Pas de privilèges pour les anglophones

Le chef libéral Philippe Couillard formera son Conseil des ministres mercredi. Contrairement à Pauline Marois, il peut compter sur quelques élus anglophones au sein de son caucus.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef libéral Philippe Couillard formera son Conseil des ministres mercredi. Contrairement à Pauline Marois, il peut compter sur quelques élus anglophones au sein de son caucus.

Au moment où le Quebec Community Groups Network (QCGN) et le commissaire fédéral aux langues officielles plaident pour que le Québec suive l’exemple ontarien et crée un équivalent de l’Office des affaires francophones, les libéraux ferment la porte à cette idée. Le gouvernement Couillard ne comptera d’ailleurs pas de ministre dédié aux Anglos.

 

Dans une lettre envoyée au Quebec Community Groups Network (QCGN) durant la campagne électorale, la directrice générale du Parti libéral du Québec (PLQ) écrit que nommer un ministre à la Jean-François Lisée irait à l’encontre de la philosophie du parti.

 

« Le Parti québécois a nommé un ministre responsable des relations avec la communauté anglophone ayant la responsabilité de défendre et d’expliquer ses nouvelles politiques linguistiques et sa charte des valeurs, rappelle Marie-Ève Ringuette. Le PLQ est plutôt d’avis que ce genre de politiques divise les Québécois sur des questions linguistiques. »

 

La d.g. poursuit en soutenant que les députés et ministres libéraux « représenteront les intérêts et inquiétudes de tous les Québécois, sans qu’il soit nécessaire qu’un ministre soit nommé spécialement pour les relations avec une communauté en particulier. Nous aurons à coeur les intérêts et les inquiétudes de la communauté anglophone ».

 

Mme Ringuette répondait alors à une question à savoir si les libéraux entendaient « créer un cadre permanent — représentatif de la communauté d’expression anglaise — opérant aux niveaux politique et administratif ».

 

De manière générale, les libéraux soutiennent que les anglophones n’ont pas besoin de traitement particulier pour s’épanouir. Il n’est ainsi pas question de politique particulière pour renforcer les institutions de la communauté anglophone, ou pour venir en aide aux commissions scolaires anglophones, montre leur lettre. « Notre parti croit que les inquiétudes exprimées par le QCGN concernant les investissements nécessaires dans nos hôpitaux, nos municipalités, nos cégeps et nos universités sont celles de tous les Québécois », y dit Mme Ringuette.

 

Et pour ce qui est de communiquer avec le gouvernement, les libéraux font valoir que les députés de l’Assemblée nationale « sont les meilleurs points d’accès pour tous les Québécois ayant des questions à poser au gouvernement ».

 

Office des affaires anglophones?

 

En 2012, c’est le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, qui avait suggéré au gouvernement Marois de nommer un interlocuteur chargé des relations avec les anglophones. Dix-huit mois plus tard, avoir un tel ministre au sein du gouvernement québécois demeure « souhaitable » —, et ce, même si les libéraux sont de retour au pouvoir, estime le commissaire.

 

Mais plus encore : M. Fraser pense qu’il est temps que le Québec se dote d’une structure administrative semblable à celle de l’Office des affaires francophones (OAF), en Ontario. « L’OAF joue un rôle extrêmement important pour les [611 000] Francos-Ontariens », rappelle M. Fraser.

 

« À mon avis, c’est important d’avoir un élément de la fonction publique qui a une responsabilité de coordination pour les groupes qui existent à travers la province, un point de contact qui n’est pas politique ou partisan », dit le commissaire. Celui-ci fait valoir qu’il n’y a pas d’opposition à y avoir entre des mesures de protection du français et d’autres en faveur de la communauté anglophone.

 

Le QCGN est en tout point d’accord avec Graham Fraser. L’organisme — qui en regroupe 41 — estime que peu importe la formule exacte, l’important serait de « donner une voix à la communauté à l’intérieur non seulement du cabinet, mais aussi de la fonction publique », dit Sylvia Martin-Laforge, la directrice générale du Quebec Community Groups Network.

 

Au moment de faire le bilan du mandat Lisée, Mme Martin-Laforge avait noté l’absence de ressources humaines et matérielles autour du ministre. Or, au quotidien, avoir un fonctionnaire au bout du fil est plus facile qu’un ministre, disait-elle.

 

Mme Martin-Laforge estime qu’une structure de type Office des affaires anglophones permettrait notamment à la communauté de travailler à réduire le « problème de la sous-représentation des anglophones dans la fonction publique, dans les postes d’influence et au sein des conseils d’administration ». Le QCGN calcule que moins de 1 % des fonctionnaires québécois sont anglophones.

 

Le chef libéral Philippe Couillard formera son Conseil des ministres mercredi. Contrairement à Pauline Marois, il peut compter sur quelques élus anglophones au sein de son caucus.

 

Les libéraux rejettent l’idée d’un ministre à la Lisée

34 commentaires
  • Marc-André Bélanger - Inscrit 19 avril 2014 02 h 47

    Drôles de demandes

    Mme. Laforge veut quoi, au juste?

    «Or, au quotidien, avoir un fonctionnaire au bout du fil est plus facile qu’un ministre, disait-elle.»

    [réduire le] «problème de la sous-représentation des anglophones dans la fonction publique, dans les postes d’influence et au sein des conseils d’administration».

    Si j'appelle à l'AN demandant un ministre, j'aurai probablement droit à un fonctionnaire, moi aussi. Il semble que Mme. recherche un traitement de faveur, pas l'équité.

    Bonne décision de Mr. Couillard.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 19 avril 2014 07 h 00

    Le simple bpn sens...

    Le refus de Couillard de s'embarquer dans cette patente relève tout simplement du du bon sens le plus élémentaire: ça ne prend vraiment pas un génie pour comprendre que si on compare la situation des anglophones du Québec, comment il sont traités, en fait déjà prévilégiés par rapport aux francophones hors Québec, il relève de l'absurde de vouloir les privilégier encore plus et ça n'arrange en rien le portrait du P. q. que ce ministère attribué à Lisée.

    L'arguement comme quoi ils sont peu représentés dans notre fontion publique relève tout simplement de l'absurde: je doute fort et même très très fort que la cause relève de la discrimination, sinon qu'ils se discriminent eux-mêmes et ne sont pas intéressés par la fonction publique québécoise où ils seraient de toute façon très minoritaires en fonction de leur représentation proportionnellle au sein de la population du Québec.

    À ce sujet, un article du Devoir il n'y a pas si longtemps, un an ou deux, donnait à voir que cette communauté rapetisse, vieillie et s'appauvrie surtout à cause de la raison suivante: les jeunes anglophones, de souche ou issus de l'immigration, ont tendance à quitter le Québec pour le Roc ou les USA principalement, après leurs études. Il me semble que c'est clair, non?

    La question comment les retenir ne se posent même pas... Ceux qui se sentent bien ici, reste ici, et cela n'a rien à voir avec la fonction publique, ça peut être une affaire de coeur d'intérêts ou d'habitude. D'ailleurs, ils ne manquent pas d'immagination: encore plus récemment j'apprenant en zappant lors des nouvelles matinales. que les Anglos de l'ouest de Montréal donnent maintenant dans leurs écoles des cours de francçisation des immigrants. Faut le faire, non? Et je suis convaincue qu'ils sont supérieurs aux nôtres...

  • Guy Vanier - Inscrit 19 avril 2014 07 h 12

    Pas nécessaire...

    Il a raison, les anglos contrôle déjà le PLQ.......

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 19 avril 2014 07 h 24

    En quoi ?

    « M. Fraser pense qu’il est temps que le Québec se dote d’une structure administrative semblable … . » (Guillaume Bourgault-Côté, Le Devoir)

    Bien que le questionnement du Commissaire soit d’utilité publique d’étonnement, en quoi la Communauté anglophone lui serait-elle redevable d’imputabilité d’aucun droit ni devoir d’activités exercées, pourtant libres et volontaires, au sein de la Communauté québécoise, dont elle figure à titre de membre actif actuel ?

    En quoi ? - 19 avril 2014 -

  • Normand Carrier - Inscrit 19 avril 2014 07 h 29

    Les anglophones sont-ils en danger de perdre quelques privilèges ?

    Poser la question , c'est y répondre ....... Les anglphones du Québec ont tous les droits et ont beaucoup de privilèges que les francophones du ROC seraient enchantés d'avoir en partie .......
    Tout encouragement du fait francais est vu par cette communauté comme une perte pour eux et ils s'évertuent a crier a l'injustice dans les pages de La Gazette .... Le problème de cette communauté est qu'ils n'ont jamais accepté de perdre leur hégémonie financière , économique et politique et qu'ils se sentent menacés dès qu'ils perdre le moindre privilège .....

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 19 avril 2014 16 h 38

      Tout à fait.Les Rhodésiens de l'ouest ne seront jamais satisfaits tant que le vieux rêve Partitionniste ne se réalisera pas.Mais avec les dévoués-amis libéraux de retour au commande de l'État,une autre étape cruciale risque d'être franchie au détriment de la majorité francophone .L'anglais une priorité,un enjeux électoral pour Couillard ,va éclipser,tasser davantage encore, le français langue commune du Québec.J'ai toutes les raisons connues et reconnues, de ne pas faire confiance à Couillard ni à l' équipe Charest.Si le passé est garant de l'avenir,on est pas sorti de l'auberge et nous pouvons mettre sur la glace, notre projet d'être ''Maître Chez-Nous'' ...