Heurtel ignore la quantité de GES à prévoir

La cimenterie de Ciment McInnis en Gaspésie rivalisera vraisemblablement avec les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES) du Québec. Les cheminées de l’usine cracheront dans deux ans des centaines de milliers de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Quelle quantité ? « Je n’ai pas le chiffre », a lâché le ministre de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, en commission parlementaire jeudi.

 

Plus de trois semaines après le feu vert du gouvernement libéral au projet controversé de 1,1 milliard de dollars — dont 450 millions d’argent public —, il a été incapable de spécifier la quantité de GES dont le Québec devrait ajouter à son bilan carbone à la suite du démarrage de la production de 2,2 millions de tonnes de ciment par année à Port-Daniel–Gascons.

 

« C’est pour ça qu’on aimerait bien avoir un BAPE, parce qu’on souhaiterait avoir précisément toutes ces données-là », a rétorqué la députée solidaire Manon Massé. Elle a profité de l’étude des crédits pour réclamer une nouvelle fois la tenue d’un « BAPE » sur le projet de Ciment McInnis, dans lequel le gouvernement du Québec, Investissement Québec et la Caisse de dépôt et placement ont investi 450 millions de dollars.

 

Le projet échappera à l’examen Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) puisqu’il a été entrepris avant l’entrée en vigueur de la nouvelle mouture de la Loi sur la qualité de l’environnement en juin 1995. « La réglementation en matière d’examen des impacts [environnementaux] est entrée en vigueur après le début du projet », a expliqué M. Heurtel.

 

Le ministre a écarté la possibilité de soumettre malgré tout le projet au BAPE. D’ailleurs, il ignorait ses pouvoirs en cette matière. « Il faudrait que je vérifie », a-t-il dit lors d’un impromptu de presse.

 

« Mais, ça ne veut pas dire que la loi ne s’applique pas », a-t-il ajouté. Ciment McInnis devra « possiblement » prendre part au Système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions de GES (SPEDE). « Tant qu’on n’a pas le véritable chiffre [c’est] difficile de savoir. »

 

1,75 million de tonnes

 

 Les établissements laissant échapper au moins 25 000 tonnes métriques de GES (en équivalent CO2) sont soumis au SPEDE. La cimenterie de Port-Daniel en émettra environ 70 fois plus (1,75 million de tonnes) si elle produit de 2,2 à 2,5 millions de tonnes de poudre de ciment, avait indiqué le président de Ciment McInnis, Christian Gagnon.
 

« Si le ministère ne le sait pas, on a un problème », a lancé le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle. « Règle générale : une tonne de ciment égale une tonne de GES. » Mais, l’utilisation de grandes quantités de coke de pétrole pourrait fausser le calcul, puisqu’« il émet plus de GES » comparativement au combustible habituel, c’est-à-dire le charbon. « Ainsi, ça pourrait être beaucoup plus que 2 millions de tonnes de GES. »

 

M. Bélisle s’étonnait jeudi de l’absence d’évaluation sur les impacts sur la qualité de l’air de la cimenterie de Port-Daniel dans les classeurs du ministère de l’Environnement. « C’est très discutable. »

 

À l’heure actuelle, « plusieurs estimations flottent », a précisé M. Heurtel sans donner plus de détails. « Il y a divers chiffres, mais je n’ai pas le chiffre précis », a-t-il affirmé, insistant sur la grande difficulté d’anticiper les émissions de GES d’« une cimenterie qui n’est pas construite encore ». « J’ai posé des questions, mais je n’ai pas de réponses à toutes les questions », a-t-il conclu.

André Boisclair appelé en renfort

L’ancien chef du Parti québécois André Boisclair épaulera « deux jours par semaine » le gouvernement libéral dans la lutte contre les changements climatiques. Mais, le « conseiller spécial » du ministre de l’Environnement, David Heurtel, ne touchera pas un rond de plus. M. Heurtel envoie un « très drôle de signal » en appelant en renfort M. Boisclair, dit le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle. À titre de conseiller de Questerre Energy, M. Boisclair « a vanté les mérites » du gaz et du pétrole de schiste, a relaté M. Bélisle. « Tout était beau. » M. Boisclair continuera d’assurer la présidence du COMEX, où il s’est retrouvé après que son séjour à la tête de la Délégation générale du Québec à New York s’est terminé en queue de poisson.
9 commentaires
  • Robert Dufresne - Inscrit 27 juin 2014 09 h 39

    Un figurant

    Il a été un figurant à la RIO il l'est maintennt devenu au gouvernement du Québec. Voila ce qui arrive souvent aux carriéristes qui concoivent leur travail comme un échelon plutôt qu'une occasion de faire avancer la société. Mais lorsqu'on arrive au sommet le seul chemin possible est de se diriger vers le bas, d'où l'importance d'entretenir un chemin vers les groupes qu'on affrontaient.

  • Pierre Couture - Inscrit 27 juin 2014 11 h 41

    GES ignorés

    La cimenterie de Port-Daniel n'est pas le seul exemple de l'ignorance ministérielle.

    Avez-vous déjà essayé de savoir de combien les centaines d'éoliennes qui barbèlent notre territoire ont réduit nos émissions de GES?

    J'ai posé la question à l'institut de la statistique, au ministère de l'environnement et aux autres organismes gouvernementaux qu'on m'a indiqués.

    Résultat : personne ne le sait et cela n'est officiellement pas comptabilisé.

    Pourquoi? C'est bien simple : les éoliennes contribuent à accroître les émissions plutôt qu'à les réduire.

    L'ignorance ministérielle se comprend donc autant pour Port-Daniel que pour les éoliennes : Québec en veut pas connaître la vraie amplitude des dégâts causés...

    • Daniel Bérubé - Abonné 29 juin 2014 11 h 13

      Démolissons toute ces éolïenne, et construisons des centrales aux charbon ! Et le charbon fera tourner l'économie!, car les éolïennes, ce n'est que du vent... ;-)

    • Pierre Couture - Inscrit 29 juin 2014 11 h 21

      @ M. Bérubé.
      Votre clin d'oeil ne suffit pas, M. Bérubé.

      Nous n'avons pas plus besoin de centrales au charbon que d'éoliennes puisque Hydro-Québec est déjà aux prises avec d'énormes surplus d'électricité au moins jusqu'en 2027, de l'électricité sans marché et donc perdue car ni stockée ni vendue.

      Bref, les éoliennes ne sont ni écologiques ni économiques.

      Vous avez raison : «Démolissons toutes ces éolïennes».

  • Gilles Théberge - Abonné 27 juin 2014 12 h 44

    N'est-ce pas!

    Plus ça va, plus il étale son incompétence. Après avoir déployé un opportunisme incroyable en passant illico d'une famille politique à l'autre, voilà maintenant qu'il à atteint le niveau supérieur plus quelques échelons supplémentaires dans l'échelle de Peter.

    Heureusement il y a des responsables plus compétents ailleurs dans le monde.

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 27 juin 2014 13 h 18

    Manon Massé, un peu de discernement s.v.p.

    Avant l'arrivée de McGinnis à Port Daniel (Beaudoin), l'industrie cimentière au Québec était sous l'exclusivité du groupe Lafarge (Desmarais).

    L'arrivée d'un nouveau joueur brise le monopole que détient Lafarge, en partie propriété d'une filiale de Power Corporation. On peut comprendre, sans l'approuver heureusement, les pressions que font les Desmarais auprès du gouvernement libéral lequel à toujours été en symbiose avec les Desmarais.

  • Marc Brullemans - Abonné 27 juin 2014 21 h 01

    Même pas une idée...!

    Il ne faut pas connaître la composition du ciment pour ne pas avoir une idée des émissions de GES, ne pas connaître non plus le processus de calcination ni encore le mot clinker. Comme l'affirme monsieur Bélisle, il faut compter grosso modo une tonne de CO2 pour une tonne de ciment produit. Les meilleures cimenteries peuvent prétendre abaisser cela à 0,6 tonne mais à moins de fabriquer des ciments entièrement nouveaux, difficile de faire mieux. Bref, pas besoin de photofinish pour savoir si la cimenterie devra être assujettie au SPEDE: c'est plus de 1,5 Mt de CO2 qu'il faudra ajouter au bilan annuel québécois!