Les syndicats municipaux sur le sentier de la guerre

Le ministre Pierre Moreau
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre Pierre Moreau

Les syndicats municipaux sont en furie. À leurs yeux, le projet de loi sur les retraites déposé jeudi est une véritable « déclaration de guerre » de la part du gouvernement Couillard.

 

La Coalition syndicale pour la libre négociation a invité tous ses membres « à se mettre sur un pied d’alerte », a fait savoir le porte-parole Marc Ranger en après-midi. « Ce n’est pas un projet de loi, c’est une déclaration de guerre. »

 

Grève, manifestations, recours devant les tribunaux, tout est sur la table. « On va aller chercher des mandats », a-t-il fait savoir.

 

Jeudi matin, le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau a déposé un projet de loi sur les retraites qui impose un partage des déficits des régimes de retraite entre les villes et leurs employés. « Au-delà des centaines de maires et des milliers de travailleurs syndiqués concernés, rappelons qu’il y a aussi des millions de contribuables qui ont une capacité limitée de payer, parmi lesquels plusieurs n’ont même pas de régime de retraite », a fait valoir M. Moreau en point de presse.

 

Déficit de 3,9 milliards

 

Le déficit des régimes municipaux s’élevait à 3,9 milliards le 31 décembre. Réclamé avec insistance par plusieurs élus et en particulier par le maire de Québec Régis Labeaume, il s’attarde non seulement aux déficits courants des régimes mais aussi aux déficits passés.

 

Dès lors, en plus d’affecter les rentes des travailleurs actifs, il touche les retraités dont les rentes sont indexées automatiquement.

 

Cela pourrait avoir un impact majeur puisque les indexations comptent pour une grosse part des déficits (62,5 % de ceux des régimes de retraite de la Ville de Montréal, 80 % de ceux de Québec). « C’est un guichet ouvert, a dénoncé la Coalition syndicale. Les maires ont tout ce qu’ils veulent. »

 

Les maires de Québec et Montréal ainsi que l’Union des municipalités du Québec (UMQ) n’ont pas commenté le projet de loi jeudi. On les entendra à ce propos lundi.

 

La Coalition avenir Québec (CAQ) a quant à elle salué le document, mais considère qu’il ne va pas assez loin et qu’on aurait dû donner le pouvoir aux maires d’imposer les conditions de travail par décret comme c’est le cas au gouvernement du Québec.

 

Selon le député caquiste Mario Laframboise, lui-même un ancien maire, ce serait cohérent avec la volonté du gouvernement de donner plus de pouvoirs aux villes. « On aurait souhaité qu’à la fin, la ville puisse trancher », a-t-il dit.

 

Rappelons que le gouvernement impose aux élus et aux syndicats une période de négociation pour « restructurer » les régimes de retraite. Ces négociations devront débuter au plus tard le 1er février 2015 et dureront au maximum 18 mois.

 

En cas de différend, on confiera à un conciliateur, puis à un arbitre le soin de trancher. La CAQ aurait préféré que les villes jouent ce rôle. Quant au Parti québécois, il avait proposé de confier cette tâche à la Commission des relations du travail (CRT), ce que les maires avaient vivement dénoncé.

 

 

Commission parlementaire

 

 

Mais aux yeux des syndicats, ce processus de négociation ne veut rien dire puisque les autres aspects du projet de loi ne leur « donnent aucune marge de manoeuvre ». Le ministre Moreau s’est défendu de ne pas avoir tenu compte des demandes des syndicats et a fait valoir que l’arbitre qui tranchera dans les négociations devra tenir compte des congés de cotisation pris par les patrons dans le passé qui ont contribué à faire gonfler les déficits.

 

Le projet de loi doit être étudié en commission parlementaire au retour des députés à la fin de l’été.

2 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 13 juin 2014 10 h 26

    Équité générationelle

    Le projet a un soucis d'équité générationelle. Pas seulement les employés actuels paieront leur part de déficit, mais les retraités aussi en n'étant plus indexé ..

    Un projet qui déplaira aux syndicats, mais qui plaiera aux citoyens et aux élus qui ont à administrer les villes et doivent faire face àux déficits qui grugent les budgets..

    Si les maires comme M.L'allier à Québec avait géré plus sérieusement au lieu d'acheter la paix avec les syndicats, nous n'en serions pas là! Les maires doivent penser plus aux citoyens quand ils signent les conventions.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 juin 2014 07 h 26

    À fond la caisse !

    Tous les partis politiques à tous les niveaux confondus ont toujours considéré la caisse comme étant sans fond. Ils l’on trouvé le fond maintenant et ne savent plus quoi faire.

    PL