Les jeunes du PQ attirent les prétendants à la direction

Léo Bureau-Blouin
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Léo Bureau-Blouin

Quelques candidats pressentis à la direction du PQ, Véronique Hivon, Martine Ouellet et Bernard Drainville, ont inauguré ce week-end la saison du barbecue avec les participants du conseil national des jeunes du PQ.

 

Les députés ont discuté avec des dizaines de délégués provenant des quatre coins du Québec sur le campus de l’Université Laval assailli par l’odeur des hot-dogs. L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur Pierre Duchesne — actuellement conseiller stratégique de l’aile parlementaire du PQ — était aussi de la partie. Les élus Alexandre Cloutier, Sylvain Gaudreault et Stéphane Bergeron ont quant à eux assisté dimanche midi au changement de la garde au Comité national des jeunes du Parti Québécois (CNJPQ), durant lequel Léo Bureau-Blouin a pris les rênes de l’aile jeunesse.

 

Même si aucun d’entre eux n’a affiché publiquement ses ambitions, plusieurs jeunes ont vu dans leur présence au conseil national un signe de leur intérêt à succéder à Pauline Marois à la tête du PQ. « Où est Pierre Karl Péladeau ? Il ne manque que lui », a lancé un militant, avec un sourire en coin.

 

D’ailleurs, l’appui du CNJPQ à un candidat n’est pas strictement symbolique.

 

« Le point de vue des jeunes dans cette course sera des plus importants. Il sera pour ainsi dire déterminant », soutient le député de Verchères, Stéphane Bergeron. À ses côtés, M. Cloutier (Lac-Saint-Jean), M. Drainville (Marie-Victorin) et M. Gaudreault (Jonquière) acquiescent. « L’appui de tous les membres est important, mais l’opinion des jeunes compte particulièrement parce qu’on fait de la politique pour le futur », poursuit l’ancien titulaire des portefeuilles des Transports et des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire.

 

Le conseil général lui a permis de se « rebrancher » après avoir été « ébranlé » par la dégelée assénée par les électeurs le 7 avril dernier. « Pourquoi être en politique ? C’est pour changer les choses. Les jeunes nous le rappellent. » « C’est très encourageant. Tu quittes un événement comme celui-là et tu es “pépé” ! » dit M. Drainville. «Requinqué ! », ajoute M. Bergeron.

 

La « force » du comité des jeunes

 

Léo Bureau-Blouin a pris la tête du CNJPQ sans difficulté. À l’instar de trois autres membres de son équipe — Alexandre Banville (vice-président aux communications), Stéfanie Tougas (vice-présidente aux affaires politiques) et Mathieu Morin (secrétaire-trésorier) —, il a été élu sans opposition.

 

Pourtant, l’équipe « Léo Bureau-Blouin-Génération Oui » est parvenue dimanche à prendre seulement deux des cinq postes contestés en faisant élire Ariane Cayer et Odette Lavigne (conseillères). En contrepartie, le « Rassemblement démocrate » a ravi le poste de vice-président à l’organisation (Vincent-Gabriel Langlois) ainsi que deux postes de conseiller (Rosie-Anne Vallières et Guillaume Rousseau).

 

« Lorsque j’ai annoncé ma candidature, plusieurs d’entre vous étaient sceptiques. Eh bien, aujourd’hui, je vous demande de juger des résultats », a déclaré M. Bureau-Blouin aux délégués réunis à l’intérieur du pavillon Charles-De Koninck après l’annonce des résultats.

 

Des militants ont reproché au fil des dernières semaines à son équipe d’être trop collée sur l’establishment du PQ et sur la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), et pas assez sur « des gens de terrain ». « J’ai aujourd’hui confiance pour la suite des choses », dit François Alexandre Guay de l’exécutif de Terrebonne.

 

En plus d’accroître le nombre de jeunes membres, « LBB » s’est engagé à intensifier la « force » du CNJPQ au sein du PQ. D’ailleurs, Stéfanie Tougas et lui, favorables à l’idée des « primaires ouvertes », siégeront tous deux à l’exécutif national du PQ, où ils auront à l’oeil l’élaboration des règles de la prochaine course à la direction.

 

Par résolution, le CNJPQ a promis dimanche d’« étudier » la possibilité de permettre aux non-membres du PQ de prendre part à l’élection du prochain chef après avoir signé une déclaration dans laquelle ils jurent partager les grandes orientations du parti, dont celle de l’indépendance du Québec.

 

À la sortie du conseil national, Bernard Drainville a dit voir d’un bon oeil le message d’« ouverture » véhiculé par la tenue de primaires ouvertes au PQ. « Plus le débat avance, plus j’y suis favorable », affirme-t-il dans un impromptu de presse, ce qui a ravi l’auteur de la proposition, Alexandre Cloutier. « Ça me donne le goût de t’appuyer », a-t-il rétorqué en riant de bon coeur.

 

Le CNJPQ a aussi pris position pour la légalisation de la marijuana, contre le projet de pipeline de TransCanada sur le territoire québécois et pour l’ajout de loyers à prix modique pour les étudiants.

 

Dur constat

 

L’heure de vérité est arrivée. Le PQ doit se « réinventer », à défaut de quoi il disparaîtra du paysage politique, estime le nouveau président du CNJPQ, Léo Bureau-Blouin. Le PQ serait mal avisé de miser sur la « simple alternance » entre les partis politiques pour retrouver le pouvoir à l’automne 2018, dit-il, appelant une nouvelle fois ses confrères et ses consoeurs à « ne pas sous-estimer » le verdict des urnes. Pour le parti, « le courage et l’audace » sont devenus « la seule forme de prudence convenable », a averti l’ancien député de Laval-des-Rapides, largement inspiré par l’ancien premier ministre René Lévesque. « Le Parti québécois doit se réinventer ou [il va] s’éteindre. »

 

À ses yeux, le PQ doit rallier les indépendantistes — notamment ceux ayant trouvé refuge auprès d’Option nationale — autour d’un projet de pays clair, assorti d’une réponse de trois lettres à la question : « Le PQ tiendra-t-il un référendum dans un prochain mandat ? » « Le flou a coûté cher au Parti québécois », souligne M. Bureau-Blouin.

 

L’ex-leader étudiant s’engage à faire la promotion « sur toutes les tribunes » du projet de pays auprès de ceux appartenant à la « génération à convaincre ». « La liberté et la souveraineté, ce ne sont pas des idées qui ont des dates de péremption. Ce n’est pas un vieux débat. »

19 commentaires
  • Réjean Dumais, ing. - Inscrit 23 juin 2014 05 h 38

    Le PQ doit se « réinventer »...

    Bonjour ! Le PQ doit se « réinventer »...

    En fait, on doit réinventer la façon de faire de la politique et pas juste au PQ mais au Québec.
    J’espère qu’on prendra position sur des modifications à apporter à notre mode de scrutin et la possibilité que nous avons comme peuple de mettre en place, et ce, au plus tôt, une Assemblée rédigeant une Constitution pour le Québec que nous voulons.

    Bonne Fête à chaque Québécoise et Québécois !

  • Catherine Paquet - Abonnée 23 juin 2014 07 h 17

    L'indépendance, ça ne se réinvente pas...

    ...ça se conquiere. En démocratie, conquérir, c'est convaincre les électeurs. Pour convaincre, il faut des faits et des arguments probants. Réunir les souverainistes, ce n'est pas suffisant. Il faut définir le projet indépendantiste avec ses composantes essntielles.

  • Pierre Schneider - Abonné 23 juin 2014 07 h 48

    Le grand absent

    Il ne manquait que le futur chef autour de ce barbecue. Pierre-Karl Péladeau, le favori de la population selon le dernier Léger Marketing. Une force sur laquelle le PQ devra compter.

  • Yvon Giasson - Abonné 23 juin 2014 07 h 53

    Liberté et indépendance

    L'aspiration pour un peuple à posséder son propre pays ne peut vieillir.
    Elle reste vivante et moderne tant et aussi longtemps qu'elle ne deviendra pas une réalité.
    La meilleure des chances à monsieur Bureau-Blouin.

    • Catherine Paquet - Abonnée 23 juin 2014 13 h 09

      Il y a des centaines de peuples qui ne possèdent pas leur propre pays et qui sont aussi heureux et prospères que les autres. Il y en autant qui partagent une partie de leur souveraineté avec un pouvoir central qu'ils ont choisi doinstaurer en pensant positivement à la promotion de leurs intérêts. Il y a des dizaines de monarchie et de fédérations, à travers le monde. Et l'indice de "bonheur national" semble bien n'avoir rien à faire là-dedans.

    • André Le Belge - Inscrit 25 juin 2014 12 h 06

      Qui sont ces peuples heureux n'aynat pas leur propre pays? Les Kurdes? Les Catalans?Qui ?

  • Jean Richard - Abonné 23 juin 2014 08 h 22

    « l’opinion des jeunes compte particulièrement parce qu’on fait de la politique pour le futur »

    Quelle phrase creuse ! C'est comme si les jeunes n'avaient pas de présent et que les plus âgés allaient tous mourrir ce soir.

    Cette approche générationniste pourrait continuer à creuser la tombe du PQ.

    Par ailleurs, de voir M. Drainville parmi les candidats potentiels à la chefferie du parti n'améliore pas les choses. Son intransigeante charte des valeurs a lourdement contribué aux résultats de la dernière élection. Et il est possible que le rejet de cette charte ait été plus grand chez les jeunes que chez les plus âgés.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 23 juin 2014 12 h 49

      J'abonde dans votre sens! Je ne comprends cependant pas comment votre commentaire passe le système de censure de cette colonne. Le mien, moins acerbe que le vôtre n'a pas été accepté: Léo Nadeau Blouin prononce le discours de renouveau que les souverainistes sincères attendent! La question est de savoir si ce discours et la composante jeune auront effectivement une portée réelle de transformation... après l'élection du futur chef! Ce n'est certainement pas la première fois que la jeunesse du PQ pousse dans le dos de l'establishment avant et durant ses Congrès et en période d'élection à la direction. Et le temps a passé... de jeunes ils et elles passent à entrer dans les rangs du "vote stratégique", de la "bonne gouvernance" économique de la province!
      Léo Nadeau Blouin fera-t-il la différence? Si oui, souhaitons que sa vision soit large, rassembleuse et porteuse d'un projet qui déborde les cadres étroits du Parti Québécois!
      C'est à se demander si la censure porte sur le contenu ou sur la personne qui signe un commentaire... puisque le censeur anonyme ne justifie pas le rejet.

    • Louis Huot - Inscrit 24 juin 2014 00 h 43

      Moi aussi je suis très surpris de le voir là, Bernard Drainville, surtout quand on sait que à peu près tous les éditorialistes du Québec l'ont traité de fieffé menteur dans l'affaire des opinions juridiques sur la Charte. C'est comme si ce parti avait depuis la mort de René Lévesque une culture du suicide politique...