Janette Bertrand vilipende les «intégristes»

C’est la seconde fois en autant de jours que Janette Bertrand fait publiquement campagne pour les péquistes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir C’est la seconde fois en autant de jours que Janette Bertrand fait publiquement campagne pour les péquistes.

La chef péquiste Pauline Marois n’a pas cherché à se distancier des propos tenus par Janette Bertrand, selon qui les «intégristes» mettent «en danger» la société québécoise en «grugeant» certains droits qui mettent en péril l’égalité homme-femme.

Les commentaires de l’auteure et militante âgée de 89 ans, qui était l’invitée de marque d’un «Brunch pour la laïcité», dimanche matin, ont eu l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux et ravivé le débat sur le controversé projet de charte du Parti québécois (PQ), à environ une semaine du scrutin.


Pour illustrer l’urgence de procéder à l’adoption du projet de loi 60, la cofondatrice du mouvement «Les Janette» y est ainsi allée d’un exemple fictif, mais tout de même inspiré, a-t-elle ajouté, de son vécu à titre d’adepte de la baignade et de gymnastique aquatique.


Imaginons, a-t-elle dit, que «deux hommes» débarquent à la piscine de l’édifice à logements où elle habite, à Montréal, et que la vue de femmes dans l’eau leur déplaît.

«Bon, imaginons qu’ils partent, qu’ils vont voir le propriétaire, qui est très heureux d’avoir beaucoup de, de... c’est les étudiants de [l’université] McGill riches qui sont là, et puis, ils demandent ’Bon, on va avoir une journée’, bon, alors ils payent», a suggéré Mme Bertrand.


«Et là dans quelques mois, c’est eux qui ont la piscine tout le temps. Ben c’est ça, le ’grugeage’, c’est ça dont on a peur et c’est ça qui va arriver s’il n’y a pas de charte», a-t-elle prévenu.

Janette Bertrand, qui faisait campagne avec le PQ pour une seconde journée consécutive, a expliqué qu’elle avait ressenti l’urgence de faire entendre sa voix après avoir visionné le débat des chefs diffusé sur les ondes de TVA jeudi soir.


«Je me suis dit ça n’a pas de sens, ça n’a pas de sens! La charte risque de ne pas passer», s’est-elle exclamée dans le restaurant de la circonscription de Mille-Îles, que convoite l’essayiste Djemila Benhabib, l’une des plus ardentes pourfendeuses de l’intégrisme religieux.

Pauline Marois «très fière»


Invitée à commenter la sortie de Mme Bertrand lors d’un point de presse à Montréal, quelques heures plus tard, Pauline Marois s’est contentée de mentionner qu’elle était «très fière» d’avoir l’appui de cette «femme qui a fait beaucoup pour l’égalité entre les hommes et les femmes».


La chef péquiste s’est par ailleurs défendue de vouloir mener une campagne de peur, comme elle accuse régulièrement son adversaire libéral de le faire en brandissant ad nauseam le spectre d’un référendum.


Et même si Mme Marois a dit ne pas constater de menace intégriste imminente au Québec, elle n’en démord pas: la charte — la mouture péquiste, et non celle que propose les caquistes — deviendra un véritable «rempart contre l’intégrisme».

«À ce moment, nous ne le sentons pas de façon significative [l’intégrisme]. Mais ce n’est pas parce qu’on ne le sent pas de façon significative qu’on ne doit pas faire de prévention», a-t-elle plaidé.


Il reste que dans sa forme actuelle, la charte ne s’applique pas au secteur privé. Mme Bertrand a-t-elle erré en imaginant une bouée de sauvetage qui n’existerait même pas?


Selon la première ministre sortante, Pauline Marois, «la charte va donner des balises au gouvernement et «concerne évidemment le secteur public», mais «cela pourra inspirer le secteur privé».


Elle en a profité pour accuser son adversaire libéral Philippe Couillard d’avoir une position floue sur la laïcité et dénoncé les propos de la députée sortante et candidate dans Hull, la libérale Maryse Gaudreault. Cette dernière a déclaré vendredi qu’une policière pourrait porter le hijab sous un gouvernement libéral.

Les canons de la laïcité

Janette Bertrand était l’un des gros canons identitaires déployés par Pauline Marois à Laval, alors même que débutait au Québec le vote par anticipation, dimanche.

La première ministre sortante espère ainsi faire le plein de votes et damer le pion à son adversaire libéral, Philippe Couillard, qui lui a fourni des munitions avec des propos controversés sur la langue de travail, mais aussi en raison de sa position floue dans le dossier de la laïcité.


Le député qui pilote la charte, Bernard Drainville, était aussi de la partie, et a de nouveau menacé que sans un PQ majoritaire, il fallait oublier la charte.


Il a établi un parallèle entre la décision prise par les Québécois il y a 40 ans de «se donner une langue» à celle que l’on devrait prendre lors du scrutin du 7 avril avec la charte.

 

 

 

 

 

 


À l’époque, les René Lévesque et Camille Laurin «voyaient bien qu’on était une société de plus en plus multiethnique» et ont jugé sage de «trouver une façon, un langage, un moyen de se parler», a fait valoir M. Drainville.


La charte de la laïcité représente ainsi un «prolongement» de la loi 101: «Dans le fond, la charte de la laïcité, c’est la loi 101 des valeurs», s’est-il enthousiasmé.


La caravane du Parti québécois a fait campagne dans la région montréalaise dimanche. Après un saut à Laval, elle s’est arrêtée dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques.


Djemila Benhabib, candidate malheureuse dans Trois-Rivières en 2012, brigue la première, tandis que Daniel Breton espère remporter la victoire pour une seconde fois dans l’autre.

La journée s’est terminée relativement tôt, soit vers 15 h. En soirée, aucune activité n’est prévue. On verra toutefois la leader péquiste au petit écran, puisque l’émission Tout le monde en parle à laquelle Pauline Marois et son adversaire libéral Philippe Couillard ont participé mercredi, sera diffusée à 20 h.
 

Par Mélanie Marquis

À voir en vidéo