Les toits verts, ces indésirables

Alors que le gouvernement incite les citoyens à construire des toits verts, dans les faits, le Code national du bâtiment ne les permet actuellement pas. Pour les grands projets, la procédure de dérogation est longue et exigeante. Ci-dessus, une toiture montréalaise.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alors que le gouvernement incite les citoyens à construire des toits verts, dans les faits, le Code national du bâtiment ne les permet actuellement pas. Pour les grands projets, la procédure de dérogation est longue et exigeante. Ci-dessus, une toiture montréalaise.

Les toits verts ont beau avoir la cote au Québec, ils sont toujours jugés non conformes par la Régie du bâtiment (RBQ), qui impose une série de contraintes aux promoteurs que cela intéresse.

 

Denis Bolduc est en pourparlers avec la RBQ depuis un an et demi à propos du toit vert de son complexe de condominiums à Québec. Baptisé le « Vert condominium », le projet de huit étages est situé dans le secteur de Val-Bélair. « C’est aberrant de penser qu’on ne puisse plus utiliser les toits des immeubles, dit-il. On veut rendre ça plus agréable pour les gens, puis en plus ça améliore la qualité de l’air dans une ville. »

 

Le problème touche surtout les gros projets (plus de deux étages et plus de huit logements). Et souvent, les gens ne sont même pas au courant des normes à respecter. Par exemple, M. Bolduc avait déjà aménagé son toit vert quand les inspecteurs de la RBQ lui ont fait savoir qu’il n’était pas conforme. « On ne pensait pas que c’était défendu, notre architecte non plus d’ailleurs », raconte-t-il.

 

Or les exigences que la Régie lui a soumises lui semblent insurmontables. « Je suis moi-même ingénieur. Je comprends que les gens ne peuvent pas s’improviser spécialistes et juste mettre de la terre pour faire ceci, cela. Il faut que la structure soit faite en conséquence, le drainage en conséquence, que les membranes en dessous soient compatibles avec le reste… Mais de là à tout refuser parce que ça s’appelle un toit vert… »

 

En fait, le Code national du bâtiment ne permet pas actuellement la construction de toits verts. Pour s’y conformer, il faut demander l’équivalent d’une dérogation et faire ce qu’on appelle une « demande de mesure différente ».

 

Longue procédure

 

Or, la procédure n’est pas simple. L’architecte Owen Rose, qui se spécialise pourtant dans l’habitation durable, a mis 50 heures à répondre aux demandes de la RBQ pour un projet de coopérative d’habitation de sept étages. Il lui fallait notamment faire signer une série d’attestations par l’ingénieur du projet. Son projet, dit-il, était pourtant conforme au guide de la Ville de Montréal.

 

Depuis 2013, Montréal a son propre guide technique pour accompagner les gens qui veulent aménager des toits verts. Les villes qui le souhaitent peuvent avoir leurs propres règles en la matière, mais seulement pour les petits bâtiments (maisons unifamiliales, immeubles de deux étages ou moins).

 

Pour M. Rose, cette approche est la voie à suivre. « Je n’ai pas de problème avec le fait qu’on encadre les toits verts, mais si on les étouffe, j’ai un problème. »

 

La situation le choque d’autant plus que le gouvernement encourage les gens à investir dans les toits verts via le programme de crédits d’impôt Éco-rénov qui est vigueur d’ici au 1er novembre.

 

« Il y a un consensus sur les bienfaits des toits verts mais sur le plan réglementaire, c’est le contraire. »

 

Un guide en préparation

 

À la Régie, on explique qu’un guide est en préparation pour simplifier le processus. « Ce guide contiendra des critères techniques — charges structurales, matériaux et composantes, calcul hydraulique, entretien, protection contre les incendies, etc., explique la porte-parole Marie-Claude Masson. Si ces critères sont respectés, cela dispensera le concepteur de faire une demande de mesures différentes. »

 

La RBQ mène actuellement des consultations auprès des fournisseurs de toits verts, des architectes et des villes, mais selon des sources bien informées, le guide qui est sur la table demeure très sévère. Par exemple, on exigerait que le toit soit accessible par un escalier (au lieu d’une trappe avec échelle) et que les bandes de gravier aux abords du toit soient beaucoup plus larges que ce qui se fait actuellement.

 

Enfin, on n’encadrerait que les toits verts sur les nouvelles constructions. « Quatre-vingt-quinze pour cent de la ville est déjà construite !, plaide Owen Rose. J’ai peur qu’on décourage les gens d’en faire. »

Je comprends que les gens ne peuvent pas s’improviser spécialistes et juste mettre de la terre pour faire ceci, cela. […] Mais de là à tout refuser parce que ça s’appelle un toit vert…

6 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 28 juin 2014 08 h 58

    Verts les toits verts ?

    Il y a une question qu'on évite et qui pourtant...

    Pour que les toits verts restent verts, il leur faut beaucoup d'eau. D'une part, la couche végétale est relativement mince si on la compare à celle au sol, ce qui favorise une évaporation très rapide, et d'autre part, à cause de leur position élevée, ils ne bénéficient pas de l'apport de la rosée matinale comme c'est le cas pour la végétation de surface.

    Alors, se pourrait-il que ces toits verts soient, pour rester verts, copieusement arrosée par la même eau qui coule de nos robinets et qu'ils entraînent une surconsommation excessive de cette ressource ?


    Quand des promoteurs s'intéressent trop à certaines choses, ça a le don d'éveiller des soupçons. On connaît trop la mode actuelle qui consiste à construire dans certains quartiers des édifices à condos avec mezzanines aux étages supérieures et terrasses sur le reste de la toiture. Mais cette nouvelle vie sur le toit n'est pas pour tous. Elle est réservée aux couples sans enfants capables de débourser au minimum un demi-million de dollars pour y avoir accès. Pire, il faudrait voir si la frilosité de la régie du bâtiment n'est pas sans lien avec le fait que ces terrasses de gens riches sur les toits de condos récents soient plus souvent qu'à leur tour une source de problèmes, l'infiltration d'eau au printemps n'étant pas la moindre.

    Les toits verts seraient-ils spéculatifs ?


    L'argument souvent avancé pour justifier les toits verts est souvent celui des îlots de chaleur urbains. Or, pour diminuer l'absorption excessive de rayonnement solaire par les édifices en milieu dense, il y a une solution beaucoup plus efficace que les toits verts, que des gens ont compris depuis longtemps : il faut jouer sur la nature et la couleur des matériaux exposés. Est-ce à cause d'une mode passagère que dans une ville comme Alger, il y ait autant d'édifices blancs ? Non ! On n'a pas besoin d'être ingénieur pour comprendre pourquoi...

    • Benoît Landry - Abonné 28 juin 2014 09 h 47

      Vous avez en partie raison, si les propriétaires de ces édifices tentent d'avoir un parcours de golf sur leur toît, mais il y a de nombreux végétaux qui peuvent être utilisés, qui sont des plantes alpines ou subalpines qui sont très tolérantes aux périodes sèches. Le toît est vert pas seulement par sa couleur , mais à cause qu'il permet remettre de la biologie dans ses grands espèces que sont nos toîts

      Pour ce qui est de l'utilisation de la couleur blanche, vous avez entièrement raison en plus de réfléchir la chaleur l'été, elle permet de conserver plus de neige sur le toît, qui augmente le facteur d'isolation durant l'hiver.

    • Cécile Gladel - Abonné 29 juin 2014 12 h 19

      Les terrasses sur le toit et mezzanines ne sont pas réservés aux riches et aux personnes sans enfant. Ce n'est pas si cher d'en faire sur les duplex et triplex et les enfants peuvent aussi y avoir accès. Attention aux préjugés.

  • Simon Chamberland - Inscrit 28 juin 2014 10 h 14

    L'existence de la bureaucratie

    On a ici la un bel exemple de la bureaucratie qui nuit à l'innovation et qui freine les initiatives. Au Québec, on est champion dans la réglementation.

  • André Le Belge - Inscrit 28 juin 2014 10 h 53

    Des toits verts?

    Des toits verts sur des terrasses? Une aberration architecturale en ce pays de neige!

  • Catherine Cecile DUBUC - Inscrite 29 juin 2014 14 h 06

    À quand le VIRAGE VERT?

    Quand collectivement, nous opterons pour le VIRAGE VERT, alors nous serons nombreux à chercher des solutions ingénieuses et utiles.
    Jardiner partout où il y a une surface libre, en ville en particulier, est une idée attirante, séduisante qui pourtant pose quelques problèmes ici et là Maiss rien d'insoluble,
    Démolir les idées nouvelles est plus facile que de chercher comment résoudre les problèmes qu'elles rencontrent ou occasionnent : c'est certain Descendre demande moins d'effort que de monter.
    Mais à continuer de descendre, le trou collectif pour toute l'espèce est maintenant en vue. Alors les éteignoirs, votre saison est passée!
    Qu'on se le dise: le virage vert est une question de survie, n'est pas de gauche ni de droite mais est maintenant au dessus des agendas des aspirants au pouvoir.
    CCD Québec.