Pour la suite des choses

Renoncer pour deux mandats à tenir un référendum, comme l’a évoqué Pauline Marois durant la campagne électorale, ou, pire, abandonner l’objectif de réaliser la souveraineté, c’est ni plus ni moins que saborder le PQ.
Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson Renoncer pour deux mandats à tenir un référendum, comme l’a évoqué Pauline Marois durant la campagne électorale, ou, pire, abandonner l’objectif de réaliser la souveraineté, c’est ni plus ni moins que saborder le PQ.

Québec — Quand des apparatchiks péquistes suggèrent qu’il faudrait revoir l’immuable article 1 du programme du parti — son objectif fondateur de réaliser la souveraineté du Québec à la suite d’un référendum —, c’est qu’ils sont prêts à envisager le pire. Comme l’affirmait Alexandre Cloutier, le parti doit être reconstruit. Dans les faits, le programme actuel du PQ est caduc. Il y a péril en la demeure.

Quand, en juin 2005, Bernard Landry a démissionné de son poste de chef du PQ, c’était au terme d’une « Saison des idées » qui avait accouché d’un programme détaillé, coulé dans le béton, auquel son successeur André Boisclair a dû se plier, un carcan qui empêchait le renouvellement du parti fondé par René Lévesque.

 

Neuf ans plus tard, la situation est toute différente. Le PQ amorce une longue période de remise en question qui s’étendra sans doute jusqu’à l’an prochain. « La pire chose à faire, c’est de commencer une course au leadership tout de suite », a dit Jean-François Lisée, qui croit qu’il faudra attendre « plusieurs saisons » avant que cette course ne soit lancée. Pour l’heure, son point de vue semble faire consensus.

 

Cette remise en question ne sera pas dirigée par un chef aux idées arrêtées. Il reviendra aux candidats de la course à la direction du PQ de proposer les grandes lignes d’un nouveau programme. Qu’adviendra-t-il de la gouvernance souverainiste ou du virage identitaire qu’incarnait la charte de la laïcité ? Quelqu’un proposera-t-il que le parti prenne acte du fait que, dans un avenir prévisible, les Québécois ne veulent pas d’un autre référendum sur la souveraineté ? Certains, comme Louis Bernard, voudraient que le PQ promette, sans détour, de tenir un référendum dès qu’il reprendra le pouvoir. C’est ce qu’il proposait déjà en 2005 lorsqu’il était candidat à la chefferie du parti.

 

L’ambiguïté

 

D’emblée, perpétuer l’ambiguïté, dont Pauline Marois a fait le laborieux étalage tout au long de la campagne, est une option à écarter. L’ex-journaliste Alexis Deschênes, qui a mordu la poussière dans la circonscription de Trois-Rivières, l’a exprimé clairement : « L’ambiguïté sur le référendum », c’est ce qui a fait perdre l’élection au PQ. « Les gens voulaient savoir : on en fait-tu ou on n’en fait-tu pas ? »

 

C’est peut-être l’effet du découragement qui suit la pire défaite de l’histoire du PQ, mis à part celles de ses débuts, alors que le parti était en constante progression, mais certains péquistes pensent que, finalement, c’est François Legault qui a raison. « Est-ce qu’on ne devrait pas reconnaître qu’à moyen terme on ne gagnera pas de référendum et on ne fera pas un pays ? », se demande un conseiller péquiste. « Préserver l’avenir, c’est ce qu’on peut faire de mieux. » Une course à la chefferie où il y aurait « une surenchère souverainiste » serait une perte de temps. « C’est absurde », croit-il.

 

En plein conseil national en octobre 2003, Jean-Herman Guay avait semé la consternation parmi les militants et soulevé l’ire de Bernard Landry en affirmant que le PQ était un parti générationnel qui s’éteindra s’il persiste à promouvoir l’accession du Québec à la souveraineté dans un avenir prévisible. Les résultats désastreux de la dernière élection, mais aussi la défaite d’André Boisclair en 2007 et même le score du PQ en 2012, quand Pauline Marois n’avait pu obtenir de majorité après les neuf ans d’un règne libéral entaché par la corruption, lui donnent raison, soutient le politologue de l’Université de Sherbrooke. « Comme le disait M. Couillard, ce n’est peut-être pas la fin d’une idée, mais c’est la fin d’une capacité à mettre en avant cette idée », estime-t-il.

 

Les jeunes

 

Que ce soit en Europe ou ailleurs, il existe le problème du rapport à la politique. « Les gens sont sceptiques à l’endroit des grands projets politiques, constate M. Guay. Tout cela est venu miner carrément la capacité du Parti québécois qui, lui, était porteur d’un discours politique, porteur d’un rêve étatique. »

 

Quant aux jeunes, ils sont préoccupés par des enjeux supranationaux, comme l’écologie, le développement international. « Pour eux, l’importance du palier québécois, des pouvoirs de l’État québécois, ce n’est plus ce que c’était », estime l’universitaire. Ils ne veulent pas s’investir autant que leurs parents dans le projet de souveraineté. « Ils voient de la déception chez leurs parents, ils voient une forme de résignation. »

 

Évidemment, renoncer pour deux mandats à tenir un référendum, comme l’a évoqué Pauline Marois durant la campagne électorale, ou, pire, abandonner l’objectif de réaliser la souveraineté, c’est ni plus ni moins que saborder le PQ. « Si tu dis ça au PQ, tu es mort », juge un conseiller péquiste. C’est aussi faire double emploi avec la Coalition avenir Québec.

 

Mais il y a des gens de la mouvance péquiste qui sont prêts à envisager que le PQ fusionne avec la CAQ. C’est le cas de l’ex-ministre péquiste Jacques Brassard, bien campé à droite, qui croit que c’est là la seule façon de battre les libéraux. « Le PQ et la CAQ, deux partis nationalistes soucieux de la dimension identitaire très présente dans les préoccupations des Québécois, se sont disputé le même électorat », a-t-il écrit vendredi dans les journaux de Québecor.

 

Le progressisme

 

D’autres préconisent plutôt un retour aux sources du parti de René Lévesque, c’est-à-dire le progressisme, la social-démocratie et l’ouverture au pluralisme. C’est le cas du politologue Guy Lachapelle, de l’Université Concordia, qui fut candidat péquiste dans la circonscription de Fabre en 2007. Selon lui, le PQ doit rallier les jeunes en renonçant à son virage identitaire et aux éléments les plus constestés de la charte de la laïcité tout en parlant d’écologie et du rôle du Québec dans le monde. Il cite aussi l’exemple de Sainte-Rose, une circonscription de Laval que le PQ a perdue parce que la communauté maghrébine a voté cette fois-ci pour les libéraux. « Je suis persuadé que Gérald Godin aurait été contre la charte de la laïcité. Mais Pauline Julien aurait été pour », avance-t-il.

 

Le parti doit résolument promouvoir son option et ramener en son giron des jeunes souverainistes comme Jean-Martin Aussant, le fondateur d’Option nationale, croit Guy Lachapelle. La question du référendum serait directe, comme celle du référendum écossais : Voulez-vous que le Québec devienne un pays ? Mais ce que le PQ proposerait, ce serait la souveraineté-partenariat.

 

Pour le sociologue Gilles Gagné, de l’Université Laval, l’électorat, dont une partie des « souverainistes à la vie, à la mort », a peut-être dit à son élite de ne plus proposer de passer « par la maudite affaire du référendum qui est une mathématique perdante ». Les péquistes ont eu leur réponse lors du denier scrutin. « Maintenant, il leur reste à essayer quelque chose qui n’a pas été essayé depuis longtemps. C’est de jouer d’une manière franche, courageuse, non équivoque, le programme d’Aussant », estime-t-il. Le fondateur d’ON proposait que le gouvernement du Québec fasse une série de gestes de souveraineté, comme percevoir toutes les taxes et tous les impôts et adopter une constitution.

 

Tout cela signifie un certain volontarisme de la part du prochain chef péquiste, l’abandon de la stratégie du « bon gouvernement », tout au plus le retour du « on peut marcher et mâcher de la gomme en même temps » de Jacques Parizeau.

 

Non sans une certaine fraîcheur, Alexis Deschênes a décrit la campagne absurde qu’il a dû mener alors qu’il devait répéter aux électeurs que l’enjeu de l’élection, c’était d’élire un gouvernement. Quand il parlait des bénéfices de la souveraineté, il avait « au moins » l’écoute des électeurs. « Si on devient un pays, on sera plus riche. Si on devient un pays, on aura un État plus efficace. […] Je pense qu’on ne se trompe pas si on continue de parler des bénéfices. »

 

D’autres au PQ ont adopté un point de vue pessimiste. « Les Québécois ont rejeté l’exigence qu’on leur posait. Le PQ, ça demande aux Québécois un effort. Ça leur demande de sortir de leur bungalow et du centre commercial. Ils ne veulent pas. »

19 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 12 avril 2014 01 h 39

    « A nation of shopkeepers »

    « En plein conseil national en octobre 2003, Jean-Herman Guay avait semé la consternation parmi les militants et soulevé l’ire de Bernard Landry en affirmant que le PQ était un parti générationnel qui s’éteindra s’il persiste à promouvoir l’accession du Québec à la souveraineté dans un avenir prévisible. »

    S'il ne persiste pas à promouvoir la souveraineté et l'indépendance dans un court laps de temps, vous pouvez être persuadé que le Québec sera assimilé. Avec un bilinguisme de plus en plus intrusif et une immigration qui n'est pas proportionnelle à l'habileté d'intégration, les Québécois francophones seront minoritaires chez eux dans quelques décades.

    Que voulez-vous que le Parti québécois devienne ? Un parti de comptable qui nous rappelle la célèbre citation de Napoléon : « l'Angleterre est une nation de boutiquiers ».

  • Jean-Yves Lévesque - Inscrit 12 avril 2014 04 h 08

    Appui à l'opinion de M.Louis Bernard

    Les québecois ont besoin d'être brassés un peu.C'est quand François Legault a osé leur dire qu'ils manquaient de courage,qu'il a remonté dans les sondages. Avec une position claire,fini les ambiguités. Si le PQ refuse d'être le porteur de ballon de notre projet de pays ,je lui préférerai Option Nationale.Je suis un souverainiste de la première heure,en colère d'avoir été insulté par un discours réducteur qu'on est juste bon pour faire des référendums pour briser le pays des autres,et je souhaite une radicalisation de l'option avec un retour au militantisme intensif.La "game" d'être mis en boîte par des commentateux cherchant à préserver l'unité nationale ;ça a assez durée à mon goût.Il n'y aura plus de piège possible,car s'ils veulent parler de date,on leur en parlera et ils devront nous dire si leur fruit aura mûri dans quatre ans et pourquoi ils n'auront pas pris l'initiative? PAS CAPABLE DE LIVRER?

  • Patrice Giroux - Inscrit 12 avril 2014 07 h 19

    Aussant et Bernard ont raison

    Je ne sais qui est le satané conseiller qui estime que l'article 1 est caduc, mais il aurait quelque chose comme une bonne conversation avec moi. Quelle idiotie ! Quelle idiotie d'ailleurs que la souveraineté puisse s'emboîter dans un article partisan. Je suis plutôt optimiste pour ma part. La défaite est celle de l'ambiguïté, de la gouvernance souverainiste, du bon gouvernement, et il était temps.
    La voie est celle du progressisme, pas d'un travestissement libéral comme celui de se mettre à chanter les vertus caquistes. Un progressisme qui va justement au-delà du national. La véritable association, le véritable partenariat d'un Québec souverain, c'est l'interdépendance mondiale, pas l'interdépendance canadienne.
    L'électrification des transports était en phase avec cette perspective nouvelle du souverainisme.
    Cependant, malgré la meilleure option au mouvement, il y a des rets beaucoup plus resserrés autour du Québec depuis 1995. Ce seul facteur suffirait à battre les souverainistes autrement que sur la seule raison, ou raison d'être. La joute politique n'est simplement plus à armes égales.
    La corruption libérale est venue dopée l'opinion en faveur de la business as usual. Cette situation n'est pas qu'une affaire juridique, faite de sentences «individuelles». Elle est profondément affaire d'influence et d'ordre de priorités sociales et politiques. La corruption et la collusion libérales sont venues renforcer le confort et l'indifférence de manière profondément malsaine pour notre société.
    La boue, elle n'était même pas à la hauteur de la cheville de ce que méritait le PLQ.
    Il faudrait donc, d'un côté, des tireurs d’élite de peddlers du fédéralisme colonial, des dévisseurs de sociétés-écrans, des déconstructeurs de préjugés à la noix que charrient les libéraux et les fédéralistes, et de l'autre, des propositions claires qui tombe sous le sens, pas juste le bon sens, des propositions vraiment innovantes et rigoureuses, et porter par les gens.

    • Marc Drouin - Abonné 12 avril 2014 10 h 49

      TOP! Votre commentaire.

      Encore faut-il s'adresser à des électeurs éclairés dans un système électoral proportionel à deux tours pour sortir enfin de cette impasse. (41% des votes pour 70 députés) cherchez l'erreur ???

      Lorsque l'on sera sorti de ce système uninominale à un tour ( ne comptez pas sur les libéraux) peut-être verrez vous vos tireurs d'élite de peddlers, vos dévisseurs et vos déconstructeurs se faire entendre par des médias qui savent regarder ailleurs que des lanceurs de bouettes, ou des "ti-clins" dire que c'est "trop cher" d'avoir des projets structurants.

      Qui va mettre son point sur la table pour dire que c'est fini de financer des barrages qui produisent de l'électricité qu'on vend à perte pour conserver une poigné de jobs payantes en dévisageant le paysage.

      Qui va dire "NON on met pas une cenne dans l'exploiration pétrolière mais qui dit OUI on finance un projet comme le "www.trensquebec.qc.ca" pis on a une usine à Ste-Thérese ou à La Pocatière parfaite pour çà.

      Qui va dire "Je m'en moque de ce que pense Ottawa pis du référendum "Quel référendum?". J'ai ben d'autres chats à fouetter pis j'ai pas la pemission à demander à personne surtout pas à Ottawa. Je suis juste redevable aux électeurs pis ils vont me faire savoir dans 4 ans Point!

  • Robert Libersan - Abonné 12 avril 2014 08 h 28

    Noua avons échoués

    On peut bien en rêver. On peut bien affirmer que le pays est quellque chose que l'on porte en soi. On peut bien s'imaginer que c'est la pédagogie de l'Indépendance qui a fait défaut. le constat est que nous avons échoués à convaincre la population de faire un pays du Québec, indépendant du Canana.

    Par ailleurs, la droite est morte de rire actuellement : PLQ 70 + 22 CAQ = 92 députés sur 125 à droite + quelques députés du PQ à droite. Il faut que le discours de gauche se renforce pour faire contre-poids. Je suggère que le PQ adopte un programme social et politique de centre-gauche. Il y a de la place : QS à gauche, PQ au centre-gauche, PLQ au centre-droit et CAQ à droite. Pour aller chercher des votes et le pouvoir, il doit abandonner son option souverainiste. Rien de moins.

  • Serge Daigno - Inscrit 12 avril 2014 09 h 00

    Avant tout,

    il faut se poser les bonnes questions:

    Voulons-nous conserver la devise actuelle quoi qu'il advienne?

    Le Canada, est-ce Ottawa, ou plutôt un ensemble des gouvernements qui constitue ce pays ?

    Notre dialogue doit-il prioritairement s'établir avec nos partenaires Canadiens ou avec Ottawa?

    Serge Daigno