Fournier à la défense du modèle québécois

Jean-Marc Fournier fait partie de la garde très rapprochée du premier ministre Philippe Couillard.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Jean-Marc Fournier fait partie de la garde très rapprochée du premier ministre Philippe Couillard.

Québec — La restructuration de l’État à laquelle s’est attelé le gouvernement Couillard et la révision des programmes qui l’accompagne ne visent pas une remise en question du modèle québécois. Au contraire, il s’agit d’en assurer la pérennité.

 

C’est ce qu’affirme, dans une entrevue accordée au Devoir, Jean-Marc Fournier, le leader parlementaire du gouvernement et ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne et ministre responsable de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques. Le modèle québécois, « il n’est pas remis en question. On essaie juste de s’assurer qu’il dure. Et pour qu’il dure, pour qu’il y ait de la pérennité là-dedans, il faut qu’il soit performant. »

 

Ce modèle, il s’inspire d’une « certaine idée de corvée », une « mise en commun », avec « nos taxes et nos impôts », qui permettait « de nous donner les services qu’on voulait », décrit Jean-Marc Fournier. « Peut-être qu’ailleurs, ils n’ont pas fait ces choix-là. »

 

« Comme modèle de société, il y avait cette idée-là qui est collée aussi sur [la façon dont] nos droits individuels et nos droits collectifs sont interprétés dans notre société. C’est ça, le modèle québécois », poursuit le ministre.

 

Cette défense du modèle québécois contraste avec l’opinion exprimée par l’actuel président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, au moment de la course à la chefferie libérale. Dans une lettre publiée dans La Presse, Martin Coiteux proposait que le Parti libéral du Québec opte pour « la modernisation du Québec » et abandonne « la voie conservatrice de la défense du modèle québécois et de la traditionnelle affirmation non souverainiste du nationalisme identitaire ».

 

Pour Jean-Marc Fournier, préserver le modèle québécois ne signifie toutefois pas que tous les programmes gouvernementaux soient immuables. « Est-ce que le modèle québécois, c’est de ne jamais poser de questions sur nos programmes, même sur ceux qui pourraient être inefficaces ? », lance-t-il, en répondant par la négative.

 

Jean-Marc Fournier était aux premières loges lors de la campagne électorale, où le Parti libéral du Québec, partant deuxième, a remporté la victoire que l’on sait. Dans l’autobus de campagne, c’est au quotidien que Philippe Couillard s’est fié au sens politique de ce politicien élu pour la première fois il y a 20 ans, à son sens de la répartie politique, de la « ligne », comme le veut l’expression courante.

 

Jean-Marc Fournier était un pilier du gouvernement Charest, mais il joue un rôle encore plus central au sein du gouvernement Couillard. Aujourd’hui, il fait partie de la garde très rapprochée du chef. Au Comité des priorités et des projets stratégiques du gouvernement, il n’y a plus que trois membres — le chef, la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, et Jean-Marc Fournier —, alors que dans le gouvernement Marois, ce comité, outre la première ministre, réunissait six ministres.

 

Assainir les finances publiques en trois phases

 

Jean-Marc Fournier décrit en trois phases l’exercice d’assainissement des finances publiques auquel s’est attelé le gouvernement Couillard. La première phase, c’est un strict contrôle des dépenses, assorti de compressions dans l’appareil administratif et d’un plan de stimulation économique à court terme. C’est la phase la plus « paramétrique » des trois avec le dépôt du premier budget Leitao au début de juin et des crédits budgétaires.

 

Puis, le gouvernement libéral mettra rapidement sur pied la Commission sur la réforme de la fiscalité ainsi que la Commission permanente de révision des programmes. Cette deuxième phase pourrait donner lieu à des changements en cours d’année. « Il est possible qu’il y ait des lois qui découlent de la phase 2 », indique Jean-Marc Fournier.

 

Enfin, la troisième phase sera marquée par la présentation d’un budget équilibré pour 2015-2016 : réforme de la fiscalité et première véritable révision des programmes seront au menu.

 

Le gouvernement Couillard compte beaucoup sur les travaux de la Commission permanente de révision des programmes pour convaincre la population de l’importance de réformer l’État québécois. « M. Couillard l’a dit : il voulait un dialogue social, fait remarquer le leader. Ce que j’entends, ce que je vois, c’est que cette commission, elle va être le véhicule de dialogue avec la population, donc de débats politiques. » Cette commission fournira une « analyse scientifique » des programmes, de leurs avantages et de leurs inconvénients, ainsi que des effets qu’aurait leur modification ou leur abolition, explique-t-il.

 

Jean-Marc Fournier note avec satisfaction que 122 des 125 députés de l’Assemblée nationale partagent un « objectif commun », celui d’atteindre l’équilibre budgétaire. Seuls les trois élus de Québec solidaire ne sont pas de cet avis.

 

Comme leader parlementaire, Jean-Marc Fournier a pour mission de favoriser un changement de ton à l’Assemblée nationale, dont les travaux reprennent ce mardi. À la dernière élection, les électeurs ont envoyé un message, selon lui : les députés doivent se poser comme « un modèle de respect et non pas un modèle de boue ». Le leader a déjà donné un signal en ce sens : il souhaite que le projet sur les soins de fin de vie soit présenté conjointement avec l’opposition péquiste. Il s’est aussi montré ouvert à ce qu’un projet de loi sur la protection des aînés, qu’entend déposer Québec solidaire, soit étudié.

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NDLR: Une correction a été apportée à ce texte après la mise en ligne.

27 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 20 mai 2014 01 h 19

    La performance commence par le nettoyage

    Et la plus belle façon de nous le démontrer serait de faire le ménage dans tous les abris fiscaux qui ne profitent qu'à une seule petite partie des contribuables, puisque je ne suis qu'un contribuable face à mon gouvernement.

    Si c'est cela la définition de la citoyenneté, que tous y contribuent, dans la mesure de toutes leurs richesses.

    Je ne suis plus très loin de la désobéissance. Je n'ai jamais encouragé l'évasion fiscale. L'incapacité de mes deux ordres de gouvernement de faire le ménage qui s'impose m'y pousse de plus en plus.

    Pendant ce temps-là le ministre Fournier nous invite à chatier notre langue. Quelle misère.

    • Guy Vanier - Inscrit 20 mai 2014 13 h 39

      Oui un bon nettoyage! Je suis avec vous 100%
      Mais qui va commencer? Le fédéral? C'est surtout lui qui permet ces évasions.

  • Gilles Théberge - Abonné 20 mai 2014 01 h 54

    Inconséquence

    La seule façon de réformer l'État Québécois en profondeur suppose une liberté de moyens dont le Québec ne dispose pas dans les faits à cause de la Constitution dans laquelle il est enfermé et qui lui interdit à toutes fins utiles de poser les gestes nécessaires qu'il ne peut pas poser justement.

    C'est simple et facile à comprendre nous ne sommes pas libres, autonomes et souverains.

    Fournier l'avait compris dans sa jeunesse mais son alzheimer politique le lui à fait oublier. Et voilà pourquoi il tente de défendre l'indéfendable avec énergie certes mais que voulez-vous, les réformes dont le Québec à besoin ne sont pas simplement sur le plan des finances publiques.

    Le fait de tourner plus ou moins vite dans le bocal ne change pas la réalité des choses. Un poisson dans un bocal monsieur Fournier, ça ne peut faire qu'une chose, tourner autour du bocal...

    Tournez si vous voulez. Mais ce n'est pas ça dont nous avons besoin et vous le savez.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 20 mai 2014 08 h 51

      «La seule façon de réformer l'État Québécois en profondeur suppose une liberté de moyens dont le Québec ne dispose pas..» - Gilles Théberge

      C'est totalement faux.

      «Rien» n'exige que le Québec donne «10 milliards» par année!* en cadeaux de toutes sortes aux entreprises, plutôt que de les consarer aux services publics.

      Et j'ose à peine imaginer ce que le Québec pourrait faire pour les citoyens ordinaires avec cette fortune prise annuellement à même leurs taxes et leurs impôts!

      Référence :

      * «Beaux gros cadeaux de Noël aux B.S. corporatifs» - Léo-Paul Lauzon,30/12/2013

    • Gilles Théberge - Abonné 20 mai 2014 16 h 58

      J'ose à peine imaginer ce qu'on pourrait faire en disposant de la totalité de nos moyens financiers.

      Et si on n'avait pas à assumer une part des déficits structurels qui sont précisément engendrés par le système fédéral qui je correspond ni à notre mentalité ni à nos besoins réels.

      Wake up madame!

  • Renaud Blais - Inscrit 20 mai 2014 06 h 30

    Déficit structurel

    J'espère que le gouvernement Couillard, lors de la présentation de son budget nous dira quelle part du soit-disant déficit structurel vient des baisses d'impôt offert par le gouvernement Charest, aux plus riches.
    Ce qui revient à partager les coûts de ces baisses d'impôt consentis aux plus riches avec tous les contributeurs (impôts et taxes) du Québec aux rewvenus de l'État.
    Renaud Blais
    Québec

  • Christian Montmarquette - Inscrit 20 mai 2014 07 h 03

    Si les libéraux veulent assainir les finances publiques..

    Si les libéraux veulent tant assainir les finances publiques, qu'ils commencent donc par assainir les «10 milliards» par année que l'État donne en cadeaux de toutes sortes aux entreprises déjà riches à craquer et ils disposeront de tout l'argent nécessaire pour soutenir le modèle Québécois.

    Référence :

    Beaux gros cadeaux de Noël aux B.S. corporatifs...

    «Le Québec subventionne avec des fonds publics les entreprises d'au moins 10 milliards$ l’an, incluant les tarifs préférentiels d’électricité, les prêts sans intérêt, les congés d’impôts. Et je mets au défi quiconque de me contredire.» - Léo-Paul Lauzon, 30 décembre 2013

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 mai 2014 07 h 05

    Cette photo...

    Cette photo de Fournier n'est pas contemporaine. On y voit Yolande James, qui ne s'est pas représentée aux dernières élections.