Coupes de 200 millions attendues

À travers le Québec, les commissions scolaires élaborent « toutes sortes de scénarios » dans l’attente du budget, début juin, du ministre des Finances Carlos Leitao.
Photo: - Le Devoir À travers le Québec, les commissions scolaires élaborent « toutes sortes de scénarios » dans l’attente du budget, début juin, du ministre des Finances Carlos Leitao.

Les commissions scolaires risquent de subir de nouvelles coupes budgétaires d’au moins 200 millions de dollars au nom du redressement des finances publiques, a appris Le Devoir.

 

À moins de trois semaines du dépôt du budget Leitao, le ministre de l’Éducation Yves Bolduc a invité mardi les dirigeants des commissions scolaires à se préparer à se serrer la ceinture.

 

« Le spectre des compressions au niveau des commissions scolaires est bien réel », a déclaré le président de l’Association des directeurs généraux des commissions scolaires (ADIGECS), Raynald Thibault, au cours d’un entretien téléphonique avec Le Devoir.

 

M. Bolduc a avancé le montant de « 200 millions et plus », a indiqué M. Thibault, soulignant que le nouveau ministre n’est pas entré dans les détails. « Est-ce que ça va être étalé sur un an, deux ans ? Est-ce que ça s’applique à la balance du montant de la péréquation ? Est-ce que ça peut concerner aussi les écoles privées ? On n’a pas pu en savoir plus », a-t-il expliqué.

 

Il a fait référence aux 200 millions dont ont été privées les commissions scolaires alors que le gouvernement péquiste a mis fin l’an dernier à un programme de péréquation.

 

Les commissions scolaires seront « fixées sur les détails prochainement », est d’avis le dirigeant de l’ADIGECS, qui en était à sa première rencontre avec le ministre. « Si c’est 200 millions à couper pour une année, ce sera une catastrophe », a-t-il insisté.

 

Avant la reprise des travaux à l’Assemblée nationale, M. Bolduc s’est également entretenu avec la présidente et la directrice générale de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard et Pâquerette Gagnon.

 

Le regroupement de 60 commissions scolaires francophones du Québec s’attend à devoir effectuer de nouvelles « compressions » d’au moins 100 millions de dollars à la demande du ministère, mais il ignore à ce moment-ci l’« ampleur » de l’effort budgétaire à venir, a indiqué l’attachée de presse de la FCSQ, Caroline Lemieux. « On n’a pas de cibles précises », a-t-elle précisé.

 

À travers le Québec, les commissions scolaires élaborent « toutes sortes de scénarios » dans l’attente du budget, début juin, du ministre des Finances Carlos Leitao. « On aimerait bien connaître les montants réels plutôt que de travailler sur des scénarios fictifs », a fait valoir Mme Lemieux.

 

Réussissant à tirer vers le bas les frais d’administration malgré de nouvelles exigences légales et réglementaires, les commissions scolaires ont déjà effectué des compressions budgétaires de plus de 640 millions depuis 2010-2011, martèle pourtant la FCSQ. « Cela aura nécessairement un impact sur les services aux élèves », avait souligné Mme Bouchard à quelques jours du dévoilement du budget Marceau — qui a été passé à la déchiqueteuse par son successeur, M. Leitao.

 

Le temps presse

 

Les commissions scolaires sont tenues de boucler leur budget au plus tard le 30 juin et de mettre à la poste les avis d’imposition scolaire le lendemain, le 1er juillet. « Mais tant que les crédits budgétaires du ministère ne sont pas adoptés, les commissions scolaires ne peuvent pas adopter leur budget », a fait remarquer la porte-parole de la FCSQ, Caroline Lemieux, rappelant que l’année financière des commissions scolaires s’échelonne du 1er juillet au 30 juin.

 

Or, les crédits budgétaires des différents ministères pourraient difficilement être adoptés avant la mi-juillet, selon le calendrier des travaux parlementaires.

 

M. Bolduc disait mardi ne pas avoir l’heure juste sur les efforts à consentir à la fois par le ministère de l’Éducation et le ministère de l’Enseignement supérieur. Il attend les consignes de M. Leitao et du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. « Rien n’est encore défini. Plusieurs scénarios sont sur la table », a affirmé l’attachée de presse de M. Bolduc, Yasmine Abdelfadel.

 

Après être entré en poste, Yves Bolduc a donné le feu vert à la fermeture des 11 directions régionales du ministère de l’Éducation en septembre, ce qui ouvrira la porte à des économies de 15 millions de dollars par année.

 

D’autre part, il mise sur les départs volontaires pour respecter la promesse électorale de réduire les effectifs du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport de 100 employés par année. À ce rythme, le ministère pourrait réaliser des économies de 187,5 millions sur cinq ans, indiquait le Parti libéral du Québec en campagne électorale.

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