Pauline Marois tire un trait sur une vie politique «pas facile»

Pauline Marois a fait une croix sur une vie politique « pas facile », samedi soir, après avoir reçu les hommages d’une quinzaine de proches, de collaborateurs et d’acteurs de la société civile.

Nicole Stafford a vanté le « courage » dont son amie intime a fait preuve, notamment dans les épisodes de « tourmente ». « Oui, briser les plafonds de verre laisse des cicatrices », a-t-elle souligné.
 
Malgré les « trahisons nombreuses » et les « coups parfois très bas », « cette aventure formidable valait totalement la peine d’être vécue », a fait valoir l’ancienne directrice de cabinet de Mme Marois. L’ex-première ministre « s’est toujours battue » pour les enfants, les femmes, et les plus démunis, a insisté sa proche collaboratrice.

Lise Payette
 
« Choisir le PQ, ce n’est pas choisir la facilité », a affirmé l’ancienne ministre péquiste Lise Payette — dont Pauline Marois a été directrice de cabinet à la fin des années 70. « Rien n’a été facile pour toi non plus. On ne t’a jamais rien épargné. Fallait-il que tu sois solide pour tenir le coup, même dans les moments les plus difficiles et souvent tellement injustes », a-t-elle dit.
 
Après sept ans à la tête du PQ, Pauline Marois, a acquiescé d’un sourire. « Ce parti est exigeant. Ce n’est pas une critique de le dire. C’est de reconnaître l’une de ses qualités. Sauf que vivre ces exigences au quotidien n’est pas qu’une partie de plaisir », a poursuivi Mme Payette.
 
L’ex-journaliste a invité samedi soir le PQ à annoncer « sans tarder » la création d’un prix « Pauline Marois » destiné à une ou des femmes qui « ont fait quelque chose de remarqué dans la société ».
 
Dans un clin d’oeil au poing en l’air pour le « pays de droite » de Pierre Karl Péladeau durant la dernière campagne électorale, Mme Payette a brandi, elle, la main gauche. « On n’en aura pas de trop des deux bras de tout le monde pour y arriver ! » a fait valoir l’indépendantiste invétérée.
 
La p.-d.g. du Chantier de l’économie sociale, Nancy Neamtan, et la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, ont également tenu à saluer l’héritage politique de la chef démissionnaire du PQ. « Toutes les femmes du Québec savent qu’elles peuvent aspirer aux plus hautes fonctions. Comme le dit le proverbe, la différence entre un rêve et un projet, c’est une date. Eh bien, vous, Pauline, avez écrit cette date le 4 septembre 2012. Cette page d’histoire, personne ne pourra vous l’enlever », a déclaré Mme Laurent, suscitant des applaudissements nourris.

La possibilité, plutôt que la facilité

En militant et en gravissant les échelons au sein du PQ, Pauline Marois admet ne pas avoir « choisi la facilité ». « J’ai choisi la possibilité… la possibilité de nous donner un pays », a-t-elle déclaré, à plus de 300 personnes réunies samedi à Drummondville afin de faire un dernier examen de la dégringolade électorale du 7 avril.
 
Avant de quitter officiellement la tête du PQ, elle a pris un engagement ; celui de ne pas venir jouer aux troubles fêtes en ajoutant de temps en temps son grain de sel dans les débats internes de la formation politique. « Je ne serai pas un beau-père », a-t-elle promis en début de journée, méritant des applaudissements mêlés de rire. « Je serai attentive, bien sûr, toujours disponible, à l’écoute, mais discrète », a-t-elle ajouté.

Attention aux «groupuscules» d’extrême droite

Plus tôt, l’ancienne première ministre s’est dite préoccupée par la possible montée en puissance de « groupuscules » d’extrême droite au Québec.
 
En Europe, la « liberté collective » de « nations déjà souveraines » a été « limitée » par le poids de la dette. « Les frustrations que cela engendre chez les peuples conduisent à l’émergence de mouvements politiques que nous avons bien des raisons de craindre », a-t-elle averti, deux semaines après les élections européennes.
 
L’air préoccupé, Mme Marois a mis en garde le gouvernement libéral contre la tentation de balayer les « grandes mesures » qui ont contribué à « changer le visage du Québec » au nom du redressement des finances publiques québécoises. Elle a notamment rappelé l’importance du développement du réseau de centres de la petite enfance (CPE) qui offre « un meilleur départ à nos tout-petits, en leur offrant des services de garde de qualité ». « Je suis inquiète quand je vois la façon dont gère à très courte vue le gouvernement libéral », a-t-elle déclaré, ne se gênant pas pour égratigner le budget Leitao.
 
Mme Marois a invité tous les « acteurs politiques responsables et modérés » — au premier chef les militants du PQ — à demeurer à l’écoute des « aspirations légitimes de parties importantes de [la] population », puis à « trouver des solutions ».
 
Le PQ doit « garder les possibles ouverts » à défaut de quoi « de plus en plus de nos concitoyens seront tentés de se réfugier dans les marges ». « C’est la préoccupation la plus urgente », a-t-elle insisté à l’occasion de la Conférence nationale des présidents et des présidentes (CNPP). Il en va de la « protection de la démocratie » au Québec, selon elle.

Course à la direction
 
Bernard Drainville et Véronique Hivon — tous deux candidats pressentis à la succession Pauline Marois — ont lancé samedi un nouvel appel à ne pas précipiter le PQ dans une course à la direction hâtive. « Il faut se retrouver un peu avant de trouver un sauveur ou une sauveuse », a fait valoir la députée de Joliette.
 
Plusieurs candidats élus ou défaits le 7 avril ont souligné la nécessité de « mieux articuler » le projet de pays du Québec en vue de la prochaine campagne électorale, dans quatre ans et demi.
 
L’ancien ministre de la Santé Réjean Hébert s’est dit tout particulièrement préoccupé par le faible appui des jeunes au projet de souveraineté. « Si nos enfants ne sont pas en faveur d’une telle orientation, il faut se repositionner. [Le PQ] doit s’adapter aux grandes orientations sociétales de la population », a-t-il indiqué. En revanche, il invite le PQ à ne pas tourner le dos à son orientation social-démocrate. « Il y a encore une large partie de la population québécoise qui est en faveur de mesures social-démocrate. »
 
De leur côté, les présidents des circonscriptions et des régions du PQ ont accepté de se pencher sur la proposition de « primaires ouvertes » visant à permettre aux Québécois adhérant aux valeurs progressistes et souverainistes du PQ de participer à l’élection du prochain chef.
 
Le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, n’avait « pas d’opinion » samedi sur cette formule défendue notamment par ses confrères Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée. La tenue de primaires est inhabituelle dans les régimes parlementaires, a-t-il toutefois noté.