La ministre invite le milieu de la culture à lutter contre les coupes de crédits d’impôt annoncées

La ministre de la Culture, Hélène David
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre de la Culture, Hélène David

Hélène David, la nouvelle ministre de la Culture et des Communications du Québec, invite le milieu culturel à se battre pour annuler les coupes de crédits d’impôt de 20 % décrétées la semaine dernière par le gouvernement Couillard.

 

« Venez expliquer la situation en septembre devant la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise [créée lors du dépôt du budget] », a dit la ministre lors d’un entretien téléphonique avec Le Devoir.

 

« Préparez des présentations les plus claires et les plus convaincantes possible. On va les regarder une à une. Le ministre Leitao sera ouvert à les entendre et même prêt à en faire une sorte de priorité »,a-t-elle ajouté.

 

Renverser la vapeur

 

Hélène David dit comprendre le tollé soulevé par l’impopulaire coupe de 20 % de crédits d’impôt dans le budget de Carlos Leitao déposé la semaine dernière, touchant de plein fouet le milieu du spectacle, des tournages, etc. « Vu le mauvais état des finances publiques, plusieurs mesures, dont celle-là, ont été mises de l’avant. Reste à témoigner, à s’expliquer. »

 

Les partenaires de la sphère artistique sont inquiets — plusieurs de ses représentants ont communiqué avec le ministère —, mais elle pense qu’ils peuvent renverser la vapeur.

 

Hélène David rappelle que les coupes de 20 % dans les tournages et autres productions culturelles ne sont effectives qu’à partir du 31 août. « Les projets déjà déposés risquent d’aboutir. »

 

« Dommage que tout ce qui est positif pour la culture soit passé du coup un peu inaperçu ! » soupire-t-elle toutefois. Après tout, alors que la majorité des observateurs attendaient des compressions budgétaires à la culture comme ailleurs en ces temps d’austérité, son portefeuille s’en tire avec une très légère augmentation de 3,3 millions. « 1 % de plus, c’est brillant ! » estime-t-elle.

 

Les bons coups

 

La ministre considère s’être démenée pour bien positionner la Culture dans ce budget. Une de ses grandes fiertés : « Les 110 millions, récurrents sur sept ans, accordés à la SODEC [Société de développement des entreprises culturelles] pour l’essor du secteur numérique. »

 

Elle avait demandé à la SODEC et au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) de déterminer leur grande priorité. « La stratégie du numérique est capitale pour tout le monde, dont le milieu du livre, de la danse, du théâtre, de la musique, du musée, etc. Il faut mettre les industries culturelles à l’heure du XXIe siècle. Tout est en mouvement dans la mutation la plus importante de l’histoire de l’humanité. »

 

Hélène David rappelle que le point de départ de cette stratégie a eu lieu en 2010, sous le règne de l’ancien président de la SODEC, François Macerola. « Plus tard, quand le ministre de la Culture péquiste Maka Kotto a lancé le projet du numérique, il n’y avait pas attaché de crédits financiers. » Ce qui est désormais chose faite.

 

« Si on n’est pas dans cette course-là, on n’est dans aucune course. Il faut que la présence innovante et créatrice du Québec se fasse mieux connaître. On a un rôle à jouer dans la francophonie numérique, en faisant la promotion des talents comme Marie Chouinard, par exemple. »

 

À ses yeux, numériser les collections du Musée des beaux-arts, notamment, permettra de créer des visites culturelles sur tableaux blancs interactifs, utiles entre autres aux écoles, car les classes, surtout en région, ne peuvent se déplacer facilement. Même son de cloche en musique, où elle désire que les oeuvres québécoises se retrouvent bien en vue sur YouTube. Ou pour le cinéma québécois, si vivant, à mieux promouvoir. Elle salue aussi l’effervescence du secteur multidisciplinaire.

 

Sa seconde priorité était d’appuyer les tournées en région et sur la scène internationale, d’autant plus que le fédéral, dans ce dernier cas, a retiré des appuis. « Nous avons obtenu des budgets récurrents de 2,3 millions pour les tournées. »

 

Ajoutez 1 million de plus au CALQ, un autre à Télé-Québec pour sa plateforme culturelle. Dans la foulée du rapport Bourgie sur le mécénat privé, le programme Mécénat Placements Culture reçoit un crédit de 5 millions annuel. Toujours en fonds récurrents, la Cinémathèque québécoise reçoit 100 000 $, la Société d’arts technologiques (SAT) 315 000 $, le Wapikoni mobile 80 000 $, l’INIS 500 000 $, l’Association des cinémas parallèles 100 000 $.

 

Elle considère avoir travaillé fort, mais se retrousse les manches. Le goût de la culture naît sur les bancs d’école. « Je viens du milieu de l’éducation, dit-elle, et j’ai eu à plusieurs occasions des échanges avec le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, sur les programmes de français, puisque j’ai charge aussi de la promotion de la langue française, mais également sur la culture. Il est ouvert au dialogue. Il faut que les gens sur une même longueur d’onde et dans une même volonté politique s’assoient ensemble dans le but de s’intégrer. Quand je suis allée voir en mai l’extraordinaire Falstaff à l’UQAM [par des élèves issus de milieux défavorisés du sud-ouest de Montréal], j’étais dans l’arrière-scène et des enfants pleuraient parce que leurs parents n’étaient pas venus. J’ai le rêve que la culture soit présente dans tous les yeux, toutes les oreilles. Il faut soutenir toutes les sortes de création, en aidant les régions à y avoir accès. Parfois, c’est en allant voir une pièce très accessible que les gens prennent le goût du théâtre. Ça vaut pour d’autres disciplines culturelles. »

 

La ministre, qui rejette l’option d’instaurer un prix unique du livre pour aider les librairies indépendantes à concurrencer les grandes surfaces, donne le mandat à son adjoint parlementaire Luc Fortin de trouver des solutions aux problèmes des libraires indépendantes.

 

Hélène David aime que le premier ministre Philippe Couillard soit un homme de culture et un lettré. « Il est un fin observateur de la scène culturelle. C’est pourquoi il a débloqué 110 millions pour la culture. »

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