Rare débat public sur une institution écorchée

L’Université Laval était l’hôte lundi soir d’un des rares événements de la campagne électorale à porter sur l’enseignement supérieur. De la concurrence entre campus à la révision des structures, les échanges ont révélé l’ampleur des divergences sur ce sujet.

D’entrée de jeu, le candidat de la Coalition avenir Québec (CAQ) Mario Asselin a donné le ton. « Je considère qu’on est encore en crise », a-t-il dit. Peu de temps après, le ministre sortant de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, soulignait que son gouvernement avait « dénoué la crise étudiante ».

À quelques reprises, M. Duchesne a été interpellé sur les compressions budgétaires dans le réseau de l’éducation. « Il n’y a pas eu de réduction de budget », a-t-il répété en disant que c’était là une interprétation des recteurs et que son gouvernement avait réinvesti 8 % dans le domaine.

De la gauche à la droite, plusieurs candidats ont dénoncé la concurrence entre les universités. Le candidat d’Option nationale, Alexandre Lavallée a donné l’exemple du campus de l’Université de Sherbrooke à Longueuil. Un sujet repris plus tard par le PQ, Québec solidaire et aussi la CAQ.

 

Droits de scolarité

 

Dans un échange plus intense, Pierre Duchesne s’est réjoui d’entendre que la Coalition avenir Québec et le Parti libéral semblaient favorables à la formule de l’indexation des droits de scolarité.

«Bien entendu, il y a un problème de financement», a lancé le candidat libéral François Blais qui, en réponse à un étudiant dans la salle, a décoché une flèche à Martine Desjardins. «Ne faites pas comme Martine Desjardins, finissez vos études!», a-t-il lancé.

Sur un autre sujet, M. Blais a refusé de dire si un gouvernement libéral conserverait la formule d’un deuxième ministère consacré à l’éducation, les annonces en ce domaine devant se faire dans les prochains jours par son chef.

Sur la question des prêts et bourses, M. Blais a déploré les compressions imposées par les péquistes aux crédits d’impôt étudiants. À ce propos, M. Asselin a rétorqué que son parti était même prêt à « l’abolir » pour utiliser l’argent ailleurs.

Le candidat caquiste a aussi reproché aux libéraux d’avoir abandonné la réingénierie au premier obstacle. Ce à quoi M. Blais a rétorqué que son parti comptait surtout « diminuer le nombre de fonctionnaires au ministère de l’Éducation ».

Le candidat de Québec solidaire Sébastien Bouchard a fait valoir « qu’il y a toute une série de pays qui ont établi la gratuité scolaire ». Un point de vue défendu aussi par Option nationale et les verts. Plus tôt, M. Bouchard avait plaidé pour qu’on donne plus de place aux étudiants dans la gouvernance même des universités, afin qu’étudiants et professeurs aient un « meilleur contrôle sur leurs institutions ».

Sur la recherche, Pierre Duchesne a fait valoir qu’il n’y avait pas vraiment de conflit entre recherche appliquée et recherche fondamentale tandis que M. Asselin a dit souhaiter qu’on donne plus de place aux partenariats avec les entreprises.

La candidate du Parti vert Marielle Parent a tenté en vain de déclencher un débat sur l’impact de la charte en éducation. « C’est un discours de haine d’apartheid », a-t-elle dit évoquant une « politique de ségrégation ».

Contrairement à d’autres événements où l’on invite seulement les plus gros partis, l’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux cycles supérieurs (AELIES) en avait invité six lundi soir. Le Parti conservateur du Québec n’était toutefois pas du nombre, ce qui a suscité de vives critiques de la part de militants. L’Association s’est défendue en disant avoir convié les partis ayant récolté plus de 1 % au dernier scrutin.

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