Temps forts, temps morts

Les quatre chefs de parti étaient réunis le jour du débat télévisé.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les quatre chefs de parti étaient réunis le jour du débat télévisé.

La campagne électorale 2014 restera celle de tous les coups bas, empruntant à la rhétorique belliqueuse des États-Unis en multipliant les publicités négatives et les attaques personnalisées, taillées sur mesure pour discréditer l’adversaire, plutôt que d’encourager le débat. Pour une dernière fois, Le Devoir fait un retour sur les hauts, et surtout les bas de ces 33 jours qui feront l’histoire du Québec avec un tout petit « h ».

La question de l’isoloir

Pour le PQ : seul un gouvernement péquiste peut se porter garant de l’intégrité des institutions et de l’identité québécoises. Êtes-vous prêts à remettre le renard libéral dans le poulailler après 18 mois de purgatoire à peine ?

Pour le PLQ : seul un gouvernement libéral se portera au chevet de l’économie québécoise et assurera la paix sociale. Voulez-vous vraiment d’un troisième référendum ?

Pour la CAQ : seul un gouvernement caquiste aura le courage de faire le ménage qui s’impose dans les finances publiques. Voulez-vous vraiment remettre aux commandes de l’économie les deux vieux partis responsables du marasme ?

Pour QS : seul un gouvernement solidaire peut réaliser la souveraineté par la gauche, dans un souci de répartir équitablement la richesse. Voulez-vous d’une gauche plus forte à l’Assemblée nationale pour faire contrepoids au néolibéralisme ?

Le tournant

Le poing levé de Pierre Karl Péladeau. Avant l’arrivée en scène du magnat de la presse, aveugle à toutes les notions de conflit d’intérêts posées par sa candidature, le PQ voguait sur les eaux calmes d’une majorité. L’image de l’homme d’affaires prospère, brandissant le poing pour son pays à naître, a fait dérailler le train péquiste.

Les citations de la campagne

« Mon adhésion au Parti québécois est une adhésion à mes valeurs les plus profondes et les plus intimes, c’est-à-dire faire du Québec un pays. » On ne pourra jamais reprocher à Pierre Karl Péladeau d’avoir manqué d’honnêteté intellectuelle. En sortant du placard souverainiste, il a dressé la table pour que le reste de la campagne porte sur le sempiternel débat entre fédéralistes et souverainistes. La hardiesse du soldat PKP a forcé Pauline Marois à parler le langage cryptique auquel nous ont habitués tous les chefs du PQ depuis 20 ans (à l’exception de Jacques Parizeau) en affirmant : « Il n’y aura pas de référendum… Tant que les Québécois ne seront pas prêts. »

Le moment de disgrâce

Janette Bertrand s’est lancée dans un nouveau projet : la peur avec un grand « X », comme dans xénophobie. Il faut bien décrire sa sortie contre le « grugeage » appréhendé des droits par des riches étudiants musulmans de McGill, ces voleurs de piscines, pour ce qu’elle est. C’est une manifestation d’hostilité, de peur et de rejet face à l’étranger, cet Autre qui menace l’équilibre d’une société à la recherche de ses repères. Le moment de disgrâce n’appartient cependant pas à Mme Bertrand, mais à Pauline Marois, car elle n’a pas été en mesure de prendre la hauteur attendue d’une chef d’État et de se dissocier, poliment mais fermement, de cette dérive.

Les enjeux perdus

La liste s’allonge de jour en jour. La justice, l’éducation supérieure, les conditions de vie des autochtones et la culture font figure d’enjeux négligés ou abordés de façon superficielle. Il a été beaucoup question de la protection de la langue française, surtout depuis la bourde monumentale de Philippe Couillard sur les vertus du bilinguisme au travail, lors du deuxième débat des chefs. Personne n’a abordé de front l’abc de la survie du fait français en Amérique. Au Québec, il y a présentement 800 000 personnes qui sont incapables de lire ces lignes. Et un Québécois sur deux est considéré comme un analphabète fonctionnel. L’enjeu n’est-il pas tout aussi important que la concurrence de l’anglais pour la vitalité de la culture québécoise ?

Le moment de grâce

La Coalition avenir Québec et Québec solidaire n’ont absolument rien en commun, si ce n’est que leurs chefs ont mené les campagnes les plus cohérentes d’un point de vue idéologique. François Legault et Françoise David ont connu un moment de grâce dans cette campagne, tout simplement parce qu’ils ont respecté l’esprit et la lettre de leur programme, au risque assumé de déplaire. L’un est un peu trop à droite et l’autre est un peu trop à gauche aux yeux de ce « centre mou » qui fait et défait des gouvernements. Dans l’attente d’un leader courageux, qui osera un jour introduire des éléments de représentation proportionnelle, la CAQ et Québec solidaire sont condamnés à des lendemains qui déchantent, et à une cruelle sous-représentation à l’Assemblée nationale.

Des questions qui tuent

Combien ? Combien d’ex-ministres, collecteurs de fonds, ingénieurs et entrepreneurs liés au PLQ (la seule formation qui a fait l’objet de perquisitions à ce jour) seront embarrassés par les travaux de la commission Charbonneau et la conclusion des enquêtes de l’UPAC ? Et quel sera le prix politique à payer pour Philippe Couillard ?

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4 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 5 avril 2014 01 h 24

    Quelle xénophobie?

    Certes Mme Bertrand, s'y est peut-être prit un peu maladroitement, mais je ne vois pas la de relents de xénophobie du tout! Elle essayait seulement de dire, qu'elle avait peur que les intrégristes et les religieux grugent partiellement nos acquis. Peut-être par peur de débordements éventuels d'accomodements déraisonnables? Ne lui mettez pas de mots dans la bouche qu'elle n'a pas dit M.Myles. Vous savez, il est tout à fait légitime de remette en question le multiculturalisme, et de le critiquer de temps à autre!

    Les opposants à la charte n'ont semble-t-il que ce mots la à la bouche ces temps-ci, faute d'arguments valables bien-sur. Bonne fin de campagne à tous quand même!

    • François Dandurand - Inscrit 5 avril 2014 17 h 03

      Maladroitement dites-vous? Elle a clairement exprimé son opinion. Elle refuserait de se faire soigner par une femme voilée et à peur des étrangers qui viendraient gruger ses doits. Tous ça pour un ÉVENTUEL débourdement qui n'a pas eu lieu. Préventivement nous grugerons sur les libertés individuelles des autres AU CAS où nos droits collectifs seraient ÉVENTUELLEMENT grugés. C'est ce qu'elle nous a dit.

  • Huguette Proulx - Abonnée 5 avril 2014 08 h 36

    Excellent

    Excellente et complète analyse..comme à votre habitude.

    Et grande déception du manque de hauteur de cette campagne et du manque de courage des électeurs..

  • Marie-Denise Côté - Inscrite 6 avril 2014 15 h 07

    Campagne de peur et de salissage.

    Les libéraux et certains(nes)analystes politiques ont travaillé très fort pour neutraliser le Parti Québécois.
    1) Ça commencé dès le début lorsque Mme Marois a présenté son nouveau candidat, PKP et que celui-ci a levé le bras pour dire qu'il était venu en politique pour bâtir un pays. Est-ce que cette phrase était si grave que cela? Certainement pas. Mais pour les libéraux,on avait-là le détail sur lequel il fallait s'acharner, ne pas lâcher prise.Alors est arrivée la campagne de peur. On avait trouvé le clou sur lequel il fallait cogner et l'enfoncer dans la tête des Québécois. Et les journalistes se sont mis à harceler Mme Marois, pendant des jours en lui posant toujours la même question: " Allez-vous faire un référendum?" Elle avait beau dire :" Il n'y en aura pas tant que les Québécois ne seront pas prêts? Il ya-t-il une réponse plus claire que cela? Mais non, ils continuaient à s'acharner,ça en était du harcèlement...
    2) Puis il y a eu toute la critique négative et dévastatrice à l'égard de PQ:
    de la part de Philippe Couillard lui-même et de son équipe;
    1) Je hais ce Parti, je le hais avec mes tripes.Au point "haine", y a-t-il quelque chose de plus fort que cela? Hair avec ses tripes...
    2) Son équipe de "pitbulls" est venue vomir sur le docteur Hébert. Gaétan Barrette l'a même traité de menteur à la télé.
    3) On a ridiculisé "la Charte de la Laicité" et par le fait même Bernard Drainville.Pourtant, c'est bien plus de 60% de Québécois qui en voulaient de cette charte. OÙ sont-ils toutes ces personnes qui appuyaient cette Charte de nos valeurs québécoises?
    Et ça fait drôle d'entendre Philippe Couillard s'offusquer et dire que les Québécois puniraient ceux qui traînaient les adversaires dans la boue. Eh bien s'ils le font tant mieux pcq pour traîner les adversaires dans la boue, les libéraux ont obtenu la médaille d'or, ils ont été des champions, c'est donc dire qu'ils seront pénalisés le 7 avril.
    3) Comme conclusion, j'ai détesté cette ca