Couillard soutient ne pas connaître les libéraux visés par l'UPAC

Selon Jean-François Lisée, la «situation est intolérable pour la démocratie québécoise». Il s'est dit convaincu que «le juge, quelques journalistes, les avocats et Philippe Couillard» connaissent les noms des personnes visées par l'UPAC.
Photo: François Pesant -Le Devoir Selon Jean-François Lisée, la «situation est intolérable pour la démocratie québécoise». Il s'est dit convaincu que «le juge, quelques journalistes, les avocats et Philippe Couillard» connaissent les noms des personnes visées par l'UPAC.
De «l'esbroufe» et du «lançage de boue» de la part d'un parti qui se trouve dans un «état de désespoir total»: Philippe Couillard a réagi vivement samedi aux allégations du Parti québécois (PQ) voulant qu'il connaisse l'identité des personnes visées par la vaste enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) sur le financement illégal des libéraux sous Jean Charest.

«On n'a pas l'information, a répliqué Philippe Couillard en après-midi à Lévis. Soit [les péquistes] ne le savent pas, ce qui est déjà grave, soit ils font semblant de ne pas le savoir. C'est tout caviardé.»

Le caviardage a été fait par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a rappelé M. Couillard.«Il y a une cause en cour là-dessus», a-t-il dit, faisant allusion aux efforts des médias pour obtenir un maximum d'informations au sujet de ces perquisitions.

Or, le PQ est convaincu que M. Couillard connait l'identité des 11 personnes ciblées par l'UPAC. Deux ténors péquistes, les ministres sortants Jean-François Lisée et Pierre Duchesne, ont convoqué la presse, samedi après-midi, pour demander au chef libéral de dévoiler leurs noms.

En juillet dernier, l'UPAC a mené une perquisition à la permanence du Parti libéral, à Montréal, dans le cadre de son enquête sur un système de financement illégal, avec collusion à la clef. Au moins 11 personnes seraient impliquées dans ce stratagème. Elles sont soupçonnées d'avoir participé, pendant des années, à un système permettant à des entrepreneurs d'obtenir des contrats publics en échange de financement pour le PLQ.

Un consortium de médias — dont fait partie Le Devoir — possèdent depuis l'automne une copie lourdement caviardée des déclarations assermentées des policiers, utilisées en cour pour obtenir ce fameux mandat de perquisition.

Selon Jean-François Lisée, la «situation est intolérable pour la démocratie québécoise». Il s'est dit convaincu samedi que «le juge, quelques journalistes, les avocats et Philippe Couillard» connaissent les noms des personnes visées par l'UPAC.

Contrairement aux affirmations de M. Lisée, les journalistes en possession de ces documents ne connaissent pas l'identité des 11 cibles. Même en faisant tous les recoupements possibles, les documents sont trop censurés pour arriver à identifier qui que ce soit.

«Si c'était des bénévoles ou des gens sans importance, on suppose [que M. Couillard] aurait déjà donné ces noms pour que ce soit derrière lui, a soutenu Jean-François Lisée. C'est une épée de Damoclès au-dessus du Parti libéral qui plane depuis juillet.»

Dans un communiqué émis en fin de journée, le PQ pose une série de questions: «Est‑ce que d’anciens ministres libéraux sont visés? Est-ce que ces personnes font partie de l’équipe de Philippe Couillard? Est-ce qu’elles participent à la présente campagne électorale?».
 
Le PQ pense qu'il serait «étonnant que les avocats du PLQ n’aient pas informé le chef de la nature du mandat de perquisition et de l’identité des personnes visées par l’enquête. Il serait tout aussi étonnant que le chef du PLQ n’ait pas tout fait pour savoir qui sont ces personnes faisant l’objet d’une enquête criminelle.»
 
Pas d'interdit

Le Parti québécois mélange toutefois deux dossiers lorsqu'il soutient qu'une «ordonnance de non-publication[sur les documents] vise à protéger le Parti libéral». «Le chef libéral doit renoncer au bénéfice de cette protection», insiste la formation de Pauline Marois.

En effet, les documents judiciaires au sujet des 11 cibles de l'UPAC ne font pas l'objet d'une ordonnance de non-publication. Ils ont été remis aux médias, mais caviardés, l'automne dernier. Les médias ont pu publier les détails disponibles à ce moment.
;
D'autres documents relatifs aux perquisitions menée récemment au siège social de la firme de génie conseil Roche, et à la résidence de son ex président, Marc-Yvan Côté, sont cependant frappés d'une ordonnance de non-publication. En principe, cette ordonnance sera partiellement levée vendredi prochain.

Il faut savoir que lorsqu'un média demande la levée des scellées de certaines perquisitions, le juge remet d'abord un exemplaire des documents au DPCP. Celui-ci caviarde les passages qu'il veut garder secrets, de manière à protéger son enquête, les tiers innocents et les suspects mis en cause, qui bénéficient de la présomption d'innocence.

Les avocats des médias reçoivent ensuite les documents caviardés, qui sont généralement frappés d'une ordonnance de non-publication. Une date est alors fixée pour que les médias plaident en faveur de la levée de l'ordonnance. Dans le cas de la firme Roche et de M. Côté, ce débat aura lieu le 11 avril. Le débat se fera après les élections non pas en raison d'une manœuvre des avocats du PLQ, comme l'ont laissé entendre Jean-François Lisée et Pierre Duchesne, mais parce que le procureur de la Couronne était en vacances.

Il y aura un autre débat, le 14 avril, sur la possibilité de décaviarder un peu plus le mandat de perquisition au siège social du PLQ — celui qui touche les 11 personnes liées au parti.
Samedi, le PQ a évoqué pêle-mêle les «perquisitions effectuées au quartier général du Parti libéral, chez Roche, chez l’organisateur libéral Marc-Yvan Côté et à Shockbéton, l’entreprise du collecteur de fonds libéral Marc Bibeau». Or, chacun de ces dossiers est géré de façon isolée lorsque les avocats des médias présentent des requêtes. Les demandes pour faire lever les scellés sont traitées au cas par cas.

Pour Philippe Couillard, les allégations du Parti québécois montrent que «Pauline Marois continue d'utiliser la technique de salir pour se faire élire. C'est très regrettable, franchement, à ce stade [de la campagne] d'en être rendu là. Ça indique un certain désespoir», croit-il.

Avec Brian Myles

 
 

 

À voir en vidéo