Santé : Barrette annonce un virage musclé

Disposé à entendre les commentaires et les propositions du milieu de la santé, il insiste sur une chose: le patron, c’est lui. <em>«Un moment donné, c’est nous qui dirigeons et il va falloir suivre»</em>, a-t-il répété.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Disposé à entendre les commentaires et les propositions du milieu de la santé, il insiste sur une chose: le patron, c’est lui. «Un moment donné, c’est nous qui dirigeons et il va falloir suivre», a-t-il répété.
Les acteurs du réseau de la santé devront appliquer sans broncher le «changement de direction» prescrit par le gouvernement libéral, à défaut de quoi ils s’exposeront à des «conséquences», a averti le ministre Gaétan Barrette vendredi avant-midi. 

«Quand on prendra des directions, vous allez avoir un choix: vous allez dans notre direction ou bien vous n’y allez pas. Si vous n’y allez pas, il va y avoir des conséquences», a-t-il déclaré aux membres de l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) réunis en congrès à l’hôtel Hilton de Québec.

L’ancien président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) entend livrer «un maximum de résultats» à la tête du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) d’ici au prochain rendez-vous électoral. 

M. Barrette entend freiner «par tous les moyens» le «rythme actuel» de croissance des dépenses. Il compte au premier chef sur l’appui des gestionnaires des établissements de santé pour y arriver. «On a devant [nous] un travail gigantesque dans les prochaines années pour faire en sorte qu’on assure la pérennité de notre système de santé public», a-t-il soutenu devant un parterre de dizaines de gestionnaires du secteur public.

Le ministre a salué les «efforts» déployés par les directions d’établissements (627 millions en quatre ans), mais s’attend à beaucoup plus. «Je ne prétends pas avoir la solution à tous les problèmes, mais je prétends qu’à la grande majorité des problèmes il y a une solution», a-t-il affirmé. Disposé à entendre les commentaires et les propositions du milieu, il insiste sur une chose: le patron, c’est lui. «Un moment donné, c’est nous qui dirigeons et il va falloir suivre», a-t-il répété.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux sera «plus interventionniste», «plus incisif», a prévenu le Dr Barrette. «[Celui-ci] va exercer son pouvoir au sens pur du terme, qui est celui, de l'orientation, de la gestion et de la reddition de compte», a-t-il souligné. 
M. Barrette s’attend au cours des quatre prochaines années et demie à être la «cible des critiques» de la réorganisation au sein du réseau, notamment de la population.

«Efficience», «efficacité» et «productivité»

Le MSSS aura dans sa mire les groupes de médecine familiale (GMF) défiant toujours leurs contrats. «[Si rien n’est fait], il y aura des conséquences», a déclaré le ministre.
Tous les programmes du ministère méritent d’être «analysés» et «réorientés» dans un contexte budgétaire où «la croissance des dépenses en santé n'est plus soutenable». Des appareils d'échographie, «ça fait 25 patients par jour, […] pas 10», a-t-il illustré. Trois mots d’ordre guideront l’exercice de révision des programmes: «efficience», «efficacité», «productivité».

Le gouvernement du Québec investit une somme d’argent équivalente par habitant à celles des autres provinces. «Pourquoi, n’avons-nous pas les résultats d’autres provinces?» a-t-il demandé.

M. Barrette a aussi déploré la résistance de certains hôpitaux à participer aux programmes d’achats regroupés, malgré une perspective d’économies d’échelle. «Dans les deux dernières années, il a fallu que le gouvernement se batte avec les directions d’hôpitaux pour [les] embarquer dans ces programmes là», a-t-il indiqué. «Il va falloir que ça se fasse», a-t-il ajouté d’un ton décisif.  

Tous les acteurs du réseau de la santé devront participer aux efforts de redressement des finances publiques. Les médecins ne seront pas en reste. «[Ceux-ci] ne pourront pas se soustraire à une obligation de résultat», a-t-il répété.

D’ailleurs, les médecins spécialistes ne bénéficieront pas d’un «traitement de faveur», a-t-il fait valoir, cherchant à apaiser les «craintes» de le voir négocier trop mollement un étalement de la hausse de rémunération de ses anciens collègues de la FMSQ. «Ceux qui me connaissent savent que, quand j’occupe un poste, je l’assume entièrement, que je suis intraitable», a-t-il déclaré.

M. Barrette s’est gardé vendredi de dévoiler au grand jour son plan de match pour dégager des économies de centaines de millions de dollars. Il attend le budget Leitao, qui sera assorti des crédits dévolus au MSSS, avant de le faire. Mais, chose certaine, les services à la population ne seront pas touchés, a-t-il dit. «Ce n’est pas une tâche qui est à mon avis impossible, mais c’est certainement une tâche qui va être très difficile.»

L’AQESSS s'est dite prête à «travailler» et à «collaborer» avec le nouveau ministre. Le président du conseil d'administration, Michel Gervais, lui demande toutefois de donner les coudées franches aux gestionnaires, après leur avoir fixé des cibles claires. «Laissons les gens diriger et vous allez voir qu’on va obtenir des résultats», a-t-il déclaré lors d’un point de presse. Il sollicite l’aide du gouvernement libéral afin de ne pas accabler davantage de paperasse les établissements de santé. «Ce n’est pas par des contrôles tatillons. C’est pas par 237 rapports à faire au ministère, à l’agence [que nous allons atteindre les objectifs]», a-t-il soutenu.

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35 commentaires
  • Pierre Murray - Inscrit 9 mai 2014 14 h 42

    Bouillie pour les chats

    Le premier gouvernement Charest a été élu en partie sur ses promesses sur la santé. On retrouvait à peu près les mêmes âneries que celles qu'on nous débite actuellement.

    Ca augure vraiment mal.

    • Damien Tremblay - Inscrit 10 mai 2014 10 h 42

      Effectivement : du déjà vu apte à provoquer une naussée chronique. D'où la lassitude face à cette classe politique qui n'en finit plus de jouer au perroquet et braille sur son statut de mal-aimée.

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 9 mai 2014 14 h 51

    Une grosse Pointure

    Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, ce qui ressort surtout des propos du Docteur Barrette c'est que selon lui la clé pou réaliser des miracles dans le systéme de santé auquel aucun ministre n'a jamais trouvé de solutions significatives est de lui laisser l'entier contrôle du dossier et de lui obéir au doigt et à l'oeil.

    C'est sûrement pour cela qu'il s'est permis de changer de parti, ce qui compte ce ne sont pas les initiatives mais plutôt qui les dirige.

    Mettez Barrette à la tête du bloc pot et si ils sont élus ont réglera l'épineux casse-tête chinois du système de santé en fournissant du cannabis à tous les souffreteux.

    Nous avons simplement affaire à un thaumaturge. Hourra!

    • Danielle - Inscrit 9 mai 2014 15 h 45

      Pour un homme gros.

    • Lise Gagnon - Inscrite 10 mai 2014 07 h 43

      On ne peut pas dire que le ministère de la santé, sous toute allégeance, a fait des miracles jusqu'à maintenant... il est temps que l'on s'intéresse en profondeur aux causes qui grugent le budget sans avoir d'incidence sur l'efficacité. Le dr Barrette a été efficace au Syndicat des médecins spécialistes. Si ce talent est mis au service de l'État avec le même brio, tant mieux. Jusqu'ici, sa taille ne lui a pas nuit! Le seul pouvoir qui est nôtre est de changer notre regard plutôt que le chiffre qui s'inscrit sur la balance.

  • - Inscrit 9 mai 2014 15 h 03

    Raymond Barre...

    On disait de Raymond Barre, ancien premier ministre français, qu'il était une homme carré dans un corps rond. À lire les citations de M. Barrette, on croirait y reconnaitre Raymond Barre. On verra aux résultats.

    Mais ne vois dans les propos du ministre Barrette qu'une attitude volontariste. Où seront les mesures concrètes ? Comment Barrette va-t-il limiter les appétits voraces de nos chers médecins (ces vedettes d'une population malade) ? Comment le ministre Barrette va-t-il mettre au pas le compexes financio-pharmaceutique ? Encore rien.

    Mais laissons la chance au coureur. Le gouvernement libéral a le luxe d'être majoritaire, ce qui lui donne les coudées franches, contrairement au gouvernement Marois qui a été freiné systématiquement par les libéraux eux-mêmes et les caquiastes. S'il échoue, on ne pourra s'en prendre qu'à lui.

  • Richard Laroche - Inscrit 9 mai 2014 15 h 10

    Kim Jong Barette

    La planification centralisée, le cheval de bataille de l'autoritarisme, la Ferrari du fonce dans l'mur. Barette va vite se rendre compte que son patron, c'est le Peuple et que si il reçoit des critiques, il va devoir coopérer. Un moment donné, c'est le Peuple qui dirige. Votre mandat n'est pas une carte blanche. Avant chaque nouvelle politique que vous voulez imposer, demandez vous si vous auriez été élu si vous l'aviez proposé en campagne.

    La santé, c'est le plus gros poste budgétaire de la province. Vous savez ce qui s'est passé avec la dernière tête de pioche qui a défié l'opinion public avec l'éducation, quand nos enfants et amis ont été la cible de votre autorité. Imaginez ce qui va se passer quand nos aînés et parents vont être affectés par vos politiques orgueilleuses. Imaginez quand les gens descendront dans la rue non pas à cause des jeunes, mais avec des morts sur la conscience...

  • Danielle - Inscrit 9 mai 2014 15 h 45

    Quel controle!!!

    ''Les acteurs du réseau de la santé devront appliquer sans broncher (c'est pas beau broncher, ta gueule!) le «changement de direction» prescrit (c'est un médecin qui est au commande...) par le gouvernement libéral, à défaut de quoi ils s’exposeront à des «conséquences» (aller dans sa chambre), a averti (papa a toujours raison) le ministre Gaétan Barrette vendredi avant-midi''.

    Infantilisation 101 de mépris de la part de ce gouvernement. Vive la démocratie!!!

    • Damien Tremblay - Inscrit 10 mai 2014 10 h 43

      Et vogue la galère libérale!