Financement politique: Marc-Yvan Côté plaide pour les dons d'entreprises

L’ex-vice-président de Roche Marc-Yvan Côte
Photo: La Presse canadienne L’ex-vice-président de Roche Marc-Yvan Côte

L’organisateur libéral aguerri Marc-Yvan Côté a offert des pistes de solution inédites pour l’avancement de la commission Charbonneau : revenir aux mœurs d’avant 1977 et permettre aux entreprises de financer les partis politiques.

« Si on avait permis aux entreprises de donner, on n’en serait pas là aujourd’hui », a-t-il lancé mercredi à la commission.

Selon l’ex-vice-président de Roche, il est illusoire de penser que les « monstres » que sont devenus les partis politiques combleront leur appétit pour le financement avec des bouchées de moins de 100 $. « Les coûts des campagnes électorales ne sont pas appelés à diminuer. La pression sera toujours là, a-t-il dit. Il faut arrêter de se boucher les yeux et de penser que ça va se faire à coups de 5 $ ou de 10 $. »

L’autre solution, c’est que l’État assume la totalité des dépenses électorales des partis, sous la supervision du Directeur général des élections, a avancé M. Côté.

La Loi sur le financement populaire a été adoptée afin d’empêcher les entreprises d’acheter une influence politique. Comme l’ont indiqué certains témoins, dont l’organisateur Gilles Cloutier, la loi a été facilement contournée par le recours à des prête-noms.

C’était d’ailleurs l’une des spécialités de Roche.

Un cocktail douteux

Marc-Yvan Côté a reconnu qu’il avait organisé cinq ou six cocktails de financement pour Nathalie Normandeau, par admiration pour cette étoile montante au firmament libéral.
M. Côté a notamment été impliqué dans un cocktail entaché d’irrégularités, tenu en octobre 2008, au restaurant Louis-Hébert, à Québec.

Ce cocktail fait l’objet d’une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Trois types d’infraction auraient été commis : contribution par des entrepreneurs à une caisse électorale, fabrication de faux documents et fraude.

Une double comptabilité aurait été tenue pour cacher l’importance des dons récoltés lors de cette activité. Selon les données officielles fournies au Directeur général des élections, le prix du billet était de 500 $, pour un total de 35 500 $.

Une correspondance en provenance de Roche fait état d’un prix de 1000 $ le billet. « Mon souvenir à moi, c’est 1000 $ », a dit M. Côté.

M. Côté a accepté de s’occuper du financement de Nathalie Normandeau à la fois par admiration pour l’ancienne ministre des Affaires municipales et par amitié pour son chef de cabinet, Bruno Lortie.

De 1986 à 1994, M. Lortie a été conseiller politique de Marc-Yvan Côté, qui était ministre libéral dans le cabinet de Robert Bourassa.

Les deux hommes sont étroitement liés. M. Côté téléphonait en moyenne une fois par semaine à Bruno Lortie pour traiter des dossiers de Roche dans le monde municipal.
M. Côté assure qu’il n’a jamais obtenu d’informations privilégiées de Bruno Lortie.

Témoin coriace

 M. Côté a donné du fil à retordre au procureur Simon Tremblay, en esquivant les questions ou en minimisant l’importance des activités de financement illégal de Roche. La juge France Charbonneau a même invité M. Côté à « ne pas se mettre des [œillères] ». « Roche a contribué », a-t-il dit avec un bémol. Certains employés ont été remboursés par la firme, tandis que d’autres, comme lui, son épouse et ses enfants, contribuaient par réelles convictions politiques.

M. Côté a confirmé que Marc Bibeau, le grand argentier bénévole du PLQ et administrateur de Schokbéton, faisait du financement sectoriel auprès des entreprises. Il a notamment assisté à un cocktail de financement à la résidence de M. Bibeau, réunissant environ 200 personnes, à l’automne 2003.

M. Côté dit cependant qu’il n’a jamais été sollicité directement par Marc Bibeau, contrairement au président de CIMA +, Kazimir Olechnowicz. Celui-ci a déclaré à la commission que Marc Bibeau avait exigé de lui un effort de 100 000 $.

Il a enfin reconnu que Frank Zampino, ex-président du comité exécutif à Montréal, avait exigé de Roche 100 000 $ pour la campagne de 2001. Il n’a rien donné, dit-il.

 


 
5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 12 juin 2014 08 h 19

    Le citoyen cynique

    On accuse le citoyen moyen de devenir cynique face à la politique.
    Quand on écoute le témoignage de monsieur Marc-Yvan Côté, on comprend pourquoi.

  • Réjean Dumais, ing. - Inscrit 12 juin 2014 09 h 43

    Les entreprises ont donc de l’argent...

    Bonjour !
    Moi, je suis tout à fait contre les dons des entreprises.
    Et par le Gouvernement, attention, les entreprises sont moins imposées, ont des subventions ou profitent de certains programmes !
    Je prône le financement populaire, mais avant tout la limitation des dépenses électorales et de ce qui est remboursable pendant les périodes d’élections.
    Même en ayant le droit de dépenser environ 70 milles dollars par circonscription lors d’une élection, ça ne prend que 700 personnes donnant 100 $ pour atteindre ce maximum.
    Alors, pas question de revenir aux moeurs d’avant 1977.
    Bonne journée !

  • Jacques Pruneau - Inscrit 12 juin 2014 11 h 29

    Pas très moral le Côté!

    Juste à lui voir la face ça rappelle de mauvais souvenir! En vieillissant ça ne l'a pas aidé. Il se croit encore au XXème siècle, quand tout allait si bien, que Bourassa dormail dans la penderie, que tout était permi et que le fric rentrait au container.

    Bref: un sale type!

  • Richard Larouche - Inscrit 12 juin 2014 12 h 31

    Comment réduire le coût des campagnes électorales

    Quelques suggestions:

    - Interdire les pancartes électorales (avec des slogans qui ne veulent rien dire) qui ne servent plus à grand chose en 2014.
    - Cesser d'acheter du temps d'antenne pour faire des publicités négatives visant à diaboliser ses adversaires.
    - Réduire les dépenses de transport.

  • Guy Desjardins - Inscrit 13 juin 2014 09 h 07

    Dire que l'on a eu cet homme comme Ministre!

    Les recommandations de Marc Yvan Côté devraient mises à la poubelle. Vieux renard de la politique du financement Libéral ne me donne aucune confiance en ce Monsieur. À la Commission tous l'ont vu tourner en rond à une question qui ne faisait pas son affaire et par la suite du bout des lèvres avouer. Hier à la Commission le témoin anonyme est venu confirmer le contraire des dires de ce fin fin du financement. Alors aux 13 ièm tiroir ses recommandations.