À la défense des aînés menacés d’éviction

L’acteur John Dunn-Hill est l’un des résidants qui risque l’éviction de son logement du quartier montréalais La Petite-Patrie.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’acteur John Dunn-Hill est l’un des résidants qui risque l’éviction de son logement du quartier montréalais La Petite-Patrie.

«On ne me mettra pas dehors, moi je veux rester ici », lance John Dunn-Hill, mercredi après-midi, devant son bloc appartement, rue Drolet, dans le quartier Petite-Patrie à Montréal. En décembre dernier, il a reçu un avis d’éviction de son logement aux fins d’agrandissement. Pour quoi faire ? Impossible de le savoir. Le propriétaire de l’immeuble est une compagnie à numéro.

 

Des histoires comme celle-ci, la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, en a entendu plus d’une ces dernières années. Dans la circonscription de Gouin, de nombreux propriétaires ont expulsé des locataires en prétextant une « reprise de possession » ou « un agrandissement » de logement. Une façon facile, dit-on, de contourner la loi qui empêche de convertir les vieux immeubles locatifs en condominiums.

 

« La plupart du temps, ce sont des aînés qui ont des revenus modestes ou qui vivent des difficultés psychosociales qui sont visés par ces mesures », explique Mme David, qui a préparé un projet de loi qui vise à protéger les droits des locataires âgés de 65 ans et plus.

 

Une mesure inspirée de la France

 

Si elle est réélue le 7 avril, la députée solidaire compte déposer ce projet de loi qui forcerait les propriétaires, désirant expulser les personnes âgées de leur logement, à leur trouver un logement équivalent dans le même arrondissement ou la même ville. « Une loi comme celle-ci a été adoptée en France en 1989. C’est une initiative simple et ça ne coûterait pas un sou », soutient Mme David, qui appelle les trois chefs de parti à appuyer son projet.

 

Après avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral récemment, M. Dunn-Hill craint de devoir quitter son petit trois et demi qui coûte seulement 436 $ par mois et de ne pas être en mesure de se reloger. « C’est stressant de ne pas savoir si je vais devoir partir et laisser mon chien. Sont rares les places où je peux vivre avec », affirme-t-il.

 

À 77 ans, il n’a pas non plus envie de quitter son quartier où tout le monde le connaît. Il ne s’en est pas vanté, mais M. Dunn-Hill est un acteur d’origine américaine qui a joué dans une quarantaine de films dans sa carrière. « C’est moi qui jouais Marco D’Ascola dans Omertà », a-t-il simplement confié.

 

Pour le moment, la Régie du logement a annulé son éviction, de même que celle des autres locataires après avoir entendu leur contestation. Le propriétaire de l’immeuble était absent aux audiences. « Dans ce cas-là, ce qui est exceptionnel, c’est que tout le monde s’est mis ensemble pour s’opposer à l’éviction, mais pour des personnes seules et âgées, ce n’est pas toujours évident de faire valoir leurs droits », note Martin Blanchard, organisateur communautaire au Comité logement de la Petite-Patrie.

 

« Coup d’argent rapide »

 

Selon lui, le projet de Mme David aurait le mérite de dissuader les propriétaires qui veulent faire un « coup d’argent rapide. » «En les obligeant à trouver un logement aux locataires, ça les freinerait pour acheter des immeubles pour mettre tout le monde dehors pour les louer plus cher », raconte-t-il.

 

Or, le projet de Mme David soulève quelques questions. En discutant avec une résidante du quartier qui a été évincée de son appartement l’été passé, elle se demandait : « Si un propriétaire trouve un logement pour nous reloger et qu’on le refuse parce qu’on ne l’aime pas... On fait quoi ? On va passer pour une personne qui est de mauvaise foi. Je ne sais pas si elle a pensé à ça ? »

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6 commentaires
  • Valère Nadeau - Inscrite 27 mars 2014 01 h 34

    Petit rectificatif...

    Jihn n'est pas un acteur américain mais bien écossais...

  • LAURENT PRADIES - Inscrit 27 mars 2014 04 h 01

    la chiennerie a la côte...

    dans un monde où les valeurs dominantes sont des valeurs "chiennes": accumulation, culture de l'ego, irrespect des autres et du monde, vanités, luxe, inculture, gaspillage, jetable ... il est normal que les actes reflètent la mentalité vulgaire au pouvoir.
    Comme il est amusant de voir tous ces gens qui transmettent ces valeurs tout en croyant ne jamais se retrouver dans la situation d'en être victime...
    être chien, oui, mais ne jamais tomber sur un os ...
    car là , c'est toujours la faute des autres, ceux que l'on a passé notre vie à mépriser ...

    • Louise Vallée - Inscrite 27 mars 2014 07 h 52

      étant une amie des chiens (j'en ai 4)je déteste cette manie qu'ont les gens d'insulter les autres en les traitant de ''chiennes"............car il n'y a rien de plus faux! Les chiens et chiennes sont des êtres merveilleux qui possèdent l'empathie avec les humains.......qualité rare même chez les humains!
      alors ! de grâces!!!! cessez ces injures!

  • Yves Côté - Abonné 27 mars 2014 04 h 05

    Merci...

    "Le propriétaire de l’immeuble est une compagnie à numéro", est-il noté dans cet article.
    Une compagnie ànuméro, c'est bien.
    Bien pour traiter des locataires qui pourtant nous rapportent, exactement comme des numéros.
    Bien aussi pour payer le minimum d'impôts que possible, sans donner l'occasion de connaître les contributeurs financiers de la compagnie.
    Pas mal non plus pour aider à fabriquer une société à numéros, putôt qu'une société humaine.
    Parfait pour se cacher derrière les paravents de la loi du plus fort.
    Alors, ce que je propose, c'est que cette possibilité de créer une compagnie à numéro soit étendue aux organismes sans but lucratif. Ainsi, pour combattre les premières, à but uniquement très lucratif, d'égaux à égaux, des citoyens inconnus et plutôt démunis pourraient faire appel à l'aide juridique pour créer des organismes de défense sociale qui leur paieraient un salaire convenable pour lutter contre le pouvoir discret des égoïstes.
    Financés par des anonymes qui y gagneraient aussi en économies d'impôts, dont certains pourraient alors avoir très bien réussi sans oublier d'où ils sont partis, ces organismes auraient comme cibles de faire connaître les tours de magie fiscaux qui permettent à certains très favorisés d'accroître sans fin leurs revenus dèjé plus que confortables et surtout, d'identifier les politiciens qui, lorsqu'ils étaient au gouvernement, ont avalisés les lois qui permettent aujourd'hui à ces gras-dures d'engraisser toujours plus dure et cela, selon la méthode peu catholique du "Ainsi soit-il".
    Au fait, pour l'instant du moins, je suis plutôt déçu du travail d'aujourd'hui de Madame Loisel.
    Pourquoi ?
    Mais simplement parce que dans son article, Madame Loisel ne dit pas si le Snoopy de la photo a de belles et bonnes dents ?
    Merci de cet article au Devoir et à Madame Loisel. Vous osez y parler de ce qui, dans cette campagne électoral, n'intéresse pas les communicateurs et autres faiseurs de fausses vérités.
    Vive le Québec qui se

  • Michel Bédard - Inscrit 27 mars 2014 08 h 37

    Enfin une lueur d'espoir...

    Juss pour cette volonté affirmée, je voterai QS. Je suis contre la maltraitance des vieux, sous toutes leurs formes. Et Dieu qu'il y en a... Les élus se ferment les yeux, et les pouvoirs publics se croisent les bras !

  • Noelle Samson - Inscrite 29 mars 2014 18 h 07

    Vers de grands changements

    Cet article et la proposition de Françoise David posent bien un problème très réel. Cela pourrait être le début d'une grande réforme à faire au Québec pour nettoyer les situations suivantes:
    1) trop beaucoup trop de propriétaires achétent pour vendre et faire du cash très rapide. Une loi anti spéculation comme en France est plus qu'urgente, quand on constate la hausse vertigineuse des évaluations et les sur-évaluations;
    2) beaucoup de propriétaires achètent pour vendre et faire du cash de manière moins agressive et moins rapide (se constituer une retraite, garnir un héritage;
    3)beaucoup de propriétaires au budget très serré refilent trop automatiquement leur hausses de taxes aux locataires alors qu'il n' y a pas de travaux; il faut des mesures adaptées (aides adaptées aux propriétaires occupants de longue durée, aux jeunes familles, ..)
    4) le Québec a le championnat canadien des loyers non payés; oups! tous les torts ne sont pas sur les mêmes bords!
    5) la Régie des loyers est dépassée par le nombre de cas sur une liste d,attente interminable.

    Tous ensemble pour un grand ménage du printemps (et de l'été et de l,automne et...de longue durée.

    P. Pagé Montréal pour tous