Le PQ instaurerait une épreuve uniforme de français dans les cégeps anglophones

Jean-François Lisée dit n'avoir jamais été aussi <em>«pessimiste»</em> quant à la tenue prochaine d'un référendum sur la souveraineté du Québec.
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir Jean-François Lisée dit n'avoir jamais été aussi «pessimiste» quant à la tenue prochaine d'un référendum sur la souveraineté du Québec.
S'ils sont reportés au pouvoir, les péquistes comptent instaurer une épreuve uniforme de français dans les cégeps anglophones dont la réussite sera obligatoire pour l'obtention d'un diplôme d'études collégiales (DEC).

Les troupes de Pauline Marois souhaitent ainsi contribuer au rehaussement du niveau de maîtrise de la langue de Molière chez les étudiants qui fréquentent le réseau collégial anglophone du Québec.

On avait d'abord laissé entendre, du côté du Parti québécois (PQ), vendredi matin, que l'atteinte de cet objectif passerait par l'ajout de cours obligatoires dans le curriculum collégial anglophone.

«Nous croyons que les jeunes qui sont dans les cégeps anglophones doivent avoir la possibilité et l'obligation d'apprendre le français pour être capables de le maîtriser», avait indiqué la leader péquiste en conférence de presse en matinée dans une école montréalaise.

Or, il s'avère que le cursus scolaire collégial anglophone compte déjà deux cours de français imposés. Les stratèges ont donc rajusté le tir en milieu d'après-midi et précisé que le plan était plutôt de mettre sur pied une épreuve uniforme obligatoire.

Mais qu'il s'agisse d'un examen, de cours ou de soutien linguistique, le but demeure le même: le PQ veut éviter un «déversoir vers les cégeps anglophones au nom du fait de ne pas pouvoir apprendre» une langue, a spécifié Diane De Courcy, qui pilotait le projet de loi 14 sur la modification de la Charte de la langue française.

Celui-ci a pris le chemin des poubelles, faute d'appui des partis d'opposition à l'Assemblée nationale. Le Parti québécois s'est engagé vendredi à revenir à la charge avec une nouvelle mouture du projet de loi, qui serait suivi d'un autre portant notamment sur les écoles passerelles.

Du côté des entreprises, les péquistes comptent resserrer la vis: les compagnies qui inscrivent la maîtrise de l'anglais comme critère d'embauche devraient prouver que cette aptitude est «nécessaire», a précisé Mme Marois.

«C'est une action que nous voulons mener avec la Charte (de la langue française), à savoir qu'on devra faire la preuve que la personne doit être bilingue. Sinon, on n'aura pas le droit de demander à des personnes le bilinguisme pour avoir accès à un emploi», a-t-elle martelé.

Couillard critiqué

Cette annonce sur la langue tombait à point nommé pour la leader péquiste, au lendemain d'une joute oratoire où son rival libéral, Philippe Couillard, a été vertement critiqué en raison d'une déclaration sur la maîtrise de la langue anglaise en milieu de travail.

Pauline Marois ne s'est évidemment pas fait prier pour en remettre une couche.

«Philippe Couillard pense que les Québécois devraient moins se distinguer. Le chef d'un parti qui aspire à diriger la seule nation francophone d'Amérique du Nord voudrait qu'on mette de côté ce qui nous distingue. (...) C'est sidérant», a-t-elle suggéré.

Selon la chef péquiste, la langue française est en recul, en particulier dans la région montréalaise, et la faute en incombe aux libéraux.

Référendum: le PQ s'ajuste

Les péquistes semblent vouloir faire oublier l'épouvantail référendaire qu'agite le chef libéral Philippe Couillard depuis le début de la campagne. Après Pauline Marois, jeudi soir, c'était au tour de Jean-François Lisée de faire une sortie sur le sujet, vendredi matin.

Les Québécois ont une «grande crainte» d'un troisième échec référendaire et hésitent pour cette raison à se lancer de nouveau dans l'aventure, estime M. Lisée, qui dit n'avoir jamais été aussi «pessimiste» quant à la tenue prochaine d'un référendum sur la souveraineté du Québec.

«Là, on le voit bien qu'ils ne sont pas prêts. Puis franchement, moi j'ai toujours été optimiste sur la souveraineté, vous savez. J'ai rarement été aussi pessimiste que maintenant», a laissé tomber le candidat péquiste de Rosemont, qui participait à une annonce sur la langue.

«J'ai été très frappé du signal qui a été envoyé par les Québécois au début de cette campagne. Très frappé. Je suis pessimiste sur la possibilité d'avoir un référendum dans ce premier mandat», a ajouté M. Lisée.

La veille, au terme du débat électoral, Pauline Marois avait affirmé qu'«à ce moment-ci» elle était «bien consciente» que les Québécois ne voulaient pas d'un référendum.

«Et s'ils n'en veulent pas, je vais être capable de les écouter», a-t-elle assuré lors de la période de questions.

Pas de préparation chez le DGEQ

La question référendaire a fait les manchettes à un tout autre niveau vendredi, plaçant même le bureau du Directeur général des élections du Québec (DGÉQ) dans une position embarrassante. Son directeur général, Jacques Drouin, a dû corriger le tir et contredire son porte-parole, Denis Dion. Ce dernier avait affirmé au journal Le Soleil qu'advenant l'élection d'un gouvernement péquiste majoritaire, le DGÉQ entamerait aussitôt des préparatifs en vue de la tenue d'un référendum sur la souveraineté.

M. Drouin a qualifié ces propos de «regrettables». Il n'a «jamais été question au DGÉQ, d'aucune façon, de se préparer à tenir un référendum dans un avenir imaginable et selon quelque échéancier que ce soit», a-t-il indiqué.

Le DGÉQ a ajouté que, de toute façon, la Loi sur la consultation populaire devrait d'abord être mise à jour, avant d'entreprendre quelque préparatif que ce soit.

Couillard sous pression

Pointé du doigt la veille par ses rivaux, lors du débat télévisé des chefs, tant sur ses positions quant au bilinguisme en milieu de travail, ses relations passées avec le Dr Arthur Porter que son compte bancaire dans un paradis fiscal dans les années 90, le chef libéral Philippe Couillard a du justifier et expliquer ses décisions passées, vendredi, alors qu'il souhaitait parler plutôt d'accès à la propriété.

À Blainville, il a dit que sa position sur la loi 101 n'avait pas changé. À propos de son séjour de quatre ans en Arabie saoudite et de son choix, à l'époque, de placer son argent dans un paradis fiscal à Jersey, sans payer un sou d'impôt, il a dit que c'était non seulement légal, mais légitime.

Legault optimiste

Ragaillardi par sa performance de la veille au débat des chefs, saluée par plusieurs observateurs, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s'est montré optimiste, au point de pouvoir à nouveau espérer former un gouvernement le 7 avril, malgré des sondages qui le placent au troisième rang.

Lors d'une allocution devant les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, en matinée, il a dit que le temps était venu de «sortir de la paralysie des dernières années» et de «l'alternance entre les deux vieux partis».

Il a réclamé de Philippe Couillard qu'il rende publics les états financiers de l'entreprise qu'il détenait avec Arthur Porter, l'ancien directeur du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Le leader libéral n'a pas acquiescé à la requête de M. Legault. En lieu et place, M. Couillard a plutôt dévoilé un avis juridique afin de prouver que son entreprise avec le docteur Porter n'a jamais été opérationnelle.

Un document de trois pages de la firme Gowlings, daté du 25 octobre 2012, reconnaît que la «Société a été constituée mais qu'elle n'a pas été valablement organisée» et qu'elle n'a pas été immatriculée au Québec sous la Loi sur la publicité légale des entreprises.

Gowlings affirme également qu'il n'y a pas eu d'assemblée annuelle des actionnaires, d'après le rapport déposé auprès des autorités fédérales en 2011. La société a ainsi été dissoute le 4 octobre 2012, au lendemain de l'arrivée de M. Couillard dans la course à la direction du PLQ.

Par ailleurs, la chef péquiste Pauline Marois a affirmé vendredi matin que si son époux, Claude Blanchet, ne faisait pas campagne à ses côtés, c'était pour une seule raison: arpenter en son nom sa circonscription de Charlevoix-Côte-de-Beaupré, où elle n'est allée qu'une seule fois depuis le début de la campagne.
 

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