Temps forts, temps morts

Le deuxième et dernier débat des chefs, sur le mode face-à-face, a donné lieu de singulières alliances entre François Legault et Françoise David, et un tir groupé sur l’homme à abattre selon les plus récents sondages : Philippe Couillard. Retour sur les hauts et les bas de cet affrontement poli.

La question de l’isoloir

Intégrité ou référendum ? Pauline Marois et François Legault ont agité le spectre d’un gouvernement libéral majoritaire, avec le risque de replonger dans les scandales éthiques puisque la formation a fait un ménage bien superficiel dans ses rangs depuis le départ de Jean Charest. À l’inverse, Philippe Couillard a ignoré la CAQ et Québec solidaire pour marteler son unique message : lui seul peut empêcher le PQ de s’amuser avec des casiers à homards référendesques.

La question qui tue

François Legault a mené la charge la plus efficace contre Philippe Couillard sur ses liens d’affaires passés avec le Dr Arthur Porter, aujourd’hui accusé de fraude pour le fiasco du CUSM. Les deux hommes avaient incorporé une compagnie ensemble pendant deux ans. Une coquille dormante, a dit M. Couillard. Oui, mais il devait bien y avoir un plan d’affaires ? Quelle était sa teneur ? a demandé le chef caquiste. M. Couillard est demeuré sans voix.

Les enjeux perdus

Montréal. Un mot tabou. Le statut de la métropole, son désir légitime d’autonomie et la nécessité de libérer la métropole du carcan de l’impôt foncier ont généré moins de débats et d’intérêt que la souveraineté alimentaire… un enjeu lui-même évacué en 10 secondes. Mis à part une incursion sur le poids des régimes de retraite dans les finances municipales, il ne s’est pris aucun engagement tangible pour assurer l’essor du poumon économique du Québec.

Citations marquantes

« Nous avons fait reculer la corruption et nous avons fait avancer l’intégrité », a dit Pauline Marois. Au cours des derniers jours, le PQ a recentré sa campagne sur les dérives éthiques des libéraux. Le PLQ a fait peur aux électeurs avec la perspective d’un référendum. Le PQ agite les fantômes pas si lointains de la corruption. C’est le retour à la stratégie de 2012, en dernier recours puisque la campagne de Pauline Marois ne va pas comme prévu.

« Vous n’en parlez pas, du pays. Vous ne faites pas rêver le Québec », a dit Françoise David à Pauline Marois, en campant dans le rôle de la souverainiste déterminée, tandis que son adversaire s’est enfermée dans sa réponse à trois petits points. Pas de référendum… tant que les Québécois ne seront pas prêts, a répété la chef péquiste.

Les phrases assassines

Les candidats ont toujours quelques petits crochets de la gauche ou de la droite à s’asséner, l’équivalent de tapes sur la gueule verbales. Des exemples ? « Avec vous, c’est les copains d’abord », a dit François Legault à Pauline Marois, sur les nominations partisanes. « Gardez le contact avec la réalité », a lancé Philippe Couillard à Mme Marois, en déplorant les accusations par association avec le Dr Arthur Porter. « Vous parlez de ménage, ça finit par un saccage dans les finances publiques », a aussi lancé le chef libéral à M. Legault. Au moment de mettre sous presse, Françoise David cherchait toujours le mode d’emploi de ses gants de boxe.

Coup d’épée dans l’eau

Françoise David a exprimé des malaises et interrogations partagés par bien des souverainistes au Québec. François Legault était l’homme le plus pressé de faire la souveraineté dans l’ère post-Parizeau, ce qui lui avait valu d’être qualifié de « Caribou ». Comment explique-t-il son changement d’orientation ? Où en est-il ? « Moi, je suis un nationaliste. Ça devrait être le Québec d’abord », a-t-il dit. Il s’est arrêté avant de jouer dans un mauvais remake d’Elvis Gratton.

Moment de grâce

Pendant quelques minutes, on y a cru ! C’était la fin de l’histoire, la fin de l’affrontement idéologique gauche-droite qui marque les démocraties occidentales depuis la nuit des temps. François Legault et Françoise David ont marché main dans la main pour attaquer Pauline Marois sur les nominations partisanes. La Coalition avenir solidaire du Québec, la CASQ, est tombée à court d’enjeux rassembleurs avant la fin de la soirée.

Passage à vide

Les minières paient désormais leur juste part de redevances, a dit Pauline Marois sans sourciller. Le collègue Alexandre Shields rappelait tout récemment dans Le Devoir que les différences entre l’approche libérale et péquiste sont imperceptibles.

Les fleurs

À Pierre Bruneau. L’animateur était au bord de la crise d’apoplexie lors du débat des chefs municipaux, en novembre dernier, lorsqu’il interrogeait Richard Bergeron sur le drâââme d’élever des enfants dans des tours d’habitation à Montréal, densité urbaine oblige. Jeudi soir, il a présidé au débat d’une main de maître, en faisant sentir sa présence par des questions incisives.

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8 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 mars 2014 05 h 00

    Aimé

    J'ai bien aimé la réponse de Mme Marois à la question de M. Legault sur la nomination partisane : «Regardez les résultats !» Lui ne l'a pas entendu étant collé sur sa question acharnée. À moins qu'il l'ait entendu et n'y a pas porté attention... ce qui lui arrive souvent.

    Probablement que j'aimerais aller prendre une bière avec lui... mais j'en ferais pas mon premier ministre pour autant.

    Un comptable comme employé c'est parfait, mais comme patron... pas autant.

    Y a deux professions qui aiment charcuter : Les chirurgiens et les comptables.

    PL

  • Hélène Massé - Inscrit 28 mars 2014 08 h 51

    De bonnes questions mais...

    Je me trompe ou Pierre Bruneau coupait la parole à Mme Marois ?
    Il y a des réponses que j'aurais aimé entendre...

  • Hélène Massé - Inscrit 28 mars 2014 08 h 52

    Pour info

    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=823565457657924&set=a.102403513107459.5384.100000134310529&type=1&theater

  • Sylvain Auclair - Abonné 28 mars 2014 09 h 34

    Élection référendaire

    Bizarre qu'on ait changé le sens de ce terme. En fait, c'est M. Couillard qui mène la campagne électorale d'une élection référendaire, parce qu'il fait valoir qu'élire le PLQ équivaut à un non à un référendum. Et peut-être à un oui à la constitution de 1982. Pas besoin de référendum si une élection ordinaire règle le problème.

  • Benoît Gravel - Abonné 28 mars 2014 10 h 00

    Si on s'amusait aux vraies affaires

    Suite à ce débat des chefs, dont la formule est de beaucoup préférable à celle de RC, j'aurais envie de:

    Chef d'état M. Couillard
    Responsable des Finances M. Legault
    Responsable de la Santé Mme. Marois
    Responsable des Affaires Sociales Mme. David
    Responsable de l'Éducation Dr Hébert
    Responsable de la Justice M. St Arnaud
    Responsable des Transports M. Gaudreault même si un Coderre serait désirable
    Responsable des Municipalités M. Labeaume
    Etc.....

    J'abhorrerais les expériences homonymes pour les postes budgétaires les plus importants, afin d'y amener une autre vision, ex. pas de médecin à la santé.

    Enfin tous les postes de haut mandarin devraient être occupés par un(e) personne dont les compétences ont préséance sur l'idéologie...

    On peut rêver d'un Québec meilleur!

    Benoît Gravel
    Laval

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 mars 2014 14 h 18

      Le chef d'État, c'est Élizabeth II. Nous sommes une monarchie, ne l'oublions jamais.