La détermination du gouvernement Couillard effraie

Québec — Le premier ministre Philippe Couillard n’est pas parvenu mercredi à décrocher un consensus autour de la nécessité d’atteindre coûte que coûte l’équilibre budgétaire dès 2015-2016.

 

« Ça va faire mal », a lancé la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, après avoir écouté le discours inaugural de M. Couillard. La députée de Gouin juge « rigoureusement impossible » de résorber le déficit à si brève échéance « à moins de couper largement dans les dépenses publiques ».

 

Penser le contraire relève de la « pensée magique », est d’avis la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot. « C’est impensable, c’est impossible », a-t-elle souligné. La chef syndicale s’expliquait mal mercredi l’obstination du chef de gouvernement à promettre la main sur le coeur le retour du déficit zéro au terme de l’année financière 2015-2016. « On est la seule province qui veut aller si vite. Pourquoi ne pas se donner le temps ? » a dit Mme Chabot.

 

C’est « très rapide », a convenu la présidente de la Fédération des chambres du commerce du Québec (FCCQ), Françoise Bertrand. « Il faut bien le reconnaître. »

 

Cela dit, la volonté à toute épreuve d’équilibrer les livres en 2015-2016 réjouit le milieu des affaires, a souligné le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval. Il voit d’un bon oeil l’importance accordée par M. Couillard dans cet exercice difficile au contrôle des dépenses publiques, mais également à la croissance économique. « C’est très important. »

 

Manque de chair

 

Le chef de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, déplore que M. Couillard n’ait pas expliqué « de quelles façons » il compte s’y prendre pour renouer avec l’équilibre budgétaire. « Il manquait de chair un peu autour de l’os du poulet. »

 

L’équilibre budgétaire est « possible » en 2015-2016, a réitéré le député caquiste François Bonnardel. Pour y arriver, il presse le gouvernement de comprimer les dépenses de l’État, mais aussi de « donner de l’oxygène aux Québécois ». « On aurait aimé entendre de la bouche du premier ministre : “ réduction des taxes  », a-t-il dit.

 

D’autres propositions de M. Couillard ont suscité des réactions partagées. En voici quelques-unes.

 

Révision des programmes La FCCQ a souligné l’importance de la Commission permanente de révision des programmes afin de « créer des consensus » pour arriver au déficit zéro sans trop d’encombres. « Il y a certainement des choses à améliorer », a convenu la présidente de la CSQ, Mme Chabot. Mais
« amélioration » rime avec « développement » et non « rétrécissement », selon elle.

 

Évaluation environnementale Québec solidaire applaudit la décision de mener une évaluation environnementale stratégique (EES) sur la filière des hydrocarbures. « [C’est] très important à condition qu’entre-temps on n’aille pas de l’avant [avec des projets d’exploration ou d’exploitation pétrolière] », a dit Mme David. Anticosti et golfe du Saint-Laurent : « Pas tout de suite. »


Défense du français Philippe Couillard s’est figé mercredi dans une « position ambiguë » en matière de défense de la langue française, selon le PQ. « Il semble vouloir abandonner le rôle primordial qu’il a [comme leader d’un peuple minoritaire francophone en Amérique du Nord] de défense de la langue française. Ça, c’est clair », a déploré M. Bédard.

 

Minicentrales M. Couillard fait preuve d’« incohérence » en voulant relancer le programme de minicentrales hydroélectriques tout en promettant d’alléger le fardeau fiscal des Québécois. « Si on dit “ oui ” aux projets de minicentrales dans un contexte de surplus d’hydroélectricité, on dit “ oui […] encore une fois à des augmentations importantes des tarifs d’électricité », a dit M. Bonnardel, ne digérant toujours pas la hausse des tarifs d’Hydro-Québec de 4,3 % cette année.

 

Autonomie des municipalités La volonté du gouvernement de redonner de l’autonomie aux municipalités sourit aux maires de Montréal, Denis Coderre, et de Québec, Régis Labeaume. « On ne parle plus maintenant de “ créatures des provinces [mais plutôt] d’un ordre de gouvernement de proximité », s’est réjoui M. Coderre. « C’est la première fois que j’entends ça », a ajouté M. Labeaume. Le « climat de confiance » entre les municipalités et l’équipe Couillard est « total ».

À voir en vidéo