La hausse des droits de scolarité n’est pas négociable

De retour d’une visite de quatre jours en France, la ministre des Relations extérieures du Québec, Christine St-Pierre, a affirmé que le principe d’une hausse des droits de scolarité des étudiants français au Québec n’était pas négociable. La ministre s’est entretenue avec le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, de la hausse promise par Philippe Couillard en campagne électorale, qui porterait ces droits au niveau de ceux des étudiants canadiens (une hausse de 230 %).

 

Si les modalités de la hausse peuvent être discutées, il n’est pas question de revenir sur son principe, a clairement laissé entendre la ministre. « Je pense qu’ils [les Français] ont très bien compris,dit-elle. On va demander à tous les Québécois des sacrifices. Nous sommes dans une situation où on a un déficit budgétaire important. […] Si on demande aux Québécois de faire des sacrifices, il faut aussi comprendre que les sacrifices seront énormes. […] Je n’ai pas senti de résistance là-dessus. »

 

Un comité de négociation examinera les modalités de la hausse. La ministre dit envisager qu’elle ne s’applique pas aux étudiants déjà inscrits dans un établissement québécois. L’année scolaire 2014-2015 étant d’ores et déjà exclue. Un système de quotas pourrait aussi permettre à un nombre restreint d’étudiants français de jouir, comme c’est le cas pour tous depuis 1978, des mêmes droits que les étudiants québécois. Cela ne toucherait guère que 1000 des 18 000 étudiants français au Québec, soit le nombre d’étudiants québécois qui étudient actuellement en France. La France, elle, n’impose pas de droits supplémentaires aux étudiants étrangers.

 

Une femme à la tête de l’OIF

 

La ministre a fait ces déclarations juste avant de s’envoler pour le Québec, alors qu’elle brossait le bilan de sa première visite officielle en France. Une visite au cours de laquelle elle aussi rencontré la ministre de la Ville, de la Jeunesse, des Sports et des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, et la secrétaire d’État chargée du Commerce extérieur, Fleur Pellerin.

 

L’autre objectif de cette visite consistait à faire la promotion de la candidature de Michaëlle Jean au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui sera renouvelé en novembre. Sa candidature est présentée conjointement par le Canada, le Nouveau-Brunswick et le Québec. Laurent Fabius y aurait prêté une oreille attentive, dit Christine St-Pierre.

 

« Il a exprimé beaucoup d’intérêt lorsque j’ai expliqué […] pourquoi nous appuyons la candidature de Madame Jean, dit-elle. […] Il a écouté avec énormément d’intérêt l’exposé que je lui ai fait. »

 

Christine St-Pierre mise surtout sur le fait que Michaëlle Jean est une femme. « Ce serait un message très puissant à envoyer à toute la Francophonie de faire en sorte que ce soit une femme maintenant qui dirige l’Organisation. » Selon Christine St-Pierre, son ancienne collègue de Radio Canada représente « une candidature d’exception ». La ministre dit avoir recueilli le soutien des députées socialistes Sylviane Alaux, vice-présidente du groupe d’amitié France-Québec, et Maud Olivier, secrétaire de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation.

 

En ce qui concerne Laurent Fabius, Christine St-Pierre dit avoir « décodé qu’il recevait très bien notre message, il n’a absolument pas repoussé la candidature. J’ai senti au contraire qu’il était intéressé à en entendre parler. Mais il n’a pas non plus affiché officiellement ses couleurs en faveur de la candidature de Michaëlle Jean ».

 

L’importance d’élire une femme à la direction de l’OIF primerait-elle la tradition qui veut que ce poste revienne à un représentant du Sud ? « Est-ce que ça prime ? Pas nécessairement, tranche la ministre. Mais, nous, c’est la candidature que nous appuyons. »

 

Dans l’éventualité de l’élection d’un candidat du Nord au secrétariat général, l’actuel administrateur de l’OIF, Clément Duhaime, devrait démissionner même si son mandat a été reconduit pour quatre ans. « Il a été mis parfaitement au courant de la décision de l’appui de Mme Jean,dit Christine St-Pierre. Il est d’accord avec nous. Il va assumer une transition si jamais Mme Jean devient la nouvelle secrétaire générale de l’OIF […] Il est parfaitement à l’aise avec cette volonté-là du gouvernement. C’est ce qu’il nous a dit. »

 

Christine St-Pierre a aussi confirmé la visite de François Hollande au Québec les 23 et 24 octobre prochain. Le président français se rendra aussi à Ottawa et Calgary.

16 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 juin 2014 04 h 07

    Annonce bien calculée...

    Le gouvernement libéral et madame St-Pierre ont bien calculé leurs affaires...
    Pour éviter un nouveau Printemps Erable, c'est aux premiers jours d'été et de festivals que cette augmentation est annoncée.
    Oui, ce gouvernement fédéraliste fait dorénavant les choses à la manière canadienne, se servant sans scrupule du paravent de la France pour discréditer d'avance tout refus des Québécois.
    En effet, comment alors s'opposer ouvertement à l'augmentation décrétée ?
    "On va demander à tous les Québécois des sacrifices" dit Madame la Ministre. Donc, on peut bien commencer par l'imposer à celles et ceux qui représentent notre plus grande richesse...
    Affligeant.
    Il est inutile de chercher la logique de cette décision ailleurs que dans la poursuite des actions fédérales d'affaiblissement du Québec, celles-ci ayant pour but d'accroître toujours plus sa dépendance envers un Canada qui craint son développement.
    Et tout cela enveloppé dans un chic papier-cadeau au couleur très canadian de Madame Michaëlle Jean à l'OIF... Elle qui profita d'une couverture d'amour médiatique en France lors du 400è de Québec, couverture qui eut la tendance générale de rapprocher son image de celle de la tant pleurée Lady Di.
    La France restera-t-elle donc maintenant la bouche béante et sans réagir ? Regardant les libéraux canadiens se servir de sa complicité pour continuer à assassiner l'idée québécoise de République et de liberté ?
    Elle est si loin des réalités quotidiennes du Québec et si proche de l'urgence de ses propres préoccupations intérieures, n'y verra que du feu ? Ce que, de toute évidence, espère Madame St-Pierre et le gouvernement Couillard...
    Avec le courage et la détermination du gouvernement français actuel, personnellement j'en serais des plus surpris.
    Et, le cas échéant de son silence, je dois le dire aussi, moi le bi-national, j'en serais alors infiniment déçu...
    Vive le Québec libre, qui investit à instruire aussi les moins favorisés de ses jeunes !

    • Yves Côté - Abonné 27 juin 2014 08 h 02

      "chic papier-cadeau de couleur...", bien entendu.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 27 juin 2014 17 h 59

      Michaëlle Jean? Ben voyons! Pourquoi pas Jacques Demers (avec tout le respect que je dois au bonhomme)?

    • Lise Gagnon - Inscrite 28 juin 2014 08 h 03

      Les français n'ont-ils pas des universités gratuites et le meilleur système éducatif qui soit? C'est plus que normal que les étudiants d'ailleurs aient une facture davantage représentative de la réalité des coûts. Pour moi, l'illogisme est de faire des cadeaux à droite et à gauche et de demander aux contribuables québécois d'être plus productifs pour combler ces générosités.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 27 juin 2014 06 h 15

    Encore le copinage...ou est-ce du népotisme?

    Je n'appuie pas...mais pas du tout la candidature de Michael Jean...Je trouve cette
    personne ou personnage tout à fait "drabe" ! Et jamais, je ne l'ai entendue se positionner ici ,au Québec, en défenderesse de notre langue .

    Bertrand Delanoë serait un choix plus judicieux...à mon avis!

    • Yves Côté - Abonné 27 juin 2014 08 h 03

      J'abonde entièrement dans votre sens, Madame Sévigny.

  • Martin Blanchette - Abonné 27 juin 2014 07 h 52

    Manque de vision et d'ouverture sur le monde

    Qui est surpris que ce gouvernement le plus fédéraliste depuis des lunes affaiblisse la seule véritable relation diplomatique du Québec pour économiser quelques insignifiants milions? L'entente d'étude France-Québec aura permis la naissance de nombreuses amitiés estudiantines outre atlantiques qui se sont par la suite traduites par des relations durables tant en affaire qu'au niveau culturel.

    La myopie diplomatique de St-Pierre est telle qu'elle demande en plus à la France son appui pour la candidatutre de l'ex-GG! Un refus de la France serait pourtant la première conséquence prévisible de la décision unilatérale et aveugle de cracher sur l'entente France-Québec par ce gouvernement sans vision d'état, pour qui une relation avec la Saskatchewan vaut autant qu'avec une puissance indépendante comme la France. Fédéralisme rymmerait-il avec fermeture sur le monde et repli identitaire ''Canadian''?

  • François Dugal - Inscrit 27 juin 2014 07 h 58

    Les " vraies affaires"

    Madame la ministres 'occupes des "vraies affaires"; peut-on le lui reprocher?

  • Raymond Labelle - Abonné 27 juin 2014 08 h 19

    Hausse des frais de scolarité pour les Français : esprit comptable à bonnet d’âne et manque d’honneur

    Parmi les étudiants français, quelle est la proportion de ceux qui immigrent o Posons-nous les bonnes questions quantitatives et qualitatives avant de hausser les frais de scolarité des étudiants français au Québec.

    Parmi les étudiants français, quelle est la proportion de ceux qui immigrent finalement au Québec? On suppose que 100% de ceux-ci maîtrisent le français. Quelle est la proportion des étudiants étrangers, en ne comptant pas les Français, qui finissent par immigrer au Québec? Ceux du réseau français et ceux du réseau anglais? Parmi les étudiants étrangers qui fréquentent le réseau anglais, quelle proportion maîtrise le français?

    Quelle est la proportion des étudiants de McGill ou de Concordia originaires des autres provinces qui demeure au Québec après leurs études? Parmi ces étudiants, quelle proportion maîtrise vraiment le français (en ne se fiant pas à l’auto-évaluation)?

    Je ne serais pas surpris qu’en faisant toutes ces comparaisons on en arriverait à la conclusion que de faire payer aux étudiants français les mêmes frais de scolarité que nous est une bonne affaire.

    Et même si, ce qui me surprendrait, la politique actuelle n’était pas une bonne affaire, le sens de l’honneur à lui seul devrait suffire à nous faire conserver la politique actuelle. Une parole donnée est une parole donnée, point final. Honte à notre gouvernement.

    Voilà une excellente occasion pour M. Couillard d’utiliser son droit de changer d’idée.

    • François Dandurand - Inscrit 30 juin 2014 06 h 44

      Votre démarche est totalement démagogique: Comparer les étudiants canadiens aux étudiants français. Ces derniers parlent peut-être françcais mais ne contribuent pas fiscalement au système canadien. Avec ce raisonnement, nous devrions fermer les universités anglophones du Québec, refuser tout étudiant hors Québec à moins qu'il ne s'engage de façcon contractuelle à travailler au Québec après ses études, à parler français et à réciter son acte de foi nationaliste. oh! j'oubliais, il doit également renoncer à porter tout signe religieux ostentatoire et à écouter de la musique Québécoise au moins une heure par jour. Devrait-il faire franciser son nom? Voir plus loin que la francophonie pour ne pas qu'elle devienne francofolie?