Elle a fait tomber Marois

Caroline Simard est peut-être la seule au Québec à ne pas avoir été surprise de sa victoire. « Je ressentais un mécontentement, une frustration [dans la circonscription]. Il y avait vraiment un découragement qui me faisait dire que c’était possible. »
Photo: Clément Allard - Le Devoir Caroline Simard est peut-être la seule au Québec à ne pas avoir été surprise de sa victoire. « Je ressentais un mécontentement, une frustration [dans la circonscription]. Il y avait vraiment un découragement qui me faisait dire que c’était possible. »

La candidate libérale qui a défait Pauline Marois lundi soir dans la circonscription de Charlevoix–Côte-de-Beaupré ne semble pas être le simple « poteau » que beaucoup ont imaginé. Entretien avec une femme qui prend son nouveau métier très au sérieux et qui pourrait, elle aussi, se faire qualifier de… déterminée.

 

« Je faisais campagne avec détermination, puis avec l’idée de faire une différence, a-t-elle dit lors d’un entretien jeudi. C’est ce qui me motivait vraiment. C’était une décision de coeur. »

 

De toute évidence, l’équipe de communication du Parti libéral l’a bien préparée à la semaine de fou qu’elle affronte actuellement. Mais on sent que Caroline Simard connaissait déjà la chanson. Pas celle de la politique, mais assurément celle de la communication.

 

La nouvelle députée ne risque pas de devenir une abonnée du blogue « Mots et maux » du collègue Antoine Robitaille. Elle s’exprime dans un français au-dessus de la moyenne avec un « également » par ici, un « certainement » par là.

 

Précise, prudente, elle se comporte comme quelqu’un qui veut être pris au sérieux. Elle répète que « ça fait 18 ans qu’elle travaille en recherche et marketing », qu’elle a fondé sa propre entreprise et que les affaires vont très bien.

 

Quand on lui fait remarquer que les commentaires positifs sont nombreux sur sa page LinkedIn, elle rétorque du tac au tac que ce n’est pas elle qui le « leur a demandé ».

 

Parmi les signataires, son amie et ancienne collègue Geneviève Blouin la décrit comme une personne « très à l’écoute », « empathique » et « perfectionniste ». Mme Blouin ne cache pas avoir été surprise d’apprendre qu’elle avait battu Pauline Marois lundi soir. « On se disait que ce serait le fun qu’elle la batte, mais on y croyait plus ou moins. On pensait qu’elle était capable, mais déloger Pauline Marois, c’est quand même assez gros… »

 

En fait, Caroline Simard semble être la seule personne au Québec à ne pas avoir été surprise par ces résultats. Férue en études de marché et en sondages, elle dit avoir senti qu’elle pouvait gagner.

 

« Je ressentais un mécontentement, une frustration. Il y avait vraiment un découragement qui me faisait dire que c’était possible », raconte la nouvelle députée de 37 ans.

 

Non, les gens ne lui parlaient pas de la charte des valeurs mais d’emplois et d’économie. De la fermeture l’hiver de La Maison Otis, de celle de General Cable à La Malbaie. « Soixante-cinq emplois dans un secteur comme Charlevoix, c’est l’équivalent de milliers à Québec. Ils se sont dit que ça allait mal chez eux et qu’il fallait faire quelque chose. Pour eux, c’était entre autres donner une chance au changement et à la relève. »

 

Résidante de Québec à la frontière de la Côte-de-Beaupré, Mme Simard est native de Baie-Saint-Paul où ses parents vivent toujours. D’ailleurs, dans le coin, les Simard sont aussi répandus que les Tremblay au Lac-Saint-Jean. « Mes parents, mes amis, mon filleul restent là. J’y ai gardé mes habitudes de consommation. J’achète encore mes souliers à Baie-Saint-Paul, mes bottes. Ma coiffeuse est là. »

 

De la zumba à l’engagement politique

 

Elle ne cache pas que son intérêt pour la politique est récent. Qu’elle n’a commencé à s’engager qu’il y a quelques mois quand le Parti libéral l’a approchée, à Baie-Saint-Paul justement. Son amie Geneviève ne se rappelle pas avoir parlé politique avec elle avant d’ajouter qu’elle-même n’est peut-être pas l’interlocutrice idéale pour le sujet puisque ça ne l’intéresse pas du tout.

 

Mais elle ne tarit pas d’éloges sur les multiples engagements de Mme Simard. « Elle est vraiment très impliquée dans son milieu. » La nouvelle députée a notamment ramassé des fonds pour toutes sortes de causes grâce à des cours de zumba !

 

À l’automne dernier, un « zumbathon » lui a permis de récolter des milliers de dollars pour la prévention du suicide et elle avait fait auparavant la même chose pour la lutte pour le cancer. « C’était important pour moi de le faire parce que mon père a eu deux cancers », explique-t-elle.

 

Lorsqu’on lui demande de nommer des personnes qu’elle admire, la sondeuse en elle nomme des journalistes. « Quand j’ai commencé à faire des entrevues individuelles plus jeune, j’aimais beaucoup M. [Paul] Arcand et Mme [Claire] Lamarche. Ils ont une façon respectueuse d’aller chercher de l’info des gens, de les mettre en confiance. » La femme d’affaires Daniele Henkel l’inspire aussi beaucoup et elle a lu son livre avec intérêt.

 

Que compte-t-elle faire pour Charlevoix ? Cela reste à voir. À son avis, la circonscription a manqué d’attention de la part de sa députée mais n’a pas été si négligée pour le reste. « Je ne crois pas que la région ait été négligée en termes d’enveloppes budgétaires. »

 

Pas question de commenter le projet de tunnel sous le fleuve au-delà de ce que le chef a déjà dit ou encore de s’aventurer à parler de dossiers qu’elle connaît moins comme le projet d’abolir la Conférence régionale des élus (CRE) ou l’état d’avancement du projet du Massif.

 

Elle souligne en outre qu’elle est très attachée à la région. « Je ne serais pas allée défendre le Parti libéral dans une autre région que la mienne », dit-elle. Chose certaine, la nouvelle députée devra continuer à sonder.

23 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 avril 2014 05 h 31

    Charlevoix-Sagard-Cote-de-Beaupré

    Défaire Mme Marois dans son comté, faut le faire.

    Félicitations, Mme Simard, 18 ans d'expérience en recherche et marketing. Qui défait Mme Marois dans son comté, faut le faire.

    Comment avez-vous fait pour réussir un tel exploit ?
    Battre dans son comté Pauline Marois, la première ministre du Québec, ministre des Finances, vice-première ministre, ministre de l'Éducation, ministre de la Santé, présidente du Conseil du trésor, diplômée en administration des affaires (MBA).

    Je ne veux pas manquer de respect aux gens de Charlevoix, non plus à vous, mais il y a quelque chose qu'ils n'ont pas compris ou peut-être savent-ils que Sagard ou une force occulte vous supporte et est garante de votre exploit.

    Peut-être que moi, n'ai rien compris, et si c'est le cas veuillez m'en excuser
    l'histoire nous le dira un jour.
    Maintenant vous avez de grands souliers a remplir et votre mentor ne sera pas toujours là. Votre réussite vous avise que la politique est ingrate.
    Bon succès.
    P.-S. Informez-vous auprès de Mme Théberge, elle pourrait vous être de bons conseils.

    • Denis Carrier - Abonné 11 avril 2014 08 h 45


      J'ai lu avec attention votre excellent commentaire et je suis particulièrement d'accord avec vous lorsque vous parlez de «la force occulte» qui a permis un tel exploit.
      J'aimerais démasquer un peu plus cette «force occulte». J'aime bien l'appeller «la Big Sister» par analogie avec le «Big Brother» de George Orwell.
      Le défit énorme que représente chaque élection se joue maintenant beaucoup et surtout à la télévision et accessoirement sur le terrain. La bonne gouvernance, la qualité des candidats/candidates, etc ont peut d'importance. Ce qui compte, c'est la perception. Et pour les «pas liseux» c'est à la télévision qu'ils vont la chercher. Sachant que depuis Trudeau «Big Sister» a reçu comme mandat de conserver l'unité canadienne, je vous laisse deviner quelle perception l'on peut avoir du projet de se donner un pays. Le conditionnement opérant que donnent les 32 heures d'écoute moyenne de la «Big Sister» par semaine est énorme. Il ne faut donc pas être surpris des résultats et je pense que nous devrions être pragmatique pour agir en conséquence.

    • Loraine King - Abonnée 11 avril 2014 09 h 06

      L'une des nombreuses causes de la défaite du PQ est le nombre inquiétant de ses sympatisants qui sont prêts à accuser des gens sans aucune preuve. En voici un parfait exemple.

    • Loraine King - Abonnée 11 avril 2014 09 h 13

      Ou, si vous me permettez quelques mots d'anglais, comme le chantait Elvis:

      We can't go on together
      With suspicious minds
      And we can't build our dreams
      On suspicious minds

    • François Dandurand - Inscrit 11 avril 2014 11 h 23

      Vous avez raison madame King, De plus, madame Marois a changé souvent de circonsription au cours de sa carrière politique parce qu'elle avait de la difficulté à se faire élire (dixit Jean Garon).

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 avril 2014 11 h 35

      Mrs Loraine,
      Sorry to remind you that Elvis is dead, unfortunately, and there is no accusation in the text.

  • Réjean Guay - Inscrit 11 avril 2014 05 h 42

    Elections

    Peut-être que ce sera son seul titre de gloire . Elle peut dire merci aux électeurs de l'ouest de la circonscription de Charlevoix -Côte-de-Beaupré .
    x

  • Yvon Bureau - Abonné 11 avril 2014 07 h 00

    Humilité demandée

    Elle et tellement d'autres facteurs et de personnes ont fait tomber madame Marois. Tellement.

    Cette victoire demande beaucoup d'humilité.

    Bonne et heureuse route au Parlement, Caroline !

  • Philippe Bonneau - Inscrit 11 avril 2014 07 h 26

    Élections

    Je veux d'abord vous féliciter. M Couillard a dit qu'il veut être transparent, je lui suggère d'utiliser vos talents pour informer la population sur les activités du gouvernement.

  • Jean Lapointe - Abonné 11 avril 2014 08 h 05

    A sa place j'irais me cacher

    A sa place j'irais me cacher tellement j'aurais honte.

    Elle est peut-être «bonne» en marketing mais il manque un certain nombre de choses à son CV. C'est au niveau de la pensée qu'il y a des lacunes.

    Elle ne semble même pas se rendre compte qu' elle a été utilisée par le PLQ et qu'elle n'a pas été choisie pour ses compétences.

    Le PLQ ne cherche pas à exercer une fonction éducative dans la société québécoise en tentant d'augmenter le niveau de conscience de la population. Il «utilise» plutôt les gens pour arriver à ses fins de domination sur la population.

    Il faut être d'une inconscience inouïe pour être fière d'avoir battu madame Marois quand on sait tout ce qu'a fait cette femme de coeur pour les Québécois et les Québécoises.

    On peut très bien ne pas être d'accord avec elle sur un certain nombre de sujets , mais on ne peut pas ne pas reconnaître l'énorme travail qu'elle a accompli en notre faveur depuis qu'elle est en politique.

    Il faut être d' une ignorance crasse pour ne pas le reconnaÎtre.

    Nous avons assisté à un détournement de démocratie. Le PLQ n'a pas joué franc-jeu.

    C'est dégoûtant.

    • Pierre Samuel - Inscrit 11 avril 2014 09 h 24

      @ M. Jean Lapointe:

      Tout en constatant que la majorité des Québécois ne sont pas assez brillants, une fois de plus, pour faire la part des choses, n'est-ce pas ?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 avril 2014 11 h 01

      @ j. lapointe
      Votre commentaire..
      pour moi ce n'est pas une interrogation...c'est une affirmation!!!
      erreur de touche sur le clavier, n'est-ce pas?

    • Richard Coulombe - Inscrit 11 avril 2014 11 h 42

      Et le PQ a été d'une transparence et d'une honnêteté sans pareil dans sa stratégie de la cage aux homards "quand ils seront prêts"? Eh ben ...