« Monsieur 3 % » sollicitait des dons pour le PLQ

L'argentier du parti de l’ex-maire de Montréal Gérald Tremblay, Bernard Trépanier
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L'argentier du parti de l’ex-maire de Montréal Gérald Tremblay, Bernard Trépanier

Bien qu’il l’ait nié haut et fort devant la commission Charbonneau, l’ancien grand argentier de la formation du maire Gérald Tremblay, Bernard Trépanier, était également impliqué dans le financement du Parti libéral du Québec.

C’est ce que se sont appliqués à démontrer, jeudi, les enquêteurs de la commission.

À 11 jours de la pause estivale, pas moins de cinq personnes ont comparu devant la juge France Charbonneau. Car à la reprise des travaux à l’automne, la Commission d’enquête sur l’industrie de la construction (CEIC) aura terminé de faire comparaître des témoins.

En matinée, l’homme d’affaires Joseph Cristofaro a confirmé avoir effectué, en 2007, un don au Parti libéral, d’un montant de 3000 $, une somme qui lui a été « remboursée cash dans la même journée ».

Son collègue et ami Jean-Guy Blanchette lui avait demandé de faire ce don lors d’une rencontre à l’Hypoclub Onyx, qui appartient à Tony Accurso. Ce n’est nul autre que Bernard Trépanier, responsable du financement d’Union Montréal, le défunt parti du maire Gérald Tremblay, qui aurait demandé à M. Blanchette de recruter des prête-noms pour le PLQ, a soutenu M. Cristofaro. Toutes les personnes présentes qui émettaient des chèques à l’ordre du PLQ étaient elles aussi remboursées en argent comptant.

« Vous saviez que vous agissiez à titre de prête-nom ? », a demandé le procureur de la CEIC Paul Crépeau. « Oui », a répondu sans ambages M. Cristofaro. Le témoin a reconnu avoir fait d’autres contributions politiques. Mais seule la contribution au PLQ a été remboursée.

Appelé à témoigner, l’analyste et enquêteur de la CEIC Guy Desrosiers a ensuite expliqué avoir rencontré quatre autres personnes ayant toutes effectué des dons à la demande expresse de Bernard Trépanier.

Surnommé « Monsieur 3 % » car il aurait exigé des ristournes de 3 % aux firmes de génie-conseil en échange de contrats, M. Trépanier avait affirmé devant la Commission ne jamais avoir fait de financement pour le PLQ. C’est une lettre anonyme reçue après sa comparution devant la CEIC qui a mené à la découverte de ces stratagèmes.

« Je ne pose pas de questions et je signe »

La CEIC s’intéresse depuis quelques jours au processus d’octroi de subventions au ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT) lorsque Nathalie Normandeau détenait ce portefeuille, c’est-à-dire de 2005 à 2009.

Un ex-haut placé du MAMROT, Jacques A. Tremblay a reconnu avoir « plié » à plusieurs reprises aux demandes de la ministre Normandeau, et ce, dans divers dossiers d’octroi de subventions pour des projets d’infrastructures, malgré l’avis défavorable des fonctionnaires qui relevaient de lui. « C’est arrivé dans quelques dossiers où il y a eu de l’interférence [de Mme Normandeau], a-t-il dit. Moi, j’ai exécuté les demandes de la ministre. J’ai signé les documents. »

Dans de nombreux cas, les ingénieurs du ministère refusaient d’approuver un projet, par exemple parce que des travaux non admissibles étaient insérés discrètement par les municipalités dans des projets admissibles. Dans d’autres — une trentaine —, les subventions accordées ont été revues nettement à la hausse par le cabinet de Mme Normandeau. C’est M. Tremblay qui signait si ses employés refusaient d’avaliser les modifications.

« Vous êtes un haut fonctionnaire, et parce qu’on vous dit de signer, vous ne posez pas de questions ? Vous ne demandez pas pourquoi ? », a demandé la juge Charbonneau.

« Je ne pose pas de questions et je signe », a admis celui qui fut par la suite promu sous-ministre adjoint.

Une piscine à Saint-Sauveur

Ancien maire de Saint-Sauveur, Michel Lagacé a quant à lui expliqué qu’on lui a « mis dans les pattes » un proche des libéraux, alors qu’il tentait d’obtenir une subvention pour une piscine municipale.

L’attachée politique du ministre David Whissell, Isabelle Lord, l’aurait alors « mis en contact » avec Christian Côté de la firme Plania, censé lui faciliter l’obtention d’une subvention du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport.

Se décrivant comme un ami du ministre Whissell, M. Côté lui a promis qu’il allait « s’occuper » du dossier. « Après quelques rencontres, je lui ai demandé : “ Qui vous paye ? ” Il m’a dit : “ Inquiétez-vous pas avec ça ”. J’ai répondu : “ Tout d’un coup que ce n’est pas votre firme qui est choisie ”, et il m’a dit : “ ça, ça s’arrange ”. »

Le président de la firme de génie CIMA+, Kazimir Olechnowicz, a entrepris sa comparution en fin de journée. Son témoignage devrait se conclure ce vendredi.

 

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