Marois et Couillard croisent le fer

Françoise David, François Legault, Pauline Marois et Philippe Couillard s’affrontaient jeudi soir lors du premier débat télévisé de la campagne. Témoin d’une lutte serrée dans les sondages, le ton a souvent monté entre les chefs péquiste et libéral.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Françoise David, François Legault, Pauline Marois et Philippe Couillard s’affrontaient jeudi soir lors du premier débat télévisé de la campagne. Témoin d’une lutte serrée dans les sondages, le ton a souvent monté entre les chefs péquiste et libéral.

Lors du premier débat des chefs, Pauline Marois a tenté de sortir de la dynamique de l’élection référendaire tandis que Philippe Couillard, avec l’aide surprenante de François Legault, s’est évertué à la ramener sur ce terrain.

« Il n’y en aura pas, de référendum, tant que les Québécois ne seront pas prêts », a-t-elle répété à satiété, ajoutant même, au cours des échanges, « tant que les Québécois n’en voudront pas ».

Ce premier débat, diffusé sur les ondes de Radio-Canada et Télé-Québec, a donné lieu à des échanges musclés, mais il est demeuré respectueux. Ni le nom d’Arthur Porter ni celui de Claude Blanchet n’ont été prononcés. Les lapins sont restés dans les chapeaux.

Dans le dernier segment du débat qui portait sur la question nationale et l’identité, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, est revenu à la charge, en demandant à la chef péquiste de s’engager à ne pas tenir de référendum lors d’un prochain mandat puisque les deux tiers des Québécois s’y opposent. Mais elle a refusé d’obtempérer. « L’élection porte sur l’élection d’un gouvernement », a-t-elle martelé, accusant Philippe Couillard de parler continuellement de référendum « pour faire oublier les années libérales ».

La question qui ouvrait ce thème, énoncée par le journaliste de Radio-Canada Sébastien Bovet, portait sur la « peur » qu’éprouvent tous les chefs de parti de s’engager à régler la question nationale. Le chef libéral, Philippe Couillard, a choisi d’y répondre en exploitant l’insécurité économique. « J’ai peur du chômage, j’ai peur de l’appauvrissement, j’ai peur des familles qui n’ont pas ce dont elles ont besoin pour rester dans leur région », a-t-il dit.

« C’est une “vraie affaire”, M. Couillard, la question nationale », a lancé la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David. La souveraineté, « non seulement ça ne nous fait pas peur, ça nous emballe ».

François David a rejeté l’offre que Pauline Marois lui a faite lors du débat d’intégrer QS au PQ. « La souveraineté, ça n’appartient pas à un seul parti », a-t-elle répliqué.

Dans son adresse finale, François Legault a demandé aux électeurs de ne pas se laisser « embarquer dans une élection référendaire », de ne pas se laisser « manipuler » par les deux vieux partis et par un chef libéral qui joue « au Bonhomme Sept Heures ».

Au centre de plusieurs attaques, Mme Marois s’est retrouvée souvent sur la défensive, cherchant à défendre son bilan — et à attaquer l’héritage libéral.

Françoise David a rejoué le rôle qui l’avait révélée en 2012, posant plusieurs questions et cherchant à mettre les trois autres partis dans le même panier.

Couillard se défend

En matière d’intégrité, Philippe Couillard a soutenu qu’il ne « doit rien à personne, qu’il n’a de liens avec personne ». Il a dû revenir sur les circonstances entourant son départ de la politique en 2008, répétant avoir respecté toutes les règles éthiques. M. Couillard et les deux autres chefs ont tous soutenu que l’arrivée de Pierre Karl Péladeau posait des problèmes à cet égard, et qu’il devrait vendre ses actions dans Québecor s’il veut faire de la politique. « C’est d’une évidence crasse », a lancé Françoise David.

Économie

Le thème économique a donné lieu à de vifs échanges entre Pauline Marois et Philippe Couillard. Les deux adversaires se sont livré une guerre de chiffres pour savoir combien d’emplois ont été créés, ou non, dans la dernière année au Québec. Le ton a rapidement monté, M. Legault s’y est mis, et Françoise David a résumé le tout : « Mine de rien, vous êtes tous d’accord : il s’est créé un certain nombre d’emplois, mais la performance est insatisfaisante. »

D’entrée de jeu, Mme David avait demandé à Pauline Marois comment elle conciliait les premières décisions de son mandat — fermer Gentilly, notamment — avec les dernières concernant l’exploitation du pétrole à Anticosti. Mme Marois a répliqué que l’indépendance énergétique du Québec permettrait de diminuer la consommation de pétrole qui vient d’ailleurs. Concernant Anticosti, Philippe Couillard a soutenu que le projet péquiste « sent l’amateurisme et l’électoralisme ».

François Legault s’est fait accuser par Philippe Couillard d’être trop interventionniste dans l’économie. M. Legault a répliqué que le soutien de M. Couillard au financement d’une cimenterie en Gaspésie (Port-Daniel) indique plutôt que c’est le contraire. « J’aime bien les Gaspésiens, mais je n’aime pas le gaspillage », a lancé M. Legault.

Filet social

Pauline Marois et Philippe Couillard ont tour à tour dénoncé les coupes tous azimuts proposées par la CAQ. En mettant à la porte des milliers de personnes, dont 4500 employés des commissions scolaires, vous créerez un « branle le bas de combat » au sein de l’administration publique, a fait valoir Mme Marois.

« Il ne faut pas que ça vire au saccage », a ajouté M. Couillard, proposant une approche « plus graduelle ».

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