Le cri du coeur de Serge Ménard n'émeut pas la ministre Thériault

Lise Thériault, ministre de la Sécurité publique
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Archives Lise Thériault, ministre de la Sécurité publique
Québec — L’ex-ministre Serge Ménard trouve « épouvantable » le sort que le gouvernement libéral a réservé au rapport de 450 pages sur les événements du printemps 2012. Eh bien tant pis pour lui, a dit mercredi la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault.

La sortie de l’ancien président de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 dans Le Devoir a même conforté Mme Thériault dans sa conviction que l’ancien élu péquiste a été à la tête d’une vaste opération politique.

M. Ménard a confié dans un entretien avec Le Devoir que la présidence de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 constituait « [son] testament ». « Quand j’entends M. Ménard dire que c’est son testament politique, ça vient juste confirmer qu’il y a eu une commande politique ! » a lancé Mme Thériault, montrant du doigt l’ancien gouvernement pour un « gaspillage de fonds publics ». Près de 900 000 dollars ont été nécessaires pour produire un « rapport purement politique », a-t-elle dénoncé lors d’une mêlée de presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

La ministre Thériault reproche notamment à la commission Ménard d’avoir braqué ses projeteurs sur les policiers et d’avoir gardé dans l’ombre les syndicats. « Quand 75 % des recommandations ne touchent que les policiers et qu’on ne tient pas compte du travail qui a été fait au cours des deux dernières années, particulièrement par l’École nationale de police et les corps policiers, on peut dire que c’est un rapport qui est biaisé. »

Néanmoins, la vice-première ministre n’écarte pas la possibilité de donner suite à l’une ou l’autre des 28 recommandations du rapport Ménard. « Si j’ai des suites à donner, je vais les donner. J’ai toujours été une ministre responsable », a-t-elle souligné.

Pas tout mauvais

Le rapport de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 est « déséquilibré », a souligné il y a une semaine le premier ministre Philippe Couillard. Le document mérite cependant d’être « lu », a-t-il spécifié. « Je suppose qu’elle [Lise Thériault] va les évaluer [les propositions]. »

« Je n’ai pas dit qu’il n’y avait rien de bon là-dedans ! » a fait valoir Mme Thériault mercredi, avant de tomber à bras raccourcis, une nouvelle fois, sur les recommandations des trois commissaires — Serge Ménard, Claudette Carbonneau (ex-dirigeante syndicale) et Bernard Grenier (juge à la retraite) — visant à revoir l’utilisation des armes intermédiaires (balles de plastique, par exemple) par des policiers appelés à contrôler des foules. « Ces armes intermédiaires ont contribué à sauver des vies, la plupart du temps », a-t-elle insisté.
51 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 21 mai 2014 13 h 02

    Serge Ménard devait savoir...

    M. Ménard n'est pas un idiot, loin de là! Il devait cependant savoir, qu'en acceptant la présidence de cette commission, il exécutait une commande politique. Les dés étaient pipés dès le départ.

    Michel Lebel

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 21 mai 2014 14 h 41

      L'amusement reste de constater que ce rapport est décrié par 2 groupes (corps policier, gouvernement libéral) et qu'il démontre clairement la responsabilité... des corps policier et du gouvernement libéral !!! Pourtant, il écorche au passage les manifestants extrémistes, dénonce le mouvement de blocus médiatique libéral et le cafouillement organisationnel de la police, phénomènes observés et confirmé par plusieurs presses (le devoir, le JDM, la presse.. même sous couvert).

      Commande politique ou pas, il y avait un travail de réflexion à faire sur ce rapport, mais le "nouveau" gouvernement libéral préfère le balayer sous le tapis plutôt qu'en tirer les leçons qui s'impose. Refuser obstinément toute discussion à ce sujet est la preuve irréfutable de l'immaturité ministérielle de ce gouvernement petit bourgeois et aveugle de sa propre condition de "meilleur 2e choix".

      Mr. Lebel, vous condamnez bien, mais qu'en pensez-vous ? que dire de ces libéraux qui refuseront toute recommandation du rapport (ou presque) ou de la remise en question de l'usage de certaines armes non-léthales ?

      Je trouves bien commage que le tout soit balayé du revers de la main sans tenter de définir quelles étaient les méthodes les plus appropriées de contrôle de foule... par exemple, va pour le tazer, mais que dire des grenades assourdissantes ? des balles de plastiques ?

      Tant de réflexion, mais si peu de gens prêt à se lancer dans l'exercice...

      Jérémie Poupart Montpetit

    • Louka Paradis - Inscrit 21 mai 2014 14 h 48

      Je ne suis pas d'accord avec votre prémisse. Ce faux argument a été invalidé dans l'article de Lisa-Marie Gervais, publié dans LeDevoir de ce matin : «Surtout, il ne prend pas qu’on dise qu’il avait un parti pris politique au moment de commencer les travaux de la commission mise sur pied par les péquistes. « Pourquoi détruire ma crédibilité dans l’opinion publique ? » a-t-il dit, la voix empreinte d’émotion, laissant parfois échapper quelques sacres bien sentis. « Je comprends que quand les libéraux disent ça et que la seule raison qu’ils donnent est que j’étais un ministre [du Parti] québécois, il faudrait qu’ils réalisent qu’ils s’excluent pour l’avenir de toute commission. »

    • Simon Chamberland - Inscrit 21 mai 2014 15 h 08

      Ce qui n'exclue pas la responsabilité de la ministre de lire le dit rapport. Certaines recommandations, comme de ne pas tirer de grenades assourdissantes dans une foule compacte et pacifique (action qui a coûté un oeil) méritent d'être appliquée. Ou de mieux identfier les matricules des policiers.

      Le PLQ aurait aussi pu choisir de témoigner.

    • Daniel Gagnon - Abonné 21 mai 2014 18 h 06

      Rapport « politique », renchérissez-vous Monsieur Lebel, à la suite des propos de l'inénarrable ministre de la Sécurité publique Lise Thériault.

      Accepter d'écrire un rapport dans son domaine n'était pas inusité, au contraire, Monsieur Ménard était un homme compétent, connaissant, assez expert en la matière.

      Il est évident que c'était tout à fait de son ressort.

      Monsieur Ménard a prouvé qu'il en connaissait tout un rayon en sécurité et ses recommandations l'honorent.

      Il est plutôt déloyal de la part de Madame Thériault de chercher à le discréditer publiquement, et gratuitement, un homme, professionnel tout à fait capable et qualifié.

      Ce mépris pour son travail est honteux, dédain surtout démontré par des propos incendiaires et assassins quelques heures seulement après réception du rapport, ce qui prouve que la ministre ne l’avait sans doute pas lu.

      Il est faux que ce rapport soit politique. Il est vrai que Monsieur Serge Ménard fut un homme politique, mais il ne fit jamais de politicaillerie.

      Retourné si on peut dire dans le « civil », Monsieur Ménard est resté un homme adroit, diplomate et poli, et surtout honnête (on se bouche le nez de ces temps-ci en voyant les scandales éclater au plus haut niveau chez les Libéraux et voisins de Madame Thériault)

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 21 mai 2014 20 h 10

      Préjugés, préjugés! M. Lebel, vous dites de M. Ménard, un avocat criminaliste et non pas un 2 de pique vous le reconnaissez, devait savoir qu'en acceptant de diriger cette commission, il exécutait une commande politique". Pourquoi donc? - parce qu'il n'y a en politique que des malhonnêtes, et depuis toujours. Le parti québécois était au pouvoir, et les libéraux, Ô hasard étaient en cause. Eux n'aurait jamais commandé cette enquête, pas plus que la commissiion Charbonneau.

      Je peine à suivre votre raisonnement, si c'en est un. C'est un peu comme si, parce que vous êtes catholique sans doute, et très croyant, on vous disait "ne vous exprimez plus sur les forums du Devoir quant on y parle de religion, vous ne pouvez être neutre et vos propos seront biaisés".

      De plus, vous n'avez pas lu le rapport: n'importe qui vivant au Québec à ce moment là, et qui suivait cette affaire le moindrement arriverait + ou - aux mêmes conclusions: les libéraux de Charest n'ont pas fait leur job adéquatement, ne voulant acun compromis et certains policiers ont utilisé occasionnellement des pratiques violentes et inadéquates. Certains étudiants n'étaient pas des anges non plus, pas tous des Bureau-Blouin, quoi, et le report aussi l'a reconnu. J'écoutais jadis
      les débats à la Chambre des communes sur CPAC et j'ai été reversée d'entendre Ménard, député du Bloc, afirmer que le registre canadien des armes à feu était l'un des meilleurs au monde. Celui ci a coûté des fortunes qu'il est difficile pour certains d'y avoir accès. Mais renversée aussi de le voir hésitant, presque perdu. Peu après il démissionait et on apprenait, de sa bouche qu'on lui avait offert de l'argent, une affaire de corruption et qu'ayant refusé il n'avait pourtant pas dénoncé. Était-ce le rôle qu'il s'était forcé de jouer ou son silence au sein du Bloc ou les 2 qui l'avaient amoché?

      Après s'être éclipsé de la politique, il a vu une occasion de renaître, et je ne crois pas que le P. aurait abusé de

    • michel lebel - Inscrit 22 mai 2014 07 h 21

      @Céline A. Massicotte et Daniel Gagnon,

      Avec pareil mandat restreint et avec la présence d'une ancien chef syndicale ouvertement favorable aux carrés rouges, la commission Ménard était devant une mission impossible. Je n'ai pas eu l'occasion de lire le rapport, mais les médias nous disent qu'il visait essentiellement le travail des policiers et la gouvernance Charest lors de la crise; et que le rapport ne parlait guère ou pas de la responsabililité des médias, des réseaux sociaux, des associations étudiantes, des syndicats et du PQ. Si tel est le cas, le rapport me semble incomplet.
      J'aurais également entendre les autres commissaires commenter leur rapport. Quant à l'actuelle ministre de la Sécurité publique, elle aurait dû être plus mesurée dans ses premiers commentaires sur le rapport Ménard.

      Michel Lebel

    • Carole Dionne - Inscrite 22 mai 2014 08 h 19

      @ Jérémie Poupart Montpetit

      Il n'y pas plus aveugle qu'une personne qui ne veut pas voir. M Ménard sait choisir ses mots: il n'a pas juger le PLQ , il a plutôt "constater".

      Je vous rapelle ainsi qu'à M Ménard, qu'il aurait pu constater également que la chef de l'oposition avait attisé les tensions en tappant de la casserole avec les étudiants dans la rue, les invitant à continuer et à voter pour eux. Pas pareil, va-t-on me dire.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 22 mai 2014 08 h 39

      Ne soyons pas idiots nous même, la réponse de la ministre Thériault est au minimum, tout aussi politique!

      Je n'ai pas lu la commission Ménard, mais cela m'étonnerait qu'il ne présente aucun fait. Toutefois, la ministre discrédite les travaux de la commission sur une simple opinion.

      Il est tellement courant d'accorder d'avantage de crédit à la présentation d'opinion qu'au sens réel des événements.

  • Luc Archambault - Abonné 21 mai 2014 13 h 40

    Pathétique aveuglement partisan libéral

    Que la commande soit poliltique ou pas, ce qui compte c'est le contenu... celui notamment qui questionne à bons droits l'utilisation abusive des « armes intermédiaires » qui ont blessé gravement des personnes par des agents « de la paix » agressifs et vengueurs... Le refus de questionner les agissements policier est politique, partisan.

  • Pierre Bonin - Inscrite 21 mai 2014 14 h 11

    L'incompétence flamboyante.

    Eh bien quand les libéraux donnent la présidence d'une commission d'enquête à un libéral notoire, c'est tout à fait correct et non-partisan, mais si les péquistes font de même c'est un drame national.

    Lise Thérieault jouera le rôle de "goon" du PLQ pour les prochaines années on a pas fini d'entendre des énormités, elle affichera son incompétence et son gros ego fera le reste.

    Comme sous Charest, Couillard se cachera derrière la servilité d'une femme pour faire faire ses commissions. Les prochaines années s'annoncent palpitantes...

    • Pierre Lalongé - Abonné 21 mai 2014 16 h 32

      Comme ministre de la justice je dois avouer que c'est pour le moins tendancieux. Le fiel et le vinaigre dans la voix de la ministre sont bien loin de la justice et de la dignité qu'elle doit représenter.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 21 mai 2014 22 h 54

      Mme Lise Thériault, aujourd'hui vice première ministre et ministre de la sécurité publique n'a sans doute pas toutes les compétences pour saisir les véritables dangers d'une police politique aux ordres d'un gouvernement quel qu’il soit.

      Ce poste nécessiterait, pour le moins, de solides bases en études sociales et politiques, pas un secondaire cinq professionnel.

  • Louka Paradis - Inscrit 21 mai 2014 14 h 17

    Pauvre Justice !

    Le ministère de la Justice est bien mal servi avec une ministre qui se lance tête première dans les invectives partisanes : «Tant pis pour lui...» réplique-t-elle. Mme Thériault devrait garder une certaine réserve et adopter la hauteur de vue inhérente à sa fonction. Quelle indignité ! Il est bien évident que cette dame écoute plus ses émotions que sa raison et encore plus criant qu'elle n'a pas daigné analyser le rapport sans parti-pris, tombant ainsi dans les travers qu'elle reproche au rapport Ménard. Vraiment désolant et plutôt inquiétant pour la suite des choses : Mme Thériault commence bien mal son mandat. Les citoyens s'attendent à beaucoup mieux, madame la Ministre.

    • Louka Paradis - Inscrit 21 mai 2014 16 h 05

      Je corrige : le ministère de la Sécurité publique... Il faut dire que celui de la Justice est malheureusement rabaissé aussi au niveau de la petite partisanerie avec l'histoire rocambolesque des avis juridiques qu'on a connue dernièrement. Peut-être que l'ÉNA pourrait donner un séminaire au nouveau Conseil des ministres pour leur inculquer les principes inhérents à leur haute fonction et les comportements qui en découlent : tout le monde y gagnerait...

  • Patrice Giroux - Inscrit 21 mai 2014 14 h 44

    L'attitude

    La nouvelle ministre affiche exactement la même attitude de toute-puissance libérale, gros-Jean comme devant, détention de la « vérité » politique, qui a menée aux affrontements sociaux de 2012. Les libéraux sont dangereux, eux qui se vantent d'être « ensemble », et qui pourfendent ceux qui soi-disant divisent...

    • Louka Paradis - Inscrit 21 mai 2014 16 h 08

      D'accord avec vous : j'ajouterais que la hargne étalée publiquement est tout à fait déplacée lorsqu'on occupe les hautes fonctions de l'État.