Dépassé par les événements

L’arrivée de Janette Bertrand dans la campagne du PQ n’a pas eu le meilleur effet.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’arrivée de Janette Bertrand dans la campagne du PQ n’a pas eu le meilleur effet.

Même avec une victoire — courte, il va sans dire — lundi, Pauline Marois aura perdu son pari. Au moment du déclenchement des élections, le Parti québécois était favorisé par les sondages, en remontée constante depuis l’été dernier, et la chef péquiste coiffait Philippe Couillard au titre de la personne la plus apte à occuper la plus haute fonction. Son but, c’était de décrocher une majorité qui semblait à portée de la main.

 

Dès le premier jour, la campagne a connu un raté quand la chef péquiste a refusé de s’adresser aux journalistes, se contentant d’une déclaration qui devait être marquante mais qui est tombée à plat. Déjà, le camp péquiste était en mode rattrapage.

 

Le 9 mars, Pierre Karl Péladeau a fait irruption, le poing levé, se posant en Bolivar québécois, une apparition dont aurait été fier feu Pierre Falardeau et qui a fait saliver Jacques Parizeau. Ce n’était pas un discours improvisé : les mots avaient été pesés et Pauline Marois avait donné son imprimatur.

 

Euphoriques, les péquistes sont tombés dans le piège à ours tendu par les libéraux qui ne souhaitaient qu’une chose : propulser l’enjeu du référendum au centre de la campagne.

 

À partir de ce moment, le PQ était en porte à faux. La ritournelle de la campagne péquiste, reprise au début et à la fin des assemblées partisanes, qui n’était qu’un « boum-boum » martelé, et non pas une mélodie, reprenait le rythme du « On veut un pays » que les militants ont eu pourtant la consigne de ne plus scander.

 

Par la suite, ce fut l’esprit d’escalier qui a caractérisé le discours de Pauline Marois. Dans un premier temps, elle a affirmé qu’elle ne s’engageait ni à tenir un référendum, ni à ne pas en tenir. Comme cette position « entre deux chaises » n’était pas suffisante, elle a dû pousser le bouchon plus loin : « Il n’y aura pas de référendum, tant que les Québécois ne seront pas prêts. » Ensuite, elle en a rajouté une couche : « Ce n’est pas ma priorité. » Tout pour faire grincer des dents ses militants, ce qui peinait Pauline Marois. « L’enjeu de la campagne, c’est l’élection d’un gouvernement », a-t-elle répété à satiété.

 

D’entrée de jeu, la stratégie de communication du PQ était déficiente. On tablait sur le bilan du gouvernement Marois. On avait oublié une règle de base en politique : les électeurs ne votent pas pour ce qu’ils ont eu, mais pour ce qu’ils auront. Et les journalistes, devant ce flot d’engagements ressassés, se sont rabattus sur les à-côtés, les « side-shows ».

 

Bernard Drainville a tenté de souffler le ballon de la charte de la laïcité, un sujet dont une bonne partie de l’électorat semble avoir soupé. L’arrivée de Janette Bertrand dans la campagne n’a pas eu le meilleur effet quand elle a exprimé les craintes imaginaires que lui inspirent « des étudiants riches de McGill ». Les propos de Philippe Couillard sur le nécessaire bilinguisme des ouvriers d’usine ont toutefois permis au PQ de marquer des points avec la question identitaire.

 

De leur propre aveu, les stratèges péquistes ont été désarçonnés par la réaction allergique d’une majorité de Québécois à la seule évocation d’un référendum. « Nous sommes passés de surprise en surprise. On est sorti de notre plan de match », a confié l’un d’entre eux. Un constat d’échec. Reste que les péquistes fondent leurs espoirs sur leurs sondages internes qui s’améliorent et les mettent en avance de 11 points sur les libéraux chez les francophones. « Un point par jour et on gagne une majorité », tentait de se convaincre Pauline Marois, jeudi, devant ses militants.

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28 commentaires
  • Carole Jean - Inscrite 5 avril 2014 03 h 12

    Encore ici, on oublie trop facilement qui a été derrière la « campagne de peur ».


    Question : Qui a détourné cette élection pour en faire un « référendum sur le PQ » ?
    Réponse : C’est le Parti libéral de Philippe Couillard.

    Dès le début de la campagne, c’était la stratégie du PLQ et de ses alliés de transformer cette élection générale en un « référendum sur un futur référendum », et en faire une arme contre le Parti Québécois. Ce fut la stratégie de la polarisation contre le PQ.

    C’est lorsque M. Couillard a rencontré Stephen Harper et les chefs des partis fédéraux, et cela avant le déclenchement des élections, que cette stratégie machiavélique de la polarisation fut arrêtée.

    Le but était d’éclipser les vrais enjeux de l’élection tels la corruption libérale endémique ou le besoin d’encadrer les accommodements déraisonnables pour des motifs religieux ou culturels des nouveaux arrivants. Sur le terrain de la polarisation, les libéraux pouvaient espérer sortir gagnants car les sondages indiquaient que plus de 60% des électeurs craignaient un nouveau référendum de type constitutionnel. Il fallait donc faire peur à ce monde qui craignait un autre référendum.

    L’erreur du PQ de Mme Marois fut de ne pas avoir lu correctement l’humeur de l’électorat et d’être allés maladroitement renforcer la stratégie des libéraux par toutes sortes de déclarations inappropriées.

    Il est toujours possible, cependant, que les électrices et les électeurs se rendent compte qu’ils ont été manipulés par les libéraux et par M. Couillard et que le résultat de lundi reflète cette prise de conscience.

    • André Michaud - Inscrit 5 avril 2014 09 h 54

      Vous ne parlez pas de la charte qui est une vaste campagne de peur, puisque la seule étude sérieuse sur le sujet (Bouchard Taylor) a précisément démontrés qu'il n'y a absolument pas de menace...!!!

      La peur des femmes musulmanes est irraisonnée, mais la crainte que le PQ fasse un référendum si il est élu majoritairement est très réelle, car plus le PQ attend et moins il a de chances de gagner un référendum...la pression est forte sur Mme Marois.

    • Carole Dionne - Inscrite 5 avril 2014 11 h 47

      En parlant de peur,


      Ne parler pas seulement de la peur qui fait votre affaire. Pourquoi a-t-on sorti Jeannette Bertrand? Pour faire peur au québécois du danger danger de l'intégrisme religieux. Mais j'imagine qu'une peur comme celle-là est acceptable parce qu'elle fait votre affaire. D'ailleurs ce fût une grave erreur du PQ de sortir Jeannette Bertrand dans cette campagne. Ce n'est pas la CAQ ou le PLQ qui ont été la cherché pour le PQ.

      La peur

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 6 avril 2014 07 h 02

      Bien d'accord avec vous, madame Dionne, la structure et l'intention de la Charte ont été basées sur "la peur de l'autre", la peur de l'intégrisme musulman, la peur identitaire, la peur existentialiste...La peur de devoir accommoder..

      Le motto britanique s'applique bien ici:"Diviser pour reigner"..On n'a pas hésité à diviser la population dans un but électoraliste et le gouvernement péquiste va en payer le prix de son cynisme...

  • Marc Lacroix - Abonné 5 avril 2014 08 h 08

    L'art de se faire déculotter !

    Cette campagne électorale de 2014 va rester dans les annales comme l'exemple des gaffes à éviter pour gaspiller l'avantage qui existait au début de la campagne. Je comprends que Mme Marois ait voulu avoir un homme d'affaires de poids dans son camp, mais PKP est un homme de droite qui vient saper le moral des péquistes à tendance social-démocrate tout en permettant aux adversaires de ressortir l'épouvantail référendaire... alors que nous ne sommes qu'en campagne électorale, pas référendaire. Les invitations faites à l'UPAC et à Commission d'enquête Charbonneau de rester discrets pendant cette campagne sont aussi très maladroites. Le peuple québécois veut que la lumière soit faite et ceux qui peuvent ouvrir la lumière se font dire d'attendre, c'est à n'y rien comprendre. Mme Marois n'avait pas à intervenir dans les opérations de ces deux organismes... campagne électorale ou pas. En invitant à la discrétion, elle envoyait un message ambigu alors que la population veut savoir qui a fait des magouilles. Le Québec risque d'avoir un gouvernement majoritaire libéral et dans les semaines qui viennent nous risquons d'apprendre toutes sortes d'éléments qui auraient pu changer le cours du vote; il sera trop tard!

    • Jean Lapointe - Abonné 5 avril 2014 08 h 24

      A ce que je sache, c'est la juge Charbonneau elle-même qui a décidé de rester discrète pendant la campagne.

      C'était à elle que revenait la décision, pas à madame Marois, qui n'y pouvait rien parce que c'est à la Commission elle-même que revenait la responsabilité de prendre de telles décisions.

    • Claude Smith - Abonné 5 avril 2014 08 h 47

      Je n'ai jamais vu dans les médias que ce soit Mme. Marois qui ait demandé à la commission Charbonneau de suspendre ses travaux.
      En fait, cette décision, c'est uniquement la commission qui l'a prise.

      Claude Smith

    • Marc Lacroix - Abonné 5 avril 2014 17 h 22

      À M. Lapointe et M.Smith

      Après vérification, je crois que vous avez raison donc je retire la Commission Charbonneau de mon argumentaire.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 6 avril 2014 07 h 13

      M. Lacroix..Toutes les élections passées ont vu le PQ parler de se faire élire pour devenir un "Bon gouvernement" et non pas comme pseudo- vote référendaire, sachant qu'une fois au pouvoir il aurait tous les outils en main pour canaliser la population vers un référendum gagnant par des manoeuvres de chicanes avec le fédéral...
      Plus personne ne croit cette chanson...

      Si madame Marois n'avait pas déclenché ces élections, elle aurait dû se présenter avec Claude Blanchet devant commission d'enquête à l'A.N. Elle a refusé de dévoiler les avoirs de son couple...et pour cause!

  • François Dandurand - Inscrit 5 avril 2014 09 h 34

    et de ne pas faire une bonne lecture

    Je suis entièrement d'accord avec vous. J'ajouterais les interventions de Janette Bertrand qui ont dérapé, la fausse crise identitaire et l'incapacité de madame Marois de lire la situation sociale et d'entendre les besoins des Québécois. Avouons que c'est assez extraordinaire que de partir en avance dans les sondages et de se voir préférer le PLQ. Amère défaire pour le PQ mais peut-être période de rédemption à l'opposition.

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 5 avril 2014 17 h 57

      Mme Janette Bertrand voit plus loin que le bout de son nez.

      Certains pensent que Janette Bertrand a dérapé, qu’il y a une fausse crise identitaire. Les soit-disant bien-pensants disaient la même chose en France, en Angleterre et en Belgique il y a 10 ou 15 ans. Et maintenant ils sont aux prises avec l'islamisation et l'intégrisme religieux qui empoisonnent toute leur vie en société.

    • François Dandurand - Inscrit 5 avril 2014 19 h 40

      Monsieur Saint-Arnaud, il y a des décennies que le Québec a le contrôle sur son immigration. Je ne partage pas votre vision de l'empoisonnement de la France et de l'Angleterre. Certains Français vivent une crise identitaire grandement aggravée par l'exclusien des populations issues du Magrheb. Tant qu'à madame Bertrand, j'utiliserais l'argument usuel de monsieur Drainville: elle a exprimée son opinion comme tout autre citoyen. Sans plus.

  • Jean Lapointe - Abonné 5 avril 2014 09 h 34

    L'Histoire du Québec n'est pas finie.

    «Le 9 mars, Pierre Karl Péladeau a fait irruption, le poing levé, se posant en Bolivar québécois, une apparition dont aurait été fier feu Pierre Falardeau et qui a fait saliver Jacques Parizeau. Ce n’était pas un discours improvisé : les mots avaient été pesés et Pauline Marois avait donné son imprimatur.» (Robert Dutrisac)

    J'ai été au contraire très heureux d'entendre Pierre Karl Péladeau affirmer qu' il était souverainiste et qu'il voulait un pays pour ses enfants.

    Il a parlé avec son coeur, comme on dit chez les QS, et c'est tant mieux.

    On a compris que ce n'était pas de la frime et donc que c'était vrai. Et il y a de quoi s'en réjouir.

    Mais, ce n'est pas fini. Je le rappelle au cas où certains penseraient le contraire. Le combat, parce que combat il y a par nécessité, va se poursuivre même si par malheur nous nous retrouvons avec Couillard comme premier ministre, ce qui n'est pas encore fait.

    Et Pierre-Karl Péladeau va sûrement jouer un rôle important dans ce combat qui va se poursuivre.

    L’Histoire du Québec n’est pas finie même si elle risque de prendre un peu de retard.

  • Guy Desjardins - Inscrit 5 avril 2014 09 h 48

    PKP sera l'artisant de la défaite du PQ.

    Je crois que c'est de bonne augure que cela arrive, car les Québécois(es) sont tannés de se faire casser les oreilles par un référendum et séparation éventuelle. C'est tourner en rond car plus de 68% de la population ne veut de séparation, l'Article premier du programme des Péquistes Il y a d'autres choses à fouetter dans la vie que de se chicaner avec le Fédéral ou à l'intérieur d'un Parti. Le PQ a pécher par excès de confiance. M. Drainville et Mme Marois n'ont pas voulu régler la loi pour une charte. Il n'y avait qu'un petit pas à faire pour régler. M. Legault et Mme David voulaient que cela se fasse, contrairement aux Libéraux qui sont toujours évasifs. Mais le PQ avec le vent dans les voiles ont sous estimé l'appréciation des Québécois(es) que de déclencher des élections précipitées qui nous coûte de $ millions de sous, n'étaient bienvenues. Les Québécois(es) sont surtaxés et veulent une baisse de taxes et non à des augmentations pour la mauvaise gestion des deux vieux partis. Cela aurait pour but de les félicités pour nous avoir endettés pour des générations et avoir pelleter sur la carte de crédit de nos enfants les dettes accumulées sans avoir eu une petite idée qu'un jour il faut rembourser. Les Québécois(es) ne sont pas dupes et le 7 avril avec un (x) pour la CAQ serait de faire purger au purgatoire les deux vieux partis qui nous ont endettés et nous endettent d'année en année sans relache, sans se soucier de la capacité de payer de ses citoyens(es). Nous sommes les plus taxés du Canada et il faut que cela change. Lundi le 7 avril est la "BONNE JOURNÉE" pour se faire plaisir, il ne faut pas passer à côté car cela ne reviendra... plus. G.D.

    • François Dandurand - Inscrit 5 avril 2014 14 h 59

      Il n'y a qu'une seule responsable de la défaite du Parti Québecois: Pauline Marois. C'est elle le chef qui prend les décisions

    • Guy Desjardins - Inscrit 5 avril 2014 16 h 18

      Vous avez bien raison M. Dandurand et j'admire votre prise de position pour un vrai changement. GD.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 6 avril 2014 07 h 23

      Bien d'accord avec les deux messieurs ci-dessus!

      Madame Marois avait toutes les cartes gagnantes en main et a prêché par excès de confiance..Elle a mis ses cartes sur table et a révélé son agenda caché vers la mi-février..Le tournant négatif était déjà prévisible avant même le début des élections mais elle ne l'a pas remarqué..

      À ce titre, elle porte la totalité de la responsabilité des résultats de cette élection..