Au-delà des vraies affaires

Durant la campagne, Philippe Couillard a souvent reproché aux médias de ne pas se concentrer sur les enjeux de l’élection.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Durant la campagne, Philippe Couillard a souvent reproché aux médias de ne pas se concentrer sur les enjeux de l’élection.

Philippe Couillard l’a dit, redit et répété tout au long de la campagne électorale : son gouvernement n’aura qu’une priorité, le bon vieux duo « emploi-économie ». Mais encore ? Retour sur le programme libéral, tel qu’édifié en 34 jours.

Vers la fin de la campagne électorale, les journalistes ont demandé à Philippe Couillard ce que les électeurs intéressés par des enjeux comme l’environnement et la culture devaient penser du programme libéral — qui ne souffle mot de ces sujets.

 

« Le message qu’on envoie, c’est qu’on va avoir un gouvernement qui va se concentrer, pas totalement, mais très majoritairement, sur l’économie et l’emploi », a répondu M. Couillard. « Ça ne veut pas dire qu’on ne s’intéressera pas [au reste] », avait ajouté le chef libéral. Mais il fallait comprendre que les « vraies affaires » du slogan en excluaient certaines.

 

Au-delà des oubliées, une relecture de tous les engagements libéraux (que le site Internet du Parti libéral du Québec présente clairement) dessine un programme qui s’annonce chargé pour le nouveau gouvernement.

 

Durant la campagne, à chaque discours prononcé devant ses militants, M. Couillard se vantait d’avoir évité de lancer de la « boue » pour se concentrer plutôt à ses annonces quotidiennes. Et il reprochait souvent aux médias de ne pas s’attarder aux enjeux. Dont acte.

 

Philippe Couillard a indiqué dès le lendemain de son élection qu’il entend poser des « gestes immédiats pour relancer l’économie et l’emploi ». Les premières mesures de son gouvernement concerneront donc la mise en place d’un crédit d’impôt à la rénovation domiciliaire de 20 % (jusqu’à un maximum de 2500 $), applicable sur tout type de rénovation et de maisons, de même que le rétablissement des budgets du Plan québécois des infrastructures (qui passeront de 9,5 à 11 milliards). « Quand la rénovation va, tout va », a lancé M. Couillard à quelques reprises en campagne.

 

De gros morceaux

 

Les deux gros morceaux du programme économique du PLQ consistent à relancer le Plan Nord (désormais affublé d’un « + » dans la dénomination) et à mettre en place une stratégie maritime sur laquelle M. Couillard fonde beaucoup d’espoir — elle est inspirée de celle proposée par François Legault. Le premier ministre désigné estime qu’elle permettra de créer 30 000 nouveaux emplois entre 2015 et 2030 et qu’elle générera des investissements privés de plus de 4 milliards.

 

Les investissements publics seront quant à eux de l’ordre de 3 milliards en infrastructures, facture partagée avec Ottawa — dont la participation est essentielle à la mise en oeuvre du projet. Le plan de Philippe Couillard évoque notamment la mise sur pied d’un pôle logistique dans Vaudreuil-Soulanges, sorte de terminal-carrefour pour faire le lien entre le transport maritime (que l’on souhaite développer plus intensément), le transport routier et le transport ferroviaire.

 

Plusieurs autres propositions économiques ont été présentées au fil de la campagne. Le PLQ promet par exemple des mesures de protection des sièges sociaux — en utilisant une partie du Fonds des générations qui permettrait d’acquérir jusqu’à 10 % du capital-actions d’une entreprise inscrite en Bourse et qui fait l’objet d’une OPA hostile.

 

Les PME

 

Il y aura aussi dès mercredi un ministre dont la seule tâche sera d’épauler les PME. Il sera chargé de mettre en oeuvre le plan d’aide annoncé par Philippe Couillard : instauration d’un crédit d’impôt pour l’exportation (50 % sur les coûts de transport liés aux activités d’exportation, une mesure dont la légalité a été remise en question), mise en place du dossier et du guichet unique des entreprises, lancement des programmes Créativité-Québec et Démarrage-Québec, exemption d’impôt sur le transfert d’entreprises et de fermes aux enfants et aux employés.

 

Nouveau député de Roberval, Philippe Couillard a maintes fois répété qu’il accordera une attention particulière aux dossiers touchant les régions. Son plan de soutien du secteur forestier comprend par exemple trois volets visant à améliorer la productivité et la compétitivité de la forêt, à favoriser l’innovation et à développer la main-d’oeuvre forestière.

 

M. Couillard s’est aussi engagé à partager une partie des redevances minières, pétrolières et gazières avec les municipalités ou les MRC, notamment pour favoriser la diversification de leur économie. Il n’a pas précisé quelle part ira à ces partenaires — mais on sait que la majorité des redevances servira à financer le Fonds des générations.

 

Santé

 

Ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard entend réviser en profondeur le mode de financement du réseau de la santé. La réforme du financement des hôpitaux sera basée sur le volume de soins donnés par l’établissement, de même que sur la productivité. La qualité des services offerts et le suivi du patient seront aussi pris en compte. Ce virage est dans les cartons depuis 2012.

 

Le PLQ promet de réduire de 10 % la bureaucratie pour chaque établissement du réseau, ministère et organismes compris. À l’autre bout du spectre, on souhaite augmenter l’offre de services : Philippe Couillard veut terminer le réseau des Groupes de médecine familiale (GMF), et surtout créer 50 « super-cliniques » qui seraient ouvertes sept jours sur sept, le soir aussi. Ces cliniques hébergeraient des omnipraticiens, des spécialistes, des infirmières. Elles offriraient aussi des tests laboratoires. Les libéraux promettent une attente de moins de deux heures dans les cliniques sans rendez-vous.

 

Si les promesses sont tenues, le réseau de la santé comptera aussi sur 2000 infirmières praticiennes spécialisées de plus au terme du mandat libéral. Et il sera bientôt possible de se faire rembourser par la RAMQ les scanographies, échographies et tests de résonance magnétique effectués dans des cliniques privées.

 

De plus, les travaux de rénovation d’au moins trois hôpitaux ont reçu un appui officiel : Verdun, Maisonneuve-Rosemont et Sacré-Coeur. Et la taxe santé — instaurée par le gouvernement Charest — sera progressivement abolie sous le règne Couillard…

 

Aînés

 

Pour les aînés, le gouvernement Couillard propose notamment un programme de prêts pour leur permettre de rester plus longtemps dans leur maison. Le concept ? Le gouvernement délivrera un certificat qui pourra être encaissé auprès de n’importe quelle institution financière. Celle-ci se chargera alors de payer les taxes foncières et scolaires, au nom du propriétaire. Le prêt sera remboursé lors de la vente de la propriété (une mesure dans le même esprit concerne à l’inverse les premiers acheteurs, qui pourront mettre à l’abri de l’impôt jusqu’à 50 000 $ devant être utilisés comme mise de fonds pour l’achat d’une première résidence).

 

Les libéraux assurent également qu’ils poursuivront le développement des soins et des services à domicile (750 millions en cinq ans) et soutiendront mieux les proches aidants (25 millions). Le premier ministre a promis de redéposer rapidement le projet de loi sur les soins de fin de vie.

 

Plus tard dans le mandat, il devrait également présenter une nouvelle Stratégie de mise en oeuvre de la Politique de périnatalité pour « augmenter l’accès aux services de sages-femmes et aux maisons de naissance ». On souhaite la création de 125 nouveaux postes de sages-femmes et de sept nouvelles maisons de naissance.

 

Anglais 6e

 

En éducation (où les libéraux proposent l’indexation des droits de scolarité), Philippe Couillard prévoit de réduire de 500 personnes en cinq ans les effectifs administratifs du réseau, en plus d’abolir les directions régionales (120 postes). Les économies réalisées seront investies dans les services aux élèves, la réussite scolaire et la lutte contre le décrochage, dit-on. Je rôle des commissions scolaires ne sera pas modifié, indique le programme.

 

On sait que M. Couillard pourrait revoir la teneur du cours d’histoire au cégep. Il compte à la fois « accentuer la promotion de la qualité du français dès l’école primaire » et mettre en oeuvre le programme d’anglais intensif en 6e année (une mesure qui recevait toujours les applaudissements les plus nourris en campagne électorale).

 

Quoi d’autre ? Un projet de loi sur les accommodements raisonnables et le principe du visage découvert. De nouveaux pouvoirs pour Québec, Montréal et les municipalités. Des mesures de lutte contre les gaz à effet de serre…

 

La liste est établie : reste à voir quel pourcentage en sera respecté.

 

Là-dessus, Philippe Couillard a dit qu’il fera « tous les efforts pour que ce qu’on avait dit qu’on ferait soit fait et soit fait correctement ». Début mercredi, donc, et bilan aux prochaines élections, le 1er octobre 2018.

2 commentaires
  • François Dandurand - Inscrit 19 avril 2014 15 h 47

    La vraie indépendance est la richesse économique

    Monsieur Couillard parle des vraies affaires. Nous serons en mesure de prendre des décisions sur notre avenir et de se payer les programmes sociaux que nous voulons dans la mesure où nous serons économiquement forts. Souvenons-nous l'attitude du dernier gouvernement Marois auprès des compagnies minières et du monde des affaires en général. Nous avons perdu par la suite un temps fou au sujet d'une charte de la panique qui ne servait que des intérêts politiques. Nous avons perdu un automne à entendre des citoyens dire les pires stupidités et nous raconter des histoires de bonhommes sept heure et de piscine... Vivement que nous passions à un monde adulte qui s'occupe de l'économie et des programmes sociaux.

  • Veronica Gresini - Inscrite 21 avril 2014 14 h 19

    Je ne sais pourquoi nous avons attendu si longtemps...

    ...pour nous offrir le paradis libéral sur un plateau.

    Tout va déjà mieux.