Nathalie Normandeau exonérée de tout blâme par un ancien conseiller

Michel Binette, un ancien conseiller politique de Nathalie Normandeau, n’a pas fait de lien entre la majoration des subventions et les contributions des firmes de génie-conseil aux cocktails de cette dernière.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Michel Binette, un ancien conseiller politique de Nathalie Normandeau, n’a pas fait de lien entre la majoration des subventions et les contributions des firmes de génie-conseil aux cocktails de cette dernière.

BPR, Roche et Dessau pesaient lourd dans les décisions du ministère des Affaires municipales, en faisant avancer des « listes parallèles » de projets auprès de Bruno Lortie, le chef de cabinet « abrasif » de la ministre Nathalie Normandeau.

Un ancien conseiller politique de Mme Normandeau, Michel Binette, a balisé la voie à suivre pour Mme Normandeau, mercredi à la commission Charbonneau, en exonérant sa « charmante » patronne de tout blâme dans l’octroi de subventions majorées, sans aucune explication, dans 32 projets municipaux d’infrastructures en eau. Quinze de ces projets ont profité à Roche, et dix autres à BPR.

« Je voue une énorme admiration à Nathalie Normandeau. C’est une charmante personne », a affirmé M. Binette. Il a dit tout le contraire de son chef de cabinet, Bruno Lortie, qu’il a qualifié de personnage « pas très agréable ».« Honnêtement, ce n’était pas plaisant. C’était quelqu’un qui était abrasif », a dit M. Binette.

Bruno Lortie traitait ses subalternes avec condescendance, et il leur mettait beaucoup de pression pour infléchir le choix des projets à subventionner. « M. Lortie en menait très large », a dit M. Binette.

Priorité aux « bonnes firmes »

Michel Binette se dégage de toute responsabilité dans l’octroi de subventions majorées pour des projets d’infrastructures en eau.

C’est à lui que revenait « la sale job » de communiquer aux fonctionnaires les intentions de Mme Normandeau et de M. Lortie, détenteurs du « pouvoir ultime », dans l’octroi des subventions majorées aux municipalités pour leurs projets de traitement des eaux.

M. Binette a concédé que les maires avaient une meilleure écoute pour leurs demandes de subventions dans les circonscriptions qui avaient élu des députés libéraux, ou encore dans les villes où « la bonne firme » de génie-conseil était aux commandes.

Si ces conditions n’étaient pas réunies, M. Lortie pouvait laisser un dossier accumuler la poussière sur le coin d’un bureau.

Vincent Lehouillier, qui a aussi agi comme conseiller politique de Mme Normandeau, abonde dans le même sens. Mme Normandeau manifestait une sensibilité accrue pour les projets des villes de la Gaspésie, sa région natale. « C’est certain que les maires de son comté avaient son écoute, peut-être plus que d’autres maires », a-t-il dit.

Ni M. Binette ni M. Lehouillier n’ont fait de lien entre la majoration des subventions et les contributions des firmes de génie-conseil aux cocktails de la ministre Normandeau.

Liste « parallèles »

Bruno Lortie était dans une position inconfortable. Il était à la fois directeur de cabinet de Mme Normandeau et responsable de son financement. Cet ami intime de Marc-Yvan Côté (un vice-président de Roche) trimballait des « listes parallèles » de projets préparés par les firmes BPR, Dessau et Roche.

À trois, ces firmes raflaient de 80 à 85 % des contrats de génie-conseil dans les quelque 1100 municipalités au Québec.

Ces listes entraient en concurrence avec celles préparées par les fonctionnaires du ministère, élaborées à partir de critères précis. « Les listes, je ne les ai pas vues. Je ne sais pas ce que M. Lortie [en] faisait », a précisé M. Binette.

M. Binette a déjà prévenu Nathalie Normandeau que les choses ne tournaient pas rond avec Bruno Lortie. « Je lui ai déjà dit : “ On a un problème avec Bruno. Il n’est pas cool avec les employés. Il y a des choses que tu ne sais pas et que tu devrais peut-être savoir ” », a expliqué M. Binette.

Selon lui, la principale erreur de Nathalie Normandeau est d’avoir accordé sa confiance « à la limite du raisonnable » à Bruno Lortie, qui était en contact régulier avec Marc-Yvan Côté, impliqué dans les activités de financement de la ministre. Cela dit, M. Binette ne croit pas que Mme Normandeau ait fermé volontairement les yeux sur les irrégularités au ministère.

Mme Normandeau aura le beau jeu de dire que son chef de cabinet a trahi sa confiance, lors de son témoignage fort attendu à la commission Charbonneau.

« C’est certain que les maires de son comté avaient son écoute, peut-être plus que d’autres maires »

26 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 4 juin 2014 12 h 02

    C'est très choquant

    Très choquant parce que quoi qu'il advienne, tous ces gens aux gestes tordus, les Côté Binette Normandeau, Boulet et tous les collecteurs de fonds, pensons à Bibeau à qui Zambito à remis 30 000$ en mains propres, tous ces gens vont s'en tirer sans conséquences?..

    Sans conséquences... Et le gouvernement qui est en place et qui est la famille politique de ces gens vogue sur une mer d'appui sans précédent.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 4 juin 2014 12 h 29

      À partir du moment où nous savons qu'ils sont «tous pourris», et ils semblent bien l'être, quelle différence y a-t-il entre un parti et un autre?

      Voyez le chantier de l'hôpital de McGill: Porter et Lavalin ont volé le contrat, certes. Et qui construit le complexe hospitalier? Lavalin.

      Ne vous inquiétez pas: aucun politicien n'ira en taule. Et les sous-fifres vont tous se défiler.

      Qui diable parle de cynisme?

      Desrosiers
      Val David

    • Josée Duplessis - Abonnée 6 juin 2014 08 h 17

      Aussi surprise que vous. À bien y penser pas vraiment. On s'en doutait bien que l'argent , le pouvoir gardent bien en place ces gens. Que voulez-vous comme disait l'autre, c'est comme cela qu'ils règnent.Et si ils avaient gagné de cette façon...avec ce genre de pouvoir.

  • Patrice Giroux - Inscrit 4 juin 2014 12 h 26

    Corruption au premier degré

    C'est bien plus que du financement sectoriel quand les acteurs des firmes privées de génie conseil impliqués dans la corruption sont également des militants et des organisateurs libéraux. L'intentionnalité n'est pas uniquement de faire des affaires, « vraies », il va sans dire, mais d'instituer le parti libéral comme gouvernement permanent. Le parti libéral est devenu l'Union nationale par son niveau de patronage, de corruption, de trafic d'influences, de contreparties intéressées, et il est le siège social des mercenaires du fédéralisme au Québec.

    • Guy Vanier - Inscrit 5 juin 2014 02 h 00

      Monsieur Giroux vous avez tout compris.....
      Mais ce qu'il y a différent, c'est que le bon peuple, cette fois-ci,est tellement bien endormi par les média, qu'il vote encore pour eux.

      <Je ne serai plus là et toi non plus!> est la nouvelle pensée de tout ces
      gens qui prônent le néolibéralisme à outrance.

  • Donald Bordeleau - Abonné 4 juin 2014 23 h 12

    La ministre sera toujours responsable du travail des ses employés

    Monsieur Binette la charmante Madame Normandeau était au parfum des agissements de Monsieur Lortie, mais elle a maintes fois fermés les yeux.

    Collusion entre 3 firmes pour 80% des contrats avec le personnel politique est un abus de pouvoir envers les fonctionnaires qui n'ont pas dénoncés les magouilles en voyant qui aurait les contrats comme pour les terrains de sports et contrats municipaux.

    Il faudra congédier les fonctionnaires pour le PLQ au MAMROT, car les attachés politiques du PLQ seront plus efficaces pour autoriser les dépenses pour réaliser les projets économiques pour les régions.

  • Donald Bordeleau - Abonné 4 juin 2014 23 h 20

    Un Mot pour décrire le PLQ

    Faire des listes n'est pas illégal. Marc-Yvan Côté et Monsieur Lortie faisait preuve de créativité pour les projets avec les 4 firmes et les municipalités.

    D'autres consultants faisaient preuves d'imagination afin de trouver des extras.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 5 juin 2014 04 h 25

    C'est ténébreux !

    Duplessis, c'est de la petite bière à côté de cette corruption libérale érigée en système par les gouvernements de John James Charest et du grand camouflage saoudien de Couillard.

    Si construire 4000 écoles et être à l'origine de l'université de Sherbrooke c'est de la grande noirceur, attendez de voir les conclusions de la commission Charbonneau, qui ne porteront aucune conséquence, et ce que le budget Couillard nous réserve comme ténèbres.
    Nous les Québécois on aime ça. On divise nos votes entre le PQ, CAQ, QS, etc., et l'on reconduit les libéraux corrompus comme dirigeant et administrateur de notre société.
    C'est viscéral on aime ça.
    On a le gouvernement que l’on mérite.

    • François Dugal - Inscrit 5 juin 2014 08 h 13

      Mieux vaut un "libéral corrompu", se dit le petit peuple qu'un rêveur péquiste qui parle trop bien.

    • Josée Duplessis - Abonnée 6 juin 2014 08 h 24

      Duplessis à mon humble avis n'a pas fait cela pour combler ses poches lui au moins... ce n'est pas une excuse non plus.
      N'oublions pas que le "petit" peuple en a été un grand avec M. Lévesque.
      On est petit quand on est couché ou à genoux. Debout c'est autre chose.

      C'est tout de même étrange que ce parti libéral ait encore la crédibilité pour diriger. Personne pour réclamer sa démission?
      Il y a encore de la place dans nos rues.