Des étudiants anglophones passent à l’offensive

Samuel Harris est vice-président de l’Association étudiante de l’Université McGill, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Samuel Harris est vice-président de l’Association étudiante de l’Université McGill, à Montréal.

À moins d’une semaine des élections, de jeunes Anglo-Montréalais passent à l’offensive. Depuis deux semaines, ils seraient des dizaines à s’être fait refuser le droit de voter le 7 avril. Leur crime ? D’avoir parlé anglais, disent-ils. Devant l’urgence de la situation et l’étendue du phénomène, ils se tournent maintenant vers les tribunaux en déposant une demande d’injonction à l’endroit du Directeur général des élections.

 

Les personnes aptes à voter dont le nom ne figure pas sur la liste électorale ont jusqu’au 3 avril pour s’enregistrer auprès du directeur de scrutin de leur circonscription. Or, depuis quelques semaines, de nombreux jeunes adultes, principalement des étudiants des universités McGill et Concordia, peinent à convaincre le personnel électoral de leur octroyer le droit de vote. Et ce, même s’ils disposent de tous les documents requis par la loi et jurent qu’en plus d’être « résidents » de la province, ils ont bel et bien l’intention d’y demeurer pour les années à venir.

 

Méfiance

 

« On dirait que dès que les électeurs parlent anglais, ou dès qu’on détecte chez eux un accent anglais, il y a plus de soupçons, de méfiance », explique Samuel Harris, vice-président de l’Association étudiante de l’Université McGill. Sa fédération a reçu des dizaines d’appels et de courriels d’étudiants inquiets, affirmant avoir eu de la difficulté à inscrire leur nom sur la liste électorale. Et ce, alors que McGill, comme la plupart des universités québécoises, accueille jusqu’à jeudi un bureau de scrutin spécial afin d’encourager les jeunes à exercer leur droit de vote.

 

La question de la charte de la laïcité et l’éventualité d’un référendum sur la souveraineté ont poussé de nombreux étudiants à s’intéresser davantage à la politique provinciale, selon M. Harris. Un état de fait dont on devrait se réjouir, dit-il. La réponse du personnel électoral est pourtant tout autre. « Dans les cas où les gens vivent, travaillent et ont l’intention de rester ici, on ne comprend pas pourquoi on assume que c’est de la fraude, qu’il y a une volonté de “ voler ” l’élection », explique l’étudiant de 23 ans.

 

La voie des tribunaux

 

Mardi, cinq étudiants de McGill ont déposé une demande d’injonction en Cour supérieure à l’endroit du Directeur général des élections afin de le forcer à leur octroyer le droit de vote le 7 avril. Tous Canadiens, tous domiciliés au Québec depuis plus de six mois. L’un d’entre eux, Brendan Edge, est même candidat du Parti vert du Québec dans la circonscription de Chomedey.

 

Les étudiants sont représentés par l’avocat montréalais Julius Grey.

 

« Vos racines sont trop ancrées en Ontario », aurait-on indiqué à l’un d’eux.

 

Un autre, Matthew Satterthwaite, s’est fait dire au téléphone que les documents en sa possession permettraient d’attester de son admissibilité. Une fois rendu sur place, rien n’allait plus. L’étudiant s’était exprimé en français au téléphone, mais en anglais en personne. « Je crois que si je m’étais présenté en tant que francophone au moment de l’enregistrement, mes documents auraient été acceptés et j’aurais pu voter aux élections », assure-t-il dans les documents déposés devant la Cour.

 

Pour Caroline Bourbonnière, une vice-présidente de la fédération étudiante de l’Université Concordia, il s’agit ni plus ni moins de tactiques de suppression des électeurs. « Nous ne disons pas que le DGEQ est biaisé, mais il y a certains employés qui traitent les étudiants hors Québec de manière différente que les autres. Ce sont des cas de discrimination. On souhaite que le DGEQ fasse enquête. »


***
 

Des conditions à remplir pour voter

Pour voter le 7 avril, il faut être inscrit sur la liste électorale, être un citoyen canadien âgé d’au moins 18 ans et, surtout, être « domicilié » au Québec depuis six mois.

Plus qu’une résidence, le domicile est « une question de droit qui se manifeste par une intention » démontrée par des « comportements concrets », selon le DGEQ. Une personne doit prouver qu’elle a l’intention de s’établir durablement au Québec pour voter. Le Québec serait la seule province à distinguer le domicile de la résidence, semble-t-il.

95 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 2 avril 2014 00 h 41

    Fait-il exprès..

    On dit que l'etudiant s'etait exprime en francais au telephone mais en anglais en personne,ca ne demontre pas une volonte de sa part de s'installer au Quebec.Et s'il peut s'exprimer en francais,a t-il fait expres?
    De plus,personnellement,je trouve que ce droit de voter accorder aux etudiants qui resident,plus ou moins, au Quebec depuis 6 mois est illogique.On sait bien que ces etudiants ont comme residence vraiment permanente non le Quebec mais d'ou ils viennent et qu'ils y retournent pour leurs vacances et a la fin de leurs etudes.Surtout s'ils ne parlent pas francais..

    • Donald Tremblay - Inscrit 2 avril 2014 07 h 29

      et vous ne voulez pas d'eux après??? Vous ne voulez pas les inviter à rester ces futurs diplômé universitaire??

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 2 avril 2014 08 h 06

      Mme Derome, il y a tout de même une autre possbilité: et si celui qui parlait au téléphone n'était pas celui qui va voter et ne connaît du français que oui et non?

      Tout est possible en ce bas monde, et quant à l'autre...

    • Robert Filiatrault - Inscrit 2 avril 2014 08 h 21

      Ils viennent étudier ici sur notre bras parce que c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup moins dispendieux......

    • Léandre Nadeau - Inscrit 2 avril 2014 08 h 56

      J'espère que le DGEQ va défendre vigoureusement les critères habituels de la loi électorale contre les assauts de Julius Grey, le fossoyeur de la loi 101. Les "on dirait que" du V-P de l'Association étudiante de McGill ou les accusations de discrimination de la V-P étudiante de Concordia ne m'impressionnent pas du tout. Je veux des preuves que la loi électorale est respectée. Si les étudiants concernés ne paient pas leurs impôts au Québec. Non merci. "No representation without taxation" suggère le célèbre principe anglais.

    • Vincent Beaucher - Abonné 2 avril 2014 10 h 00

      @Léandre Nadeau

      Les étudiants disent que la loi électorale n'est pas respectée, alors, comme vous, ils veulent qu'elle le soit!

      Et la citation, c'est «No taxation without representation»...

    • Normand Béland - Abonné 2 avril 2014 10 h 46

      M. Beaucher,

      Je suis plutôt certain que l'inversion de la citation était volontaire, puisque M. Nadeau parlait bien du fait que pour avoir le droit de représentation, un potentiel électeur devait payer ses taxes au Québec. Il s'agit donc bien de «No representation without taxation».

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 2 avril 2014 12 h 14

      Et si c'étaient des étudiants québécois qui s'étaient fait refuser le droit de vote en Ontario car ils s’étaient exprimé En français???

  • Mario Leroux - Inscrit 2 avril 2014 01 h 00

    Triste à lire

    Qu°on laisse donc à ces futurs diplômés d°universités de renom,le droit de voter lorsqu°ils rencontrent les critères d°admissibilité;sinon c°est inadmissible!

    • Patrick Lépine - Inscrit 2 avril 2014 09 h 45

      Il est connu que les clientèles de ces deux universités sont majoritairement étrangères, pourquoi leur donner un statut qu'ils n'ont pas?

      Ce n'est pas parce que la loi est faillible qu'il est automatiquement permi d'utiliser ces failles. Surtout lorsque les principales personnes lésées ne sont pas les gouvernements, mais la population. Vous souhaitez que des québécois aillent bloquer les entrées de ces universités?

  • Carole Jean - Inscrite 2 avril 2014 01 h 42

    Une élection 2014 tout à fait particulière.


    Décidément, il se passe des choses dans cette élection qu’on n’avait jamais vues auparavant. Soudainement, des étudiants étrangers de passage au Québec pour des études jurent que le Québec est le meilleur endroit au monde pour faire carrière et que cet amour pour le Québec les fera choisir une résidence permanente ici.

    Pour ces étudiants provenant d’autres provinces, de villes comme Toronto, London ou Waterloo, et qui pour la plupart y retournent pour l’été, le Québec n’est plus cet endroit que l’on aime dénigrer comme non respectueux de « leurs valeurs », mais l’endroit rêvé.

    Quand on sait le très haut pourcentage de finissants de l’Université McGill qui ne s’établissent jamais au Québec, cela est fort suspect. Par exemple, le magazine Macleans révélait en 2009 que 52 pourcent de tous les finissants en médecine de l’Université McGill, (y compris évidemment les étudiants originaires du Québec), pratiquaient à l’extérieur du Québec, ce qui signifie que la proportion des étudiants étrangers qui retournent dans leur province d’origine après leurs études doit approcher 100 pourcent. (Pour référence, il y a presque le tiers des étudiants de McGill en médecine qui sont des Québécois francophones, soit 31.6 pourcent.)

    La loi dit bien que pour qu’un étudiant d’une autre province ait un « domicile » permanent au Québec, il doit démontrer son intention de rester à long terme au Québec, ce qui est difficile à faire car la plupart d’entre eux retournent dans leur province d’origine l’été après leurs examens.

    Mais cela, j’en suis sure, ne dérange guère l’avocat anglophone Julius Grey, originaire de la Pologne, que des étudiants étrangers viennent fausser le résultat des élections dans un certain nombre de comtés au Québec. Julius Grey ne rate jamais une occasion de mettre ses grands talents à miner le Québec francophone. Cela semble être un réflexe naturel chez lui. On souhaiterait qu’il prenne une retraite bien méritée.
    http://www.maclean

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 2 avril 2014 10 h 51

      "L'avocat anglophone Julius Grey" Vous auriez pu au moins écrire l'avocat bilingue, car il parle peut-être mieux le français que vous et moi. Pour l'avoir entendu à une émission sur Télé-QUébec qui traitair de religion, je sais que cet homme est loin d'être un dogmatique, et disons pour qu'on se comprenne bien, qu'un avocat qui défend un assassin n'en est pas un pour autant.

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 2 avril 2014 12 h 28

      J ai lu plusieurs de vos commentaires qui sont très articulés d'ailleurs mais laissez-moi vous prévenir que votre attitude est très britannique. Vous semblez réticente à tout ce qui n est pas québécois francophone et permettez-moi de souligner qu'il y a des peuples forts distincts qui sont nos e gaux, qu'il faut rester ouvert aux autres pratiques issues du monde, que les canadiens sont des compatriotes très accueillants, je sais de quoi je cause, et que l'anglais est une langue qui permet à toute nation en ce moment pour communiquer entre elles et non une menace qui plane sur nos têtes. Et vous ne me dirai pas que le français n'est pas une préoccupation pour moi, je suis une québécoise pure laine et j'ai mon bac en lettres françaises. Ma langue je la vénère mais je suis aussi très fière d'en parler trois autres dont l'anglais. S!ils sont citoyens, même si ce n'estpas ad vitamine alternat je crois que ces jeûneront droit de participer au scrutin.

    • Carole Jean - Inscrite 2 avril 2014 13 h 36

      @ Mme Massicotte,

      J’ai peine à suivre la logique de votre commentaire. Le fait que je sois moi-même bilingue ne signifie nullement que je ne sois pas francophone. De même, le fait pour M. Grey de parler français n’enlève rien à son statut d’anglophone.
      Quant à son côté dogmatique, on en reparlera. À ce que je sache, c’est lui qui a proposé ses services aux étudiants ontariens. Sera-t-il rémunéré et par qui ?
      Comme vous le voyez, cette intervention de M. Grey dans la campagne électorale a plusieurs facettes.

  • Pierre Labelle - Inscrit 2 avril 2014 04 h 08

    J'ai presque envie de pleurer.

    À les écouter se plaindre ainsi, on croirait ce peuple opprimé, ses droits bafoués et puis quoi encore... Et une bonne francophone vient à leur rescousse, elle accuse, sans preuve je le signale, certains employés de traiter les étudiants hors Québec de manière différente que les autres. "Tactique de suppression des électeurs" nous dit-elle, encore une fois je reconnais moi un langage à saveur dominant. Injonction, Julius et compagnie, décidément, cette mer qui nous sépare s'élargie tous les jours.

    • François Dionne - Inscrit 2 avril 2014 08 h 01

      En effet, elle s'élargit et pas seulement entre anglophones et francophones. Les Québécois francophones sont une majorité qui se prennent encore pour une minorité : une telle mentalité est toujours dangereuse, et on le voit ici. Les anglophones sont une minorité au Québec, et vous vous moquez carrément d'eux.

    • Real Melancon - Inscrit 2 avril 2014 08 h 34

      C'est parce qu'ils suivent les règles, et qu'on leur dit qu'il ne peuvent pas voter. Si les règles sont injustes, qu'on les change, mais ne blâmez pas les étudiants de vouloir exercer leur droit de vote.

    • Lise Boivin - Abonnée 2 avril 2014 10 h 02

      Est-ce qu'ils vont voter en Ontario aux prochaines élections ? Et au fédéral ?

      Mais il faut les excuser, on nous a tellement traités de xénophobes qu'on finit par prendre les Canadiens anglais pour des étrangers...

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 avril 2014 10 h 40

      «Les Québécois francophones sont une majorité qui se prennent encore pour une minorité»
      Quoi? Le Québec serait-il devenu indépendant durant la nuit?

  • Jacques Moreau - Inscrit 2 avril 2014 05 h 05

    Un cas d'anglophobie?

    Est-ce à dire que le payeur de taxe résident au Québec mais n'ayant pas l'intention d'y rester, est effectivement domicilié en Alberta, par exemple? Et ne pas avoir à faire 2 déclaration de revenue. Ou est-ce un autre "vaguerie" de la langue française? Je peux comprendre qu'un québecois, soit "résident" s'il loge dans un autre pays, dont il n'a pas la nationalité, mais son "domicile" pourrait être dans cet autre pays, pour des années, et il maintiendrait sa nationalité de canadien, avec droit de vote. Est-ce que si ces étudiants étaient francophones, mais originaire de l'extérieur du Québec, auraient autant de problème à se faire enregistrer comme électeur?

    • Claude Lachance - Inscrite 2 avril 2014 08 h 09

      Cette ruée vers le droit de vote me semble suspecte, et me laisse à croire que sans la Charte ils resteraient dans le lit d'indifférence, et de mépris, auquel on est habitué, pour les choses du Québec. Ce ne sont pas ces jeunes (sic) que l'on entend le plus fort pour défendre les intérêts du Québec dans ce vaste Canada ,Pour ce qui est des taxes, les québécois paient largement au reste du Canada sans pouvoir éxiger d'aller voter en Ontario ou en alberta.

    • Loraine King - Abonnée 2 avril 2014 08 h 21

      "Est-ce que si ces étudiants étaient francophones, mais originaire de l'extérieur du Québec, auraient autant de problème à se faire enregistrer comme électeur?"

      Le cas de Madame Maltais démontre qu'une personne originaire d'un pays francophone, et de race blanche, n'a jamais eu à faire face à des préjugés quand elle s'est présentée pour voter.

      On me dira que Madame Maltais avait des remords, qu'elle a démissionné, mais ce n'est pas le point : la loi ne devrait pas donner aux scrutateurs le champs libre pour exercer leurs préjugés.