Les firmes de génie avaient des cibles de 100 000 $ pour le PLQ

S’il ne s’agissait que de «suggestions», Kazimir Olechnowicz craignait que son entreprise, CIMA+, soit désavantagée dans l’octroi de contrats s’il n’atteignait pas les cibles de Marc Bibeau.
Photo: CEIC S’il ne s’agissait que de «suggestions», Kazimir Olechnowicz craignait que son entreprise, CIMA+, soit désavantagée dans l’octroi de contrats s’il n’atteignait pas les cibles de Marc Bibeau.

Proche de Jean Charest et responsable du financement au Parti libéral, l’homme d’affaires Marc Bibeau fixait chaque année des cibles de 100 000 $ en dons aux grandes firmes de génie du Québec.

 

Cette cible, l’entreprise de génie CIMA + l’a même dépassée de 2004 à 2009, a expliqué vendredi son président, Kazimir Olechnowicz, devant la Commission d’enquête sur l’industrie de la construction (CEIC). Les autres entreprises de génie s’appliquaient à faire de même, a-t-il ajouté.

 

S’il ne s’agissait que de « suggestions », M. Olechnowicz craignait que son entreprise soit désavantagée dans l’octroi de contrats gouvernementaux s’il ne s’exécutait pas. Il supervisait lui-même la collecte de fonds, un peu à l’image des campagnes de financement en milieu de travail de Centraide, a-t-il dit.

 

De 1998 à l’éclosion du scandale sur la corruption dans le milieu de la construction, en 2011, le PLQ a ainsi reçu 1,13 million de dollars de CIMA +. Ce serait à partir de 2003, dans les mois ayant précédé l’élection du PLQ, que M. Bibeau aurait fixé la cible de 100 000 $.

 

« On ne voulait pas prendre de chance. [Amasser 100 000 $ par an], c’était une police d’assurance. Je ne sais pas quelle conséquence ç’aurait eu d’arrêter toute contribution politique. Je n’ai certainement pasvoulu prendre ce risque-là », a expliqué l’homme d’affaires.

 

Les enfants et les conjoints mettaient aussi l’épaule à la roue. Le fils de M. Olechnowicz, tout juste majeur, a ainsi offert 1000 $ au PLQ. « Votre fils avait 18 ans. Ça s’appelle un prête-nom », a souligné la juge France Charbonneau.

 

« Non, non, non… c’était du patrimoine familial. Il n’y a pas de prête-nom chez CIMA+ », a argué le témoin, avant d’admettre le contraire.

 

Marc Bibeau est considéré par la CEIC comme « le grand argentier » du parti sous Jean Charest. Collecteur bénévole, très proche de Jean Charest, il travaillait en tandem avec Violette Trépanier, grande responsable du financement sectoriel auprès des entreprises au sein du PLQ, de 2001 à 2012.

 

Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, l’entrepreneur Lino Zambito avait raconté qu’il avait dû obtenir le feu vert de M. Bibeau et de Mme Trépanier pour organiser un cocktail de financement à 100 000 $ pour la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, en 2007. M. Bibeau aurait demandé à Mme Trépanier de contacter le chef de cabinet de la ministre, Bruno Lortie, afin de fixer une date pour le cocktail.

  

Au PQ et à l’ADQ aussi

 

M. Olechnowicz et ses associés de CIMA + ont également contribué aux deux autres grandes formations politiques de l’époque, le Parti québécois et l’Action démocratique, qui ont reçu respectivement 782 000 $ et 245 000 $ de l’entreprise. De 1998 à 2011, les dons politiques de CIMA + ont ainsi totalisé 2,16 millions de dollars, ont démontré les enquêteurs de la CEIC.

 

Les dons faits à l’ADQ ont subitement augmenté en 2007. Pourquoi ? « Parce que c’était l’année où ils avaient le plus de chances de se faire élire », a expliqué le dirigeant de la firme.

 

C’est Léo Housakos, aujourd’hui sénateur conservateur, qui aurait approché le président de CIMA +, vers 2002, pour exiger des contributions financières. « Il demandait le plus possible, mais il n’y avait pas d’objectif » précis comme ceux de M. Bibeau, a dit le témoin. François Plourde, un autre haut placé de CIMA +, était, lui, chargé de récolter des fonds pour le PQ.

  

Une rencontre avec Guy Chevrette

 

Juste avant d’interrompre ses travaux jusqu’à la semaine prochaine, la CEIC a appelé à la barre des témoins le vice-président du groupe SMG, Christian Fay. Quand son entreprise de signalisation a perdu un important contrat en 2002, il s’est tourné vers Gilles Cloutier, un lobbyiste « qui n’arrêtait pas de dire qu’il avait de bonnes relations au gouvernement ». Deux ou trois jours plus tard, celui-ci lui a confirmé avoir eu un entretien avec Guy Chevrette, à sa résidence de Joliette. Une affirmation qui semble contredire le témoignage de M. Chevrette, qui avait affirmé devant la juge Charbonneau qu’« il connaissait à peine » Gilles Cloutier, pendant plusieurs années vice-président du développement des affaires chez Roche.

9 commentaires
  • Maître Richard G. Thériault - Abonné 6 juin 2014 15 h 30

    Abonné

    Plusieurs propos entendus à la Commission Charbonneau me donnent des nausées.

    Qui aura le courage de demander aux partis politiques (toutes allégeances confondues) le remboursement de ces sommes illégalement acquises par la collusion et la corruption ?

    J'ai l'intime conviction qu'elles (ces sommes) appartiennent aux contribuables (payeurs de taxes) et devraient être versées au "Fonds consolidé du revenu du Québec".

    Ainsi, les déficits et dettes accumulés du Québec s'en porteraient beaucoup mieux.

    Richard G. Thériault

  • François Dugal - Inscrit 6 juin 2014 16 h 26

    Recouvrement

    Quand un citoyen fraude le fisc, celui-ci essaie de recouvrir son dû.
    Quand les firmes de génie financent illégalement les partis politiques, cet "argent sale" n'est réclamé par personne: expliquez-moi ça, quelqu'un.

  • Guy Desjardins - Inscrit 6 juin 2014 20 h 19

    M. Kazimir Olechnowicz Ingénieur imbu de lui-même!

    C'est ce genre d'ingénieur qui ne se trompe jamais et lorsqu'il est pris dans les cables il n'ésite pas à faire le beau parleur. J'ai bien regardé ce matin son témoingnage et c'était méprisant pour les honnêtes personnes. A mon avis le Gouvernement et les Municipalités ne devraient jamais faire affaire avec ce genre de Président d'entreprise. Il avoue lui même du bout des lèvres et encore que si il ne faisait pas comme les autres il n'aurait pas eu de travail. Alors ou est son honnêteté? Au fond de ses souliers? Prêt à tout pour faire de l'argent. Après plus d'une heure à regarder ce type à vouloir minimiser ses actions. C'était trop et j'ai fermé l'ordinateur, ça ne valait pas la peine de gaspiller de l'électricité à le regarder et perdre mon temps à le voir fignoler ses réponse et couper à tout bout de champ les Procureurs de la Commission pour tenter de faire divergence. Ce genre d'ingénieur est à déconseillé pour le bien de la Province et des Municipalités car selon lui sa conscience est très élastique lorsqu'il le faut. Combien il a fraudé les Québécois (es) avec sa conscience élastique? Va t'il rembourser pour ses actions?C'est l'opignion que je retiens de se triste personnage. G.D.

  • Lise Bélanger - Abonnée 6 juin 2014 22 h 44

    Vive les libéraux, peut importe les candales on les remet au pouvoir. Aucun autre parti politique québécois ne peut être accusé de tant de fraude.

    La commission Charbonneau exprime bien le fonctionnement de ce parti, et comme on le sait, l'argent c'est le nerf de la guerre ou réussite, ils ont le haut du pavé pour atteindre le pouvoir.

    C'est unique et malheureux, mais chialer et les réélire, c'est du délire, de l'inconscience inexplicable.

    L'attitude des québécois est tout aussi répréhensible que celle de ce parti corrompu jusqu'à la moëlle.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 7 juin 2014 08 h 20

      L'attitude des Québécois est de ne pas chercher à comprendre le fonctionnement du système électoral mis en place par les grands manipulateurs libéraux ...

      Les Québécois francophones ont voté pour le PQ, la CAQ, QS, ON.

      Les Québécois anglophones et allophones ont voté pour le PLQ.

      Pourquoi ne pas voter pour un projet de société et ensuite pour le tappe à l'oeil Kennedyste.

      Y a ti quéqu'un qui peut me dire qui est l'organisation politique derrière de M. Legault ?

    • Guay Pierre - Inscrit 7 juin 2014 09 h 17

      j'approuve

    • Frédéric Jeanbart - Inscrit 7 juin 2014 09 h 39

      Je suis bien d'accord avec votre propos!! Cependant, ce n'est pas une raison pour que les gens honnêtes paient la note autant que ceux qui votent avec leur fond de bouteille. Ce n'est pas une raison pour ne pas courir après ces filous, pour ne pas les railler, finalement pour ne pas les apréhender : la loi c'est la loi.

      Par contre, quand cette "loi" se fait trouer amendements après amendements, quand on fait tomber les garde-fous, alors les fous prennent toute la place...

      D'autant plus quand pour ce qu'il reste de la loi, les conséquences de son application sont trop risibles pour qu'elle protège minimalement notre démocratie et notre Nation contre les bandits. Or quand on est rendu filou pour du cash, ou simlpement pour perdurer dans une carrière politique, laissez-moi vous dire qu'on a plus aucune scrupule : la vie est un mensonge et on tente d'imposer à tous cette doctrine des plus répréhensible (ex. la loi sur le lobying qui est venu « encadrer » et encourager la corruption, alors que le lobying était illégal il n'y a pas si longtemps), pour pouvoir continuer le mensonge...

  • Guay Pierre - Inscrit 7 juin 2014 09 h 16

    Fraude

    En Italie, les italiens ont poursuivi berlusconi pour fraude et le résultat est 4 ans de prison. Ici les fraudeurs au Gouvernement sont intouchables!!! ridicule, il serait temps que ceux que l'on met au pouvoir soit imputable de leur magouille et qu'eux aussi recoivent des peines de prison et travaux communautaires. À mon avis , ils ne sont pas mieux que des Vincent lacroix et autres.