Pauline Marois, une dame au pouvoir

Pauline Marois avait remis sa démission le 4 avril dernier, après la défaite cuisante du Parti québécois.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Pauline Marois avait remis sa démission le 4 avril dernier, après la défaite cuisante du Parti québécois.
Après 35 ans de vie politique tumultueuse, Pauline Marois a dit au revoir aux militants du Parti québécois, samedi, soit deux mois jour pour jour après la défaite crève-coeur du 7 avril dernier.​
 

Pauline Marois a travaillé dur au cours des sept dernières années afin de garder intact, ou presque, le Parti québécois. Elle a mis une croix sur la « facilité », tenant à tout prix à la « possibilité » de faire l’indépendance du Québec.

 

Nicole Stafford a vanté le « courage » dont son amie intime, « Madame, la première ministre », a fait preuve, notamment dans les épisodes de « tourmente », comme la crise de leadership de 2011.

 

« Oui, briser les plafonds de verre, ça laisse des cicatrices : les obstacles sont lourds, les tâches difficiles, les défis terrifiants, les enjeux énormes, les crises fréquentes, les trahisons nombreuses, les coups parfois très bas », a-t-elle relaté lors d’une soirée hommage (ou « femmage », selon Lise Payette) à la chef démissionnaire du PQ.

 

Malgré tout, « une aventure formidable valait totalement la peine d’être vécue », puisque l’ex-première ministre « s’est toujours battue » pour les enfants, les femmes, et les plus démunis, a rappelé sa fidèle alliée.

 

Héritage

 

« Votre coeur de travailleuse sociale est toujours là », a affirmé la députée Véronique Hivon, soulignant l’« appui indéfectible » dont elle a bénéficié, notamment pour mener à terme le projet de loi sur les soins de fin de vie et la Politique nationale de lutte contre l’itinérance. « Tous les Québécois ont cette chance d’avoir cet héritage, d’avoir une vie meilleure à cause de tous les projets, les luttes que vous avez menés », a-t-elle ajouté.

 

« Choisir le PQ, ce n’est pas choisir la facilité », a affirmé l’ancienne ministre péquiste Lise Payette — dont Pauline Marois a été directrice de cabinet à la fin des années 70. « Rien n’a été facile pour toi non plus. On ne t’a jamais rien épargné. Fallait-il que tu sois solide pour tenir le coup, même dans les moments les plus difficiles et souvent tellement injustes », a-t-elle dit. Après sept ans à la tête du PQ, Pauline Marois, a acquiescé d’un sourire. « Ce parti est exigeant. Ce n’est pas une critique de le dire. C’est de reconnaître l’une de ses qualités. Sauf que vivre ces exigences au quotidien n’est pas qu’une partie de plaisir », a poursuivi Mme Payette.

 

La p.-d.g. du Chantier de l’économie sociale, Nancy Neamtan, et la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, ont également salué l’apport d’une bonne dose d’« humanisme dans les politiques publiques » par Mme Marois. « Toutes les femmes du Québec savent qu’elles peuvent aspirer aux plus hautes fonctions. Comme le dit le proverbe, la différence entre un rêve et un projet, c’est une date. Eh bien, vous, Pauline, avez écrit cette date le 4 septembre 2012. Cette page d’histoire, personne ne pourra vous l’enlever », a déclaré Mme Laurent.

 

Poing en l’air

 

En militant et gravissant les échelons au sein du PQ, Pauline Marois « [n’a] pas choisi la facilité », a-t-elle concédé. « J’ai choisi la possibilité… la possibilité de nous donner un pays », a-t-elle dit aux 300 personnes réunies samedi à Drummondville afin de lui rendre hommage.

 

Avant de quitter officiellement la tête du PQ, Pauline Marois a pris un engagement ; celui de ne pas venir jouer aux trouble-fête en ajoutant de temps en temps son grain de sel dans les débats internes de la formation politique. « Je ne serai pas un beau-père », a-t-elle lancé en début de journée, suscitant des applaudissements mêlés de rire. « Je serai attentive, bien sûr, toujours disponible, à l’écoute, mais discrète. »

 

Lise Payette a fait un clin d’oeil samedi soir au poing en l’air pour le « pays de droite » de l’actionnaire de contrôle de Québecor, Pierre Karl Péladeau, durant la campagne électorale : elle a brandi le poing gauche. Pour « rééquilibrer les choses », a-t-elle indiqué. Dans la longue marche vers le pays, « on n’aura pas trop des deux bras de tout le monde pour y arriver ! ».

Le danger de l’extrême droite

Pauline Marois s’est montrée préoccupée de la montée en puissance de « groupuscules » d’extrême droite en Europe. Le Québec pourrait aussi être frappé, prévient-elle. La « liberté collective » de « nations déjà souveraines » a été « limitée » par le poids de la dette. « Les frustrations que cela engendre chez les peuples conduisent à l’émergence de mouvements politiques que nous avons bien des raisons de craindre », a-t-elle averti deux semaines après les élections européennes.

L’ex-première ministre dissuade le gouvernement libéral de balayer les « grandes mesures » qui ont contribué à « changer le visage du Québec » au nom du redressement des finances publiques québécoises. « Je suis inquiète quand je vois la façon dont gère à très courte vue le gouvernement libéral », a-t-elle déclaré, ne se gênant pas pour égratigner le budget Leitao.

Mme Marois a invité tous les « acteurs politiques responsables et modérés » à demeurer à l’écoute des « aspirations légitimes de parties importantes de [la] population », puis à « trouver des solutions ». À ses yeux, la démocratie est en jeu.
9 commentaires
  • Danielle - Inscrit 9 juin 2014 08 h 17

    MERCI Mme Marois!

  • Louka Paradis - Inscrit 9 juin 2014 08 h 30

    MERCI !

    Merci Mère Courage ! Je sais que vous avez donné le meilleur de vous-même tout au long de ces 35 ans de vie politique. Merci de votre riche contribution tant au Parti Québécois qu'à notre société. Longue vie et bonne retraite !

    • Michel Vallée - Inscrit 9 juin 2014 22 h 20

      << Merci de votre riche contribution >>

      Merci d’avoir mené une campagne électorale bâclée, dirais-je plutôt !

  • Jean Lapointe - Abonné 9 juin 2014 09 h 16

    Elle s'était donné une tâche énorme

    « Choisir le PQ, ce n’est pas choisir la facilité » (Lise Payette)

    Et c'est d'autant moins la facilité qu'a choisie Pauline Marois que le fait d'être femme lui rendait la tâche encore plus difficile.

    Ce n'est pas la facilité parce que tenter de convaincre ses compatriotes de mettre un peu en péril sa sécurité financière et son confort pour que le Québec devienne un pays indépendant politiquement c'est beaucoup demander à des gens qui se soucient d'abord et avant tout à s' assurer un mode de vie au moins convenable, ce qui est parfaitement légitime.

    Demander aux gens de penser tout autant à la collectivité à laquelle ils appartiennent qu'à eux-mêmes c'est beaucoup demander et il n'est pas étonnant que la réponse ne vienne pas rapidement mais c'est aussi sans doute plus stimulant et plus enrichissant que de se contenter de gérer une simple province.

    C'est aussi, par contre, se donner un objectif beaucoup plus noble que celui qui consiste uniquement à vouloir devenir un pays plus «riche».

    Mais le risque qui est pris est aussi beacoup plus grand parce que les possibilités de réussir sont beaucoup moins certaines. Les résultats du 7 avril dernier en sont bien la preuve.

    Choisir le PQ pour Pauline Marois ce n'est pas non plus la facilité en tant que femme parce qu'elle avait à surmonter les doutes qui existent encore au sein de la population quand aux capacités qu'ont les femmes d'occuper un tel poste.

    L'explication en est simple. Il y a très peu de femmes qui jusqu'à maintenant dans nos sociétés ont occupé le poste de chef de gouvernement. Il faudra qu'il y en ait encore plus pour qu' elles puissent faire la preuve qu'elles en sont aussi capables que les hommes.

    Bref je suis d'avis que madame Marois a bien raison d'être fière de ce qu'elle a fait. Elle s'était donnée une tâche énorme à accomplir et si les résultats escomptés n'ont pas tous été obtenus, ce n'est pas parce qu'elle n'a pas fait tout ce qu'il fallait faire pour y parvenir.

    • Michel Vallée - Inscrit 9 juin 2014 22 h 24

      @Jean Lapointe

      <<Pauline Marois (...) le fait d'être femme lui rendait la tâche encore plus difficile>>

      Ah! Oui ? Mais en quoi donc celui lui aurait compliqué la tache ? Est-ce donc parce qu'elle était une femme, si elle a si piteusement perdu les élections ?

  • Renaud Blais - Inscrit 9 juin 2014 12 h 01

    Merci madame Marois

    Merci beaucoup Madame Marois,
    Félicitation pour avoir atteint votre objectif visant à "être la première première ministre du Québec".
    Il me semble que vous avez un peu négligé de nous préciser ce que vous vouliez faire APRÈS avoir atteint cet objectif. Comme vous l'aviez atteint, nous sommes passer à autres objectifs.
    Renaud Blais
    Québec

    • Michel Bédard - Inscrit 9 juin 2014 17 h 01

      "Mme Marois a un peu négligé de préciser ce qu'elle voulait faire APRÈS avoir atteint son objectif de devenir première pm du Québec", Renaud Blais. Vrai. En fait, le PQ est en panne d'idées depuis des lustres... La "Saison des idées" de l'ex-pm Landry fut qualifiée de fiasco, de vide complet, et la situation perdure toujours, mais d'année en année. Et on verse de plus en plus dans le loufoque. L'idée la plus saugrenue lancée récemment: ouvrir le vote à l'élection du chef du PQ à toute la population... Ça ne serait plus réservé qu'aux seuls membres de la formation ! Si pareille chose devait se concrétiser, je vois déjà les organisations des autres partis recommander à leurs membres d'aller voter en masse pour le plus piètre des candidats PQ en lice, et aider ainsi leurs propres chefs et partis... "Gagner" est non seulement la mission première d'un parti, mais une question d'organisation et de stratégie. Le PQ semble maîtriser l'art de se tirer dans le pied...

  • Carole Dionne - Inscrite 9 juin 2014 14 h 43

    Héritage?

    Un héritage, on le raçoit gratuitement. Dans bien des cas, on le paie encore.