La vague caquiste n’a pas déferlé

Le chef de la CAQ François Legault
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le chef de la CAQ François Legault

Le vent de la « révolution du courage » n’a pas soufflé lundi soir sur la région du « 450 » malgré le blitz de visites du chef caquiste, François Legault, à la veille du scrutin. La Coalition avenir Québec a ravi des circonscriptions clés au Parti québécois, mais il demeure que ses appuis sont en baisse dans la banlieue montréalaise.

 

Le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, n’a pas été emporté par une « vague arc-en-ciel », puisqu’il n’y a pas eu de vague arc-en-ciel, ni même de vaguelette arc-en-ciel. En effet, le caquiste dans Chambly, Jean-François Roberge, s’est fait élire avec 12 130 voix, soit 727 de moins comparativement à celui briguant les suffrages en 2012. La chute libre de M. St-Arnaud (-3382 voix) conjuguée à une trop faible remontée du PLQ (+1666) a permis à la CAQ de ravir cette circonscription marquée par l’histoire des patriotes.

 

Dans Borduas, circonscription limitrophe à Chambly, le caquiste Simon Jolin-Barrette a coiffé au fil d’arrivée un autre ministre, Pierre Duchesne, même s’il était crédité d’un nombre de votes en baisse (-1313 voix).

 

La CAQ aurait toutefois pu profiter de quelques jours de campagne supplémentaires afin de se rapprocher, voire de semer le PQ, est d’avis la professeure de sociologie à l’Université de Montréal Claire Durand. « D’ailleurs, ici, dans le corridor, il y avait plusieurs personnes qui faisaient le pari que la CAQ dépasserait le PQ au moment de l’élection », confie-t-elle dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

 

L’auteure du blogue « Ah ! les sondages » n’a pas été surprise par la dégelée subie par le PQ de Pauline Marois (PLQ 41,52 %, PQ 25,38 %, CAQ 23,05 %, QS 7,63 %). « Quand on regardait les courbes, c’était évident », indique-t-elle. Elle dit toutefois comprendre que « des gens [soient] restés sur l’impression que les partis étaient à égalité [à peine quelques jours avant le scrutin] ». « En 2012, les trois partis étaient techniquement, statistiquement à égalité et [un quotidien] titrait : “ Le PQ en avance ”. Là, le Parti libéral est clairement en avance, et [il] titre “ Lutte à trois ”. Franchement, ce n’est pas fort, fort, mettons. » Le PQ et la CAQ accusaient un retard trop important.

 

Néanmoins, la formation politique de François Legault a réussi à minimiser en un mois — ou depuis le Face-à-face du Groupe TVA — la perte d’appuis enregistrée depuis septembre 2012. Chambly, Borduas, Iberville, Saint-Hyacinthe : même si elle a vu ceux-ci fondre entre septembre 2012 et avril 2014, la CAQ a réussi à devancer le PQ.

 

L’essoufflement des appuis à la CAQ (-439) a toutefois coûté la circonscription de La Prairie au député caquiste Stéphane Le Bouyonnec. En revanche, la députée sortante Nathalie Roy est demeurée en selle dans Montarville, et ce, malgré la perte de 2168 voix en un an et demi.

 

À Repentigny, la candidate caquiste Lise Lavallée a obtenu 4364 voix de moins que sa prédécesseure, l’ex-présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Chantal Longpré (13 889 voix contre 15 525), mais elle est toutefois parvenue à faire mordre la poussière à Scott McKay, boudé par l’électorat péquiste.

 

À contre-courant, le chef de la CAQ, François Legault, a élargi l’écart le séparant du candidat du PQ en mettant la main sur 1453 votes de plus qu’en 2012. De son côté, le parti politique de François Legault a perdu 204 628 électeurs depuis 2012 (-17 %).

 

« Coup de tonnerre »

 

Les résultats du scrutin ont résonné comme un « coup de tonnerre » au sein de la famille péquiste. « [Les chiffres] parlent très fort », écrit Jean-François Lisée dans son blogue.

 

Il observe un « déplacement » du vote francophone du PQ vers le PLQ — « un signal extrêmement fort » —, mais qui a profité à la CAQ seulement dans la région métropolitaine. Cependant, « il y a eu un recul de la CAQ par rapport à 2012 », note-t-il. Le score enregistré par l’équipe Legault « signifie que, comme le PQ, la CAQ semble condamnée à un séjour structurel dans l’opposition », selon lui.

 

« Le coeur y était un peu moins »

 

Dans la région de Montréal, la CAQ a toutefois profité à la fois d’un transfert du vote francophone du PQ vers le PLQ, mais aussi d’une baisse notable du taux de participation de l’électorat péquiste. La campagne du PQ a incité plus d’un péquiste à demeurer à la maison, souligne Catherine Côté, qui est professeure agrégée à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Au sein de la famille péquiste, « le coeur y était un peu moins » pour exercer son droit de vote, estime-t-elle. « Le Parti québécois, avec la campagne qu’il a faite, a eu beaucoup de difficulté à rejoindre sa clientèle. »

 

« Je ne suis pas sûre qu’il y a eu un transfert de vote important du Parti québécois au Parti libéral. Ce n’est pas nécessairement les mêmes personnes qui un matin se lèvent comme ça [et changent de camp]. » Reste que la « peur du côté divisif d’un référendum, plus que la souveraineté elle-même » a permis à l’équipe de Philippe Couillard de faire le plein d’appuis. « [Les libéraux] ont fait une campagne de peur. Ça servait bien leurs intérêts parce qu’ils savaient que la clientèle qui est plus frileuse serait plus réceptive à leur message. »

 

La « loi d’inertie » profite à tous coups au PLQ, fait-elle remarquer. « Dans le doute, les gens indécis, discrets [se rallient] au Parti libéral. »

 

L’autopsie de la campagne électorale s’annonce longue.

14 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 10 avril 2014 05 h 07

    Tout vient à point à qui sait attendre...

    En effet, les diseurs de bonne aventure sont déchaînés! Le post-mortem de cette campagne est beaucoup plus éclairant que ce que nous dit une analyse partisane des résultats de cette dernière élection. Prenons un grand respir! Laissons nos vives émotions se décanter et nous serons surpris de l'envergure du constat que nous pouvons effectuer concernant l'importance de la propagande (sondages-bidon, commentateurs-trices biaisés-es, etc.), les stratégies politiques usées à la corde, et tutti quanti.
    Pour l'heur, contentons-nous de constater que monsieur Legault aime beaucoup s'entendre parler et que cela fonctionne encore et toujours, ce subterfuge, auprès d'un électorat qui a, bien sûr, le droit d'être berné.

  • Michel Drysdale - Inscrit 10 avril 2014 06 h 26

    Le 450 se reconnait dans la CAQ

    On croirait un copier-coller du blogue (de l'analyse) de Lysée. Ce que vous ne dites pas, suite aux immenses erreurs stratégiques Péquistes, c'est que la vague, le tsunami était enclenché vers les Libéraux dès le début de la campagne. Et que c'est un véritable exploit de la part de Legault, d'avoir pu garder le focus sur son plan de campagne et de ramener ses appuis, un à un, dans les derniers jours de la campagne. Imaginons une semaine de plus.
    Une fois le message [enfin] compris, les électeurs du 450 choisissaient en masse l'option Caquiste. Aussi un comté du 450 varie entre 48,000 et 60,000 électeurs. Ailleurs en région c'est souvent autour de 35,000. Mon vote vaut souvent 66% d'un vote ailleurs au Québec. Les électeurs du 450 sont les moins bien servis au niveau politique, ma région est bonne dernière au Québec concernant les soins de santé et nous sommes parmi les plus gros payeurs de taxes. Le message de la CAQ nous rejoint et j'espère que cette forte équipe de la CAQ du 450 nous représentera à notre valeur à Québec. Les Libéraux n'ont aucuns intérêts vers nous car nous ne votons jamais pour eux, et le PQ a toujours vu ma région avec ses lunettes de 514 méprisant la banlieue gâtée.

    • Olivier Veer - Inscrit 10 avril 2014 13 h 49

      Le 450 et le 418 sont les deux régions les plus fertiles pour la CAQ. Ce sont les deux région où l'ADQ a fait une vague en 2007. Je pense que votre région sera quand même gâtée puisque monsieur Couillard a dit vouloir travailler avec monsieur Legault. Donc, vous serez écoutés. Mais même à ça, le PLQ est présent dans toutes les régions, sauf la Côte-Nord. Donc, on n'aura pas de déclarations comme madame Marois qui a dit des gens de Bonaventure au sujet de la cimenterie:«Ils ont voté du bon bord.» Je crois que ça a été la dernière fois où on a assisté à ce discours Duplessiste.

  • Martin Pelletier - Inscrit 10 avril 2014 07 h 23

    Transfert du vote francophone du PQ vers le PLQ?

    Je ne crois pas du tout à cette théorie
    La comparaison avec la dernière élection est boiteuse puisque la CAQ avait eu 27% alors qu'en début de campagne la CAQ commencait à 15%
    Ce qui s'est passé c'est qu'en début de campagne il y a eu un transfert du vote caquiste au vote libéral (le poing en l'air) et qu'en fin de campagne il y a eu un transfert du vote péquiste au vote caquiste.

  • Pierre Samuel - Inscrit 10 avril 2014 07 h 45

    ...mais trois sièges de plus...

    Nonobstant le fait que la "vague caquiste" n'ait pas "déferlé", tout observateur peut constater qu'ils ont sérieusement "chauffé les fesses" du PQ en dépit du fait qu'ils aient obtenu moins de votes que lors de l'élection précédente, because la sempiternelle polarisation du vote "fédéralistes vs souverainistes" déliquescente depuis les résultats de lundi dernier...

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 10 avril 2014 08 h 14

    Autopsie

    !) Comme disait Vigneault hier au Devoir, la peur est efficace, ils ont réussi à faire peur.2) Comme disait Vigneault hier soir à Radio-Can., l'indépendance ce n'est pas si important que ça.
    - Suggestion: une pièce de théâtre pour occulter la peur en riant d'elle, en se servant entre autre de l'apport de Charlebois: À soir on fait peur du monde et des discours de PET, Charest, Couillard, Chrétien, etc.+ participation du public qui crie de peur en entendant: indépendance, incertitude, sieges sociaux, passeport, pensions, Rocheuses...2) faire la pédagogie ( prouver qu'on serait plus riches) et une prochaine élection sur l'indépendance, clairement. En cas de refus, Vigneault a raison. on passse à d'autre chose: être! et les soirées de sets carrés!