir «[se] référer au comité de vérification du conseil d’administration». «C’est une règle de base de gouvernance», a-t-il indiqué.

 

En aucun cas, il n’y a une «pratique établie» de collusion ou de corruption qui a été établie par les détenteurs de contrats d’Hydro-Québec, selon M. Vandal.

 

Ni une, ni deux, les élus d’opposition ont confronté le grand patron d’Hydro Québec au témoignage du «témoin A» de la Commission Charbonneau, selon lequel la société d’État a offert au fil des dernières années des «réels retours d'ascenseurs» à des firmes de génie-conseil apparemment impliquées dans le financement illégal des partis politiques.

 

Selon l'ex-ingénieur de BPR et de Roche, un «club sélect» formé de quatre firmes, BPR, Axor, Dessau et SM, bénéficiait d'une relation privilégiée avec Hydro-Québec. Parmi les «retours d’ascenseur», «Jean Gagnon» — surnom donné par la commission, Charbonneau — a notamment cité comme exemple un contrat de 300 millions de dollars, accordé sans appel d'offres par Hydro-Québec à un consortium formé de BPR, Axor, Dessau et SM.

 

Il s’agissait d’«un témoignage lourd de conséquences», a souligné M. Deltell lundi avant-midi, s’expliquant mal la méconnaissance par M. Vandal notamment du nombre d’enquêtes internes effectuées par la société d’État. «Je trouve ça malheureux [d’autant plus que] la vie politique est contaminée par des histoires d’extras, de collusion, de corruption en matière de contrats publiques […] depuis cinq ans».

 

De son côté, Thierry Vandal a jeté le doute sur la crédibilité du «témoin A», le décrivant comme «quelqu’un a fait une déclaration à visage couvert avec une voix truquée».

 

À couteaux tirés avec le VG

 

M. Vandal a dû aussi faire face aux reproches adressés par le vérificateur général, relayés lundi par le député de Chauveau, Gérard Deltell.

 

«Malheureusement, vos pratiques de transparence sont médiocres. Vous avez […] beaucoup de croute à manger là-dessus. Ce n’est pas moi qui le dis; c’est le vérificateur général!» a lancé l’élu du deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, pointant le «rapport cinglant» du VG.

 

M. Vandal dit vouloir offrir une «formation» aux enquêteurs du VG tout en assurant avec eux une certaine «coordination» afin d’assurer l’«optimisation de ressources» à Hydro-Québec, mais en vain. «On n’est pas sûr de comprendre pourquoi [une formation et une coordination] portaient atteinte à son indépendance.»

8 commentaires
  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 30 juin 2014 16 h 54

    Transparence et éducation

    Magnifique, jamais entendu pareille tournure d'auto-suffisance: chers membres du bureau du VG, nous ne pouvez rien comprendre a nos manières de faire sans que l'on vous donne un COURS!!! Depuis le temps que l'on suit des auditions aux commissions d'enquete ou a celles des différentes chambres, on n'avait pas trouvé une si belle entourloupette. Bravo M. Vandal, vous etes un innovateur tout azimut. Et puis, on se demande pourquoi la population est si lasse de ses représentants.

  • Damien Tremblay - Inscrit 30 juin 2014 17 h 49

    Le mur infranchissable d’une gouvernance occulte et opaque

    Pour nous, propriétaires, consommateurs et payeurs de très lourdes taxes au gouvernement (sous formes de dividendes), le PDG Thierry Vandal relève de l'indécence le plus totale.

    Il est en effet totalement inconcevable que le propriétaire d’une entreprise dont les actifs valent quelque 150 milliards$ se sente floué par sa propre compagnie. On sait que le PDG Vandal a participé à toutes entourloupettes libérales qui ont permis de spolier les propriétaires de plusieurs milliards de dollars

    Les seuls exemples tordus qui nous viennent à la mémoire sont ceux de la filière éolienne et la passe de la centrale au gaz TAG (turbine à gaz) de Bécancour qui ne fonctionne que 30 ou 40 heures par an. Hydro Québec devra verser entre un et deux milliards de compensation à l’albertaine TransCanada Energy. Évidemment le PDG Thierry Vandal était le complice de cette spoliation des propriétaires d’HQ.

    Quant à la passe de l’éolien, l’augmentation des tarifs d’électricité de 4,5% sert à couvrir les coûts faramineux d’achat d’électricité éolienne. Nous vous faisons grâce des détails où le PDG était le collaborateur intime des basses œuvres du gouvernement libéral sous Charest.

    Le témoignage du PDG nous montre un haut commis de l’État québécois qui affiche une attitude aux antipodes de la transparence. Il incarne parfaitement le gardien du mur infranchissable d’une gouvernance occulte d’une totale opacité. Nous pourrions admirer ses talents si nous étions victimes du syndrome bourreau-victime.

    Monsieur Vandal est l’héritage empoisonné de J. J. Charest; une manière de cadeau de grecque dont le Québec ne peut se passer car il a un contrat en béton donné en cadeau par le premier ministre Charest pour services rendus.

    La prochaine énormité sera de vouloir vendre aux Québécois la privatisation d'Hydro Québec pour éponger la dette de l’État québécois.

    • Jean Cantin - Inscrit 30 juin 2014 21 h 22

      En passant selon le dernier plan budgétaire déposé par le gouvernement dirigé par les libéraux, la dette brute de l'état québecois touchera presque les 200 milliards à la fin 2014 ce qui fait que même la dette nette à 182 milliards dépassera largement la valeur que vous attribuez aux actifs de HQ.

      Et pas besoin de leur donner l'idée de vouloir privatiser HQ. Dites-vous bien que lorsque le mur viendra, les vautours financiers l'exigeront.

      Mais d'ici-là, de grâce, ne faites pas comme les mercenaires de la finance qui ramène cette mantra dès qu'ils en ont l'occasion.

    • Guy Vanier - Inscrit 1 juillet 2014 05 h 47

      Vous avez tout compris monsieur Tremblay! Superbe analyse.

  • Leclerc Éric - Inscrit 30 juin 2014 17 h 56

    Comme pdg d'Hydro-Québec il doit savoir contourner la vérité

    Après avoir menti sur les origines réelles de la panne majeure qui a touchée Montréal l'été dernier, Thierry Vandal doit justifier l'attribution de contrats en faveur des amis des libéraux s'il veut voir son mandat être prolongé; tout en travaillant étroitement à augmenter allègrement les surplus produits par la société d'état, qui obligent Hydro-Québec à hausser les tarifs et à engranger des profits.

    Il devait exceller en mathématiques, physique, chimie et philosophie ce monsieur Vandal.

    • Guy Vanier - Inscrit 1 juillet 2014 06 h 09

      Juste lire la liste des gens menbre du conseil d'administration , le patron du PDG nous donne froid dans le dos!

  • Donald Bordeleau - Abonné 30 juin 2014 22 h 54

    Fava collecteur de fond du PLQ à Québec

    Fava en 2008 remet un contrat à l'entreprise de Whissell pour le viaduc Fassett sur l'autoroute 50. Le viaduc a du être refait par le MTQ.

    Fava a reçu des contrats pour un milliard. Marc Bellemare confirme les piles d'argent comptant au restaurant Rascal lors du financement pour le PLQ. C'est Fava qui a fait nommé Gérard Bibeau à la tête du Conseil Privé sous le gouvernement Charest.

    Fava et Accurso sont les heureux récipiendaire des contrats de la Rivière Romaine.

    L'influence de Fava qui est capable de faire nommer des juges, donc capable aussi d'obtenir des contrats.

    Un autre entrepreneur ce Fava comme collecteur à la caisse du PLQ. Bizarre d'entendre cela à la Comission Bastarache.

    Surcoût de 30% de la contruction du projet de la Romaine par l'ajout des extras pour 1 milliard.

    Peu de malversation selon Monsieur Vandal. Depuis quelques années plusieurs milliards de perdus par les surcoûts, l'aventure de l'usine de cogénération de Tran-Canada Energy, l'éléphant blanc des parcs éoliens perte de 1 milliard du début de la rénovation de Gentilly.

    Trois erreurs du gouvernement Charest au pouvoir pour des pertes de 3 milliards en 5 ans.

  • Damien Tremblay - Inscrit 1 juillet 2014 10 h 10

    Les cent péchés capitaux du PDG Thierry Vandal

    Merci d'allonger la liste des péchés capitaux du PDG Thierry Vandal qui de toute évidence n'est aucunement doué au niveau de l'imputabilité.

    Une nouvelle mode depuis la fin du XXe siècle au Québec et ailleurs : Plus personne n'est responsable. La chaîne de responsabilité se perd comme dans l’effondrement d’une longue ligne de dominos.

    Parlant d’effondrement, nous nous rappellerons toujours le commentaire lapidaire de Pierre-Marc Johnson au sujet de l'effondrement du viaduc de la Concorde dont il avait la « responsable » de l’enquête : « Nous ne cherchons pas de coupable(s)! ». Pourtant, quand nos policiers font du « taxage » sur les routes du Québec, ils mettent le coupable à l'amende sommaire, sans jugement d’un tiers. Le PETIT est toujours coupable, lui.