Conçue pour le secteur public, mais possiblement utilisée au privé

Pauline Marois, en compagnie du ministre de la santé, Réjean Hébert. Rien n'empêchera les boutiques, supermarchés et autres commerçants d'emboîter le pas au gouvernement et de s'inspirer des mesures de la Charte des valeurs pour leur politique interne, a reconnu lundi la chef péquiste.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois, en compagnie du ministre de la santé, Réjean Hébert. Rien n'empêchera les boutiques, supermarchés et autres commerçants d'emboîter le pas au gouvernement et de s'inspirer des mesures de la Charte des valeurs pour leur politique interne, a reconnu lundi la chef péquiste.
Longueuil — La charte des valeurs et sa pièce maîtresse, l'interdiction du port des signes religieux, pourraient s'étendre bien au-delà du secteur public.

Si la charte est conçue pour les employés de l'État, rien n'empêchera les boutiques, supermarchés et autres commerçants d'emboîter le pas au gouvernement et de s'inspirer des mesures pour leur politique interne, a reconnu lundi la chef péquiste Pauline Marois.

Pour autant qu'elles respectent les balises assurant l'égalité des hommes et des femmes, les entreprises privées «seront libres d'appliquer les politiques qui leur conviennent», a dit Mme Marois à l'occasion d'un point de presse à Longueuil au 13e jour de la campagne électorale.

L'interdiction du port des signes religieux dans les entreprises privées est une «question pour l'instant hypothétique», a ajouté la leader souverainiste, rappelant que la charte n'est toujours pas adoptée. Néanmoins, le gouvernement n'entend pas, après l'adoption formelle de la charte, dicter une ligne de conduite aux entreprises.

«Il n'y aura pas d'obligation pour personne sauf pour s'assurer que les valeurs que sont l'égalité entre les hommes et les femmes soient dans l'ensemble de notre société respectées», a déclaré Mme Marois.

Piloté par le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, le projet de charte des valeurs de laïcité comporte des balises pour les accommodements religieux et prévoit proscrire le port de signes religieux visibles pour les employés de la fonction publique, des hôpitaux, des écoles, des garderies subventionnées et autres institutions sous la houlette de l'État. Le secteur privé n'est pas épargné puisque certaines entreprises sous contrat avec l'État, dans le secteur informatique par exemple, devront aussi se soumettre aux exigences vestimentaires édictées par la charte.

Lors d'un court impromptu de presse, le vice-premier ministre et candidat dans la circonscription d'Abitibi-Ouest, François Gendron, a admis que le gouvernement ne pourra empêcher le secteur privé d'appliquer la charte en tout ou en partie, une fois le document adopté.

Le gouvernement, a-t-il dit, n'a pas à s'immiscer dans la façon dont se gouvernent les entreprises.

«Ça ne nous regarde pas si elles veulent le faire [appliquer la charte], je viens de le dire, ça ne nous regarde pas si elles veulent le faire. Vous comprenez ça? [...] Le privé ne nous regarde pas, c'est une charte pour les secteurs public et parapublic», a-t-il insisté sur un ton impatient.

Par Martin Ouellet
7 commentaires
  • Carole Jean - Inscrite 17 mars 2014 20 h 35

    Le client a toujours raison.


    Dans notre système capitaliste et de libre entreprise, le client a toujours raison.

    Les entreprises qui iraient contre les préférences de leur clientèle s’exposent à la faillite ou à se marginaliser ou à se ghettoïser.

    Par conséquent, même si le gouvernement ne s’en mêle pas, les acheteurs et les consommateurs peuvent exiger la neutralité religieuse des employés des commerces qu’ils fréquentent. Et face à cela, aucun tribunal ne pourra faire quoi que ce soit. En effet, « on peut amener le cheval à la rivière, mais on ne peut pas le forcer à boire ».

    Personne ne pourra jamais forcer les consommateurs d’encourager les commerces en situation de concurrence qui violent leur liberté de conscience. (Pour le gouvernement, c’est différent car il est en situation de monopole.)

    Charte ou pas, le consommateur aura le dernier mot.

  • Max Windisch - Inscrit 17 mars 2014 23 h 23

    étrange

    Je trouve étrange que cette approche "free for all" semble passer si aisément à travers les mailles des filets des journalistes et observateurs. Comment des infractions à la loi ne regarderaient-elles pas le gouvernement? Il s'agit de nous expliquer si ce qui constituait une infraction hier (ex. discrimination passible de sanctions) n'en constituerait plus une demain, autrement dit si la nouvelle charte effacerait littéralement certains pans des chartes des droits.

  • Diane Gélinas - Abonnée 18 mars 2014 00 h 02

    La charte de l'évidence !

    Priorité : les consommateurs, les bénéficiaires, voilà l'essence-même du débat !

    En conséquence, il faut tenir compte, d'abord et avant tout, de la diversité de la clientèle pour la traiter avec respect, quelle que soit son appartenance, son origine ou sa culture.

    Pour ce faire, le personnel des secteurs public et para-public, doit servir sa clientèle avec déférence en n'affichant pas ostensiblement ses propres croyances et en projetant une image neutre dans l'exercice de ses fonctions.

    Quant au privé, le propriétaire n'a qu'un maître : son chiffre d'affaires, d'où sa marge de profit. S'il advenait que le port de signes religieux par ses employés éloigne sa clientèle, ne craignez pas : il prendra les décisions qui s'imposent. Il n'attendra pas une commission d'enquête pour agir.

  • Gilles Charbonneau - Inscrit 18 mars 2014 09 h 28

    Économie

    Une autre prise de position des plus farfelue du PQ qui ne servira qu'à inciter des entreprises à quitter le Québec.

    Heureusement que les Québécois ne sont pas dupes, et j'espère sincèrement qu'ils n'éliront pas le PQ le 7 avril prochain!

  • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 18 mars 2014 14 h 07

    Renommer la charte adéquatement.

    À la lecture des commentaires au bas de cet article, je crois qu'il serait approprié de renommer cette charte de façon plus concise et exacte. En effet, il semble que la raison d'être de la charte soit, au-delà de tous les discours idéalistes, qu'un consommateur moyen présumé ne se sente pas incommodé.

    J'allais proposer de la renommer «Charte des droits du Citoyen-consommateur», ce qui se marie tout à fait naturellement avec la notion de «Juste part de l'utilisateur-payeur» mise de l'avant par nos gouvernements néolibéraux.

    Mais ce ne sont même pas les droits du consommateur qui sont défendus. Plutôt l'idée qu'on se fait d'un certain malaise que certains croient qu'il pourrait ressentir.