«Le choc a été brutal»

Pauline Marois « assume pleinement » les décisions prises au fil des 33 jours de la campagne, ainsi que leurs conséquences. « C’est pourquoi je ne suis pas une femme démolie ou atterrée aujourd’hui », dit-elle.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Pauline Marois « assume pleinement » les décisions prises au fil des 33 jours de la campagne, ainsi que leurs conséquences. « C’est pourquoi je ne suis pas une femme démolie ou atterrée aujourd’hui », dit-elle.

Deux mois se sont écoulés depuis la défaite électorale, mais le souvenir est vif. « Le choc a été brutal. Le choc a été brutal », répète calmement Pauline Marois.

L’ex-première ministre du Québec s’est relevée d’une « campagne difficile » à l’ombre des projecteurs. Elle a accepté de s’entretenir avec Le Devoir à quelques heures de son dernier rendez-vous avec les militants du Parti québécois, samedi à Drummondville, où elle tirera un trait sur une carrière de plus de 30 ans, au cours de laquelle elle a dirigé tous les grands ministères — y compris les Finances, la Santé et l’Éducation.

Du flou entourant la tenue d’un référendum à la promesse d’une charte de la laïcité qu’elle souhaitait faire adopter sans compromis, en passant par la main tendue à Pierre Karl Péladeau : la chef démissionnaire « assume pleinement » les décisions prises au fil des 33 jours de la campagne, ainsi que leurs conséquences. « C’est pourquoi je ne suis pas une femme démolie ou atterrée aujourd’hui », dit-elle, portant le regard sur les gouttelettes d’eau collées aux fenêtres de la Maison-des-Marins, au musée de Pointe-à-Callières, dans le Vieux-Montréal.

La dégelée infligée par les électeurs n’a pas pour autant été moins douloureuse. « J’ai vécu beaucoup de peine, d’abord pour les membres de mon équipe. Je trouvais que c’était tellement cruel pour eux. » Qui plus est, la perspective d’une victoire libérale n’avait « jamais été évoquée » à bord de l’autocar de campagne. La première ministre sortante était ainsi persuadée « jusqu’à la dernière minute » de se voir confier les rênes d’un gouvernement… à tout le moins minoritaire. « Je n’ai pas été mal informée. Il y avait des tendances qui se dégageaient [dans les sondages d’opinion], mais, en même temps, j’avais de bons échos sur le terrain », affirme-t-elle, précisant du même souffle avoir été portée pendant la campagne par l’« enthousiasme » des militants. « Écoutez, je n’ai jamais fait autant de rassemblements dans une campagne. »

« Force » et « crédibilité »

Pauline Marois a un « regret », celui d’avoir été incapable de « parler plus » des réalisations de son gouvernement, reléguées au second plan par « beaucoup d’attaques » sur la tenue possible d’un nouveau référendum sur l’indépendance du Québec.

L’équipe de candidats « exceptionnelle » s’étant ralliée autour d’elle — Diane Lamarre, Gyslaine Desrosiers et Pierre Karl Péladeau le poing en l’air « pour le pays » — a donné à la fois de la « force » et de la « crédibilité » à la capacité d’un gouvernement péquiste de « faire avancer le projet de souveraineté du Québec ». « Nos opposants ont réussi à semer l’inquiétude. Je crois que c’est un des éléments qui nous ont amenés à la défaite qu’on a connue », admet Mme Marois.

La réaction a été « virulente du côté des anglophones de Toronto », se remémore-t-elle, pointant une « photo [d’elle] grande comme ça qui n’était pas très belle à voir » à la une du Globe and Mail.

Malgré la mobilisation autour du Parti libéral du Québec des électeurs apeurés par le spectre d’un troisième référendum, l’état-major s’est refusé de s’éloigner des « orientations » figées dans le programme du PQ. « J’ai tenté tout au long de la campagne d’expliquer que jamais nous ne tiendrions un référendum si on croyait qu’on n’était pas capable d’aller chercher l’appui de la majorité de la population. […] Mais, en même temps, je ne voulais pas fermer la porte à ce qu’on puisse en tenir un, explique-t-elle. Je n’ai jamais pensé faire autrement. »

Elle ne pouvait foncer à visière levée vers un référendum ou encore écarter la tenue d’un référendum dans un prochain mandat. « Je ne me suis pas sentie coincée par cette stratégie-là, parce que j’avais participé à son élaboration. »

Mais le flou du PQ a été exploité par le PLQ ? « Tout à fait ! », convient-elle, soulignant que les troupes de Philippe Couillard ont « beaucoup manipulé l’opinion publique sur cette question-là ».

Le parti devra immanquablement repenser sa stratégie de communication d’ici au prochain rendez-vous électoral. « Maintenant, ce sera au parti et aux membres de réfléchir pour la suite. »

Le pays du Québec

Aux yeux de Mme Marois, le projet de souveraineté constitue le « fondement même » de l’« action politique » du PQ. « On en a parlé, mais avec les bons mots ? », s’interroge-t-elle.

La fille de mécanicien est « devenue indépendantiste » dans la jeune vingtaine, lors d’un séjour en Outaouais. « J’ai eu le choc de ma vie, lance-t-elle en haussant le ton. Je me suis rendu compte qu’on était en train de s’assimiler. »

Quatre décennies plus tard, elle invite les jeunes à « dessiner le projet de souveraineté autrement, sous l’angle de ce qui les intéresse : l’environnement, la lutte contre la pauvreté, etc. »

La souveraineté a beau actuellement attirer la faveur de 30 % des jeunes de 18 à 24 ans, elle en est néanmoins convaincue : « La souveraineté est aussi moderne aujourd’hui qu’elle l’était il y a 30, 40 ans. Ce n’est pas un concept dépassé. Au contraire ! »
Le verdict de l’électorat, le 7 avril, n’est pas un « troisième non » à l’indépendance du Québec, martèle-t-elle.

Le PQ saluera samedi Pauline Marois. Ella a dirigé une douzaine de ministères, avant de briser le « plafond de verre » en accédant à la plus haute fonction de l’État. « [Cette opération] m’a laissé des égratignures », fait remarquer Mme Marois. Elle fera ses adieux au PQ, « fière de laisser un parti en santé », mais surtout rassurée par la présence d’une « relève » forte. « Ce n’est pas vrai qu’on est le parti de deux générations ! »

 


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Le projet de loi 60 « tel quel »

D’aucune façon la charte de la laïcité n’a servi de leurre pour faire le plein des votes. Pauline Marois entendait faire adopter le projet de loi 60 « tel quel » à son retour à l’Assemblée nationale. La chef démissionnaire du PQ s’inscrit en faux contre Bernard Drainville, qui jurait être disposé à trouver un compromis, sur l’interdiction des signes religieux, avec les partis d’opposition au lendemain du scrutin. « Je souhaitais qu’on l’adopte tel quel. J’y croyais. J’y crois toujours. […] On pensait qu’il ne fallait pas faire les choses à moitié », déclare Mme Marois.

 La souveraineté est aussi moderne aujourd’hui qu’elle l’était il y a 30, 40 ans

151 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 7 juin 2014 00 h 54

    L'élection

    Comment ne pas perdre une élection?
    Ne pas la déclencher.

    • Louis Desjardins - Abonné 7 juin 2014 09 h 37

      Exactement.

    • Louka Paradis - Inscrit 7 juin 2014 11 h 53

      L'élection aurait été déclenchée de toute façon : le PLQ et la CAQ ont affirmé dans tous les médias qu'ils voteraient contre le budget Marceau (on réalise tous aujourd'hui que c'était un excellent budget).

      Quoi qu'il en soit, l'heure n'est plus au blâme ni au cynisme, mais à la gratitude pour le travail accompli. Merci, Mme Marois de votre indéfectible engagement envers le Québec et bonne retraite ! vous l'avez amplement méritée.

    • Mario Paquette - Inscrit 8 juin 2014 09 h 55

      Déception, deux années de travail qui vont être chambardé par les Libéraux. Moi je ne vous dirait pas merci Mme Marois car vous auriez du conserver le pouvoir et vous liez avec un ancien confrère de travail pendant 17 ans, M. Legault de la CAQ pour faire passer le budget.

      Mal guider pour avoir le pouvoir voici le résultat, recule évident du Parti vers la souveraineté. Une belle chance manqué du Parti qui aurait peu gouverner encore deux ans et montrer ses forces de médiation.

      Parfait commentaire de M. Dugal:
      Comment ne pas perdre une élection?
      Ne pas la déclencher.

  • Marcel Bernier - Inscrit 7 juin 2014 02 h 16

    Dix-huit mois, c’est tellement court…

    Mais bon! Cela nous a permis de vivre de grands moments de politique. L’équipe que vous aviez assemblée autour de vous, madame Marois, constituait la quintessence de ce que nous sommes. Et c’est très malheureux que vous n’ayez pu mettre à l’œuvre cette grande richesse que sont tous ces gens impliqués et dévoués à notre émancipation collective dans le cadre d’un gouvernement majoritaire.
    Quoi qu’il en soit, vous avez su incarner le souci du bien commun et je vous en remercie profondément. Il y a ces trente députés-es qui continuent à nous faire honneur et j’espère, de tout cœur, qu’ils et elles sauront perpétuer cet engagement qui fut le vôtre, à leur façon, bien sûr, mais sans compromission sur l’essentiel.
    Bonne route et longue vie!

  • Laura P. Lefebvre - Inscrite 7 juin 2014 03 h 04

    Merci Madame Marois.

    Vous avez beaucoup fait pour le Québec et soyez assurée que bien des gens en
    sont conscients et reconnaissants. Il se pourrait fort bien qu'aux prochaines élections, le Parti Québécois revienne en force et les années qui suivront traceront le chemin pour que le Québec devienne un pays.

    Des félicitations pour votre cheminement.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 juin 2014 23 h 07

      D'accord avec vous Mme Lefebvre.

  • Paul D'Amour - Abonné 7 juin 2014 03 h 47

    Un beau regard

    Faudrait un jour apprendre aux québécois à différencier le vrai du faux et à ne plus tuer ceux et celles qui proposent de véritables changements. Je me souviens disent les plaques d'immatriculation, mais aurions-nous oublier.
    Bravo, brave Dame!
    Paul D'Amour

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 juin 2014 10 h 34

      Premièrement, les Québecois ça n'existe pas, pas plus que les femmes, les hommes, et les Américains: nous sommes tous passablement différents les un des autres, d'ailleurs même les animaux le sont.

      Deuxièmement, à votre place je m'en tiendrais à exprimer ce que je pense plutôt que comme Marois, justement, croire que ce que vous croyez est la vérité vraie, et en plus jouer les profs, croyant aussi qu'au Québec, un genre de bourgade, on devrait tous penser comme pareil. Moi, je me souviens, entre autres, de Filliatreault qui traite les femmes voilèes de folles et de Marois qui, dans sa grande humanité n'a rien dit. Et j'en passe, et j'en passe.

    • Jean-Marc Pineau - Inscrit 7 juin 2014 17 h 31

      Les Québécois n'existent pas pour Mme Massicotte, mais les autres existent bel et bien.
      Madame Massicotte a bien assimilé le multiculturalisme réducteur ou bien le multiculturalisme réducteur l'a complètement assimilée ? Je ne vois jamais dans ses propos quelque vision généreuse pour les gens que nous sommes, citoyens du Québec, peu importe l'origine.
      Un problème d'estime de soi, peut-être ? Qu'en pensez-vous, docteur ?

    • Pierre Samuel - Inscrit 7 juin 2014 19 h 29

      @ Mme Massicotte:

      A titre < d'experte autoproclamée>, faut-il en conclure, chère dame, que vos propos concernant < Marois, Filiatreault...Et j'en passe, et j'en passe...>, sont essentiellement de nature "politique" et ne relèvent aucunement du "chialage" ???

    • Hélène Paulette - Abonnée 7 juin 2014 22 h 23

      N'importe quoi madame Massicotte.

  • Christian Montmarquette - Inscrit 7 juin 2014 05 h 48

    Ce PQ sans queue ni tête..

    Comment peut-on prétendre avoir fait avancer la souveraineté quand elle n'a pas avancé d'un iota en 45 ans..? Et comment Pauline Marois peut-elle prétendre avoir fait avancer la souveraineté quand elle n'a cessé de répéter qu'il n'y aurait pas de référendum avant 8 ans???

    PKP le poing levé d'un côté.. et Pauline Marois de l'autre qui essayait d'éteindre le feu.. Décidément.. Le PQ est vraiment un parti sans queue ni tête et fier de l'être.

    Par chance quand les politiciens et les partis politiques n'ont plus le jugement pour comprendre qu'ils ont fait leur temps.. Les citoyens eux semblent encore capables de s'en charger.

    Salut le PQ.. On t'as assez vu.

    Le Québec n'a pas besoin de deux partis libéral.

    • Serge Lemay - Inscrit 7 juin 2014 09 h 30

      Si le Québec n'a pas besoin de deux partis libéraux, voulez-vous dire que la CAQ est de trop ? Ou prétendez-vous que la CAQ se distingue des libéraux et des péquistes au point de former une alternative jouable.

      Ou bien tenez-vous le même discours hargneux que du QS à l'encontre de Pauline Marois tout au long de la campagne et même un peu après, cette façon de faire tellement typique de la politicaillerie de politiciens arrivistes et manipulateurs qui prétendent agir pour le bien être des classes ouvrières ?

    • Gaétan Parent - Inscrit 7 juin 2014 10 h 26

      Mme Marois parle de manipulation du coté libéral,mais que dire de la stratégie péquiste a propos du fumant projet de la charte que l'on a voulu entrer de force dans l'imaginaire québecois,ce fut pour eux un échec historique surtout chez les jeunes qui n'ont pas embarqué dans cette galere autoritaire,mesquine,et étouffante,qui nous rappelait l'époque Duplessis.

    • Louka Paradis - Inscrit 7 juin 2014 16 h 26

      M. Parent, il est bien évident que vous n'avez pas connu l'époque de Duplessis pour faire de tels amalgames : le programme du gouvernement Marois était aux antipodes du duplessisme entièrement subordonné à la religion catholique.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 juin 2014 23 h 12

      Avec le parti néodémocrate provincial qui fera son apparition à la prochaine élection québécoise, c'est bien plus aurevoir Québec solidaire.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 8 juin 2014 07 h 57

      À M. Samuel, 7 juin, 19h.29,

      Justement, mes propos que vous évoquez sont de nature politique et j'ajouterais même dans le cas en question, humaniste, ce que je suis. Merci de me permettre de m'exprimer une fois encore et plus clairement.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 8 juin 2014 08 h 15

      Post-scriptum à mon précendant commentaire à M. Samuel. Peut-être ne conaissez-vous pas vraiment le lien entre les propos de Filliatreault et Marois. Mme Filliatreault a traité les femmes musulmanes de la fonction publique portant le voile de folles, après avoir signer le document des Jeanettes, qui appuyait la charte de nos pseudos valeurs acquises dans son entièreté, et c'est donc à se titre que Marois et Jeanette Bertrand, d'ailleurs, auraient dû la rappeler à l'ordre.

      Suite et FIN de nos échanges.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 8 juin 2014 10 h 55

      À M. Pineau (7 juin, 17h.31)

      Ce que j'en pense? Que vous êtes un feffié menteur. Vous écrivez "Les Québécois n'existent pas pour Mme Massicotte, mais les autres existent bel et bien."

      Or j'ai justement écrit " les Québecois ça n'existe pas, pas plus que les femmes, les hommes, et les Américains" citant même les animaux. Ce n'est pas pour rien que j'ai cité les Américains, un expemple, comprenne qui peut. On appelle ça l'individualité, et non l'indivudualisme, qui est un autre concept. Alors rien à voir avec le multiculturalisme.

      Vous écrivez aussi parlant de moi "Je ne vois jamais dans ses propos quelque vision généreuse pour les gens que nous sommes, citoyens du Québec, peu importe l'origine. Vrai, la générosité n'est pas ma tasse de thé, on est pas au refuge Murling ici, nous sommes égaux. Par contre j'ai apprécié la profession de foi de PKP, le virage de Parizeau que j'ai mentionné ici à quelques reprises mais surtout...

      Réponse à M. Fleitz (7 juin 12h.51)
      Différent, le Québec l'est déjà et à plusieurs niveaux. Le Québec a toujours été contre la conscription, bien que plusieurs Québécois se sont engagés volontairement dans des conflits comme les première et deuxième guerres mondiales. Au Québec il n'y a à peu près pas de crime haineux, (1 à ma connaissance, par un ado troublé) et peu ou pas envers les femmes autochtones, contrairement au ROC. La culture québécoise est variée, reconnue et se vend assez bien un peu partout, et je me souviens très bien, lors des premières coupes d'Harper dans la culture, des anglophones canadiens, jusqu'en Colombie britanique, qui auraient voulu pouvoir voter pour Duceppe, défenseur de la culture du Québec.

      Ce n'est qu'un exemple et en conclusion, un compliment: vous m'avez bien fait rire ce matin.