Recul marqué de la place occupée par les femmes

L'équipe libérale actuelle, dirigée par Philippe Couillard, est formée de 35 femmes, soit 28 % des 125 candidats. En 1998, c'était 24 %.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir L'équipe libérale actuelle, dirigée par Philippe Couillard, est formée de 35 femmes, soit 28 % des 125 candidats. En 1998, c'était 24 %.
Québec — Le renouveau promis il y a un an par Philippe Couillard au Parti libéral du Québec a des allures de « Boys’ Club ». Sous son règne, la place occupée par les femmes a subi un recul au lieu de progresser.

M. Couillard fait campagne en promettant de s’occuper des « vraies affaires ». La parité hommes-femmes ne semble pas en faire partie, quand on constate qu’il faut remonter à 1998 pour trouver une proportion de candidates inférieure à celle que le PLQ affiche en 2014.L’équipe libérale actuelle est formée de 35 femmes, soit 28 % des 125 candidats. En 1998, c’était 24 %.
 
En 2012, sous Jean Charest, le PLQ prenait la première position des trois grands partis à ce chapitre, affichant 46 candidates, soit 37 % du total, devançant de 10 points le Parti québécois. En 2014, les rôles sont inversés : c’est le PQ qui a 10 points d’avance, avec 46 femmes sur 124 candidats (le parti n’a aucun candidat dans La Pinière).
 
Comme le PLQ, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault recule au lieu d’avancer, en matière de parité hommes-femmes. En 2012, elle comptait 30 candidates, se classant au dernier rang des trois grands partis. Malgré cela, en 2014, la CAQ a réussi à faire encore pire, avec seulement 27 femmes, soit 21 % du total, en baisse de trois points.
 
Quant à Québec solidaire, le parti est en quelque sorte hors catégorie, puisqu’il fait de la parité des candidatures hommes-femmes un dogme. Pour tous les autres partis, soucieux d’offrir une image moderne et progressiste, la hausse de la proportion de candidatures féminines est un objectif — et un défi — à chaque scrutin. Officiellement, du moins.
 
En 2003, déjà, au PLQ, l’organisateur en chef de la campagne, Pierre Bibeau, déclarait que le parti visait 50 % de candidatures féminines. Treize ans plus tard, à 28 %, on est loin du compte.
 
Entre-temps, le discours a changé et les objectifs ont été revus à la baisse. L’ancien chef, Jean Charest, visait la parité hommes-femmes et a dirigé en 2007 le premier gouvernement « 50-50 » de l’histoire du Québec, composé d’un nombre égal d’hommes et de femmes. Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, M. Couillard donnait une vision élastique de la « zone de parité », en visant plutôt un ratio hommes-femmes de « 40-60 ».
 
Dès le début de la campagne, M. Couillard a présenté son « trio économique », qui ne comptait aucune femme. Puis, le neurochirurgien devenu politicien a présenté son « équipe santé », entouré de deux hommes, le Dr Yves Bolduc et le Dr Gaétan Barrette. Il fallut attendre l’équipe « éducation » pour voir apparaître une femme, Hélène David, entourée de deux candidats masculins.

Pour un parti, la meilleure façon d’augmenter le nombre d’élues à l’Assemblée nationale consiste à présenter les femmes dans des circonscriptions jugées sûres ou, à tout le moins, «prenables».

Les circonscriptions suivantes ont une chose en commun, le PLQ y a pris la troisième place en 2012, avec en général moins de 20 pour cent du vote: Sainte-Marie-Saint-Jacques, Chambly, Terrebonne, Gouin, Saint-Jean, Saint-Hyacinthe, Groulx, Iberville, Bertrand, Beauharnois, Johnson, Blainville et Drummond-Bois-Francs. En 2014, dans toutes ces circonscriptions, le PLQ présente une femme.

Le PLQ présente aussi des femmes dans deux forteresses adéquistes-caquistes, La Peltrie et Beauce-Nord, puis dans Charlevoix-Côte-de-Beaupré, un coin de pays péquiste bon teint occupé par Pauline Marois.

Il y a deux exceptions, parmi les recrues libérales de 2014: Outremont et Vaudreuil, deux bastions libéraux réservés à des femmes, Hélène David et Marie-Claude Nichols.
Mais la plupart des morceaux de choix qui se sont libérés récemment ont été offerts à des recrues masculines (Robert-Baldwin, Nelligan, D’Arcy-McGee, Verdun, La Pinière), comme l’a été Viau, lors de l’élection complémentaire de décembre dernier.
 
Dans son rôle de chef de l’opposition, M. Couillard a aussi placé des hommes aux postes-clés : directeur de cabinet, leader parlementaire et whip. Même constat pour sa campagne électorale : son directeur de campagne et les deux coprésidents sont aussi de sexe masculin. À la direction du parti, M. Couillard a cependant nommé deux femmes à des postes stratégiques : Josée Lévesque, organisatrice en chef, et Marie-Ève Ringuette, directrice générale.
3 commentaires
  • Donald Bordeleau - Abonné 16 mars 2014 21 h 26

    Pas facile de manipuler les femmes.

    Monsieur Couillard a perdu le député Marsen, rejeté Madame Houda-Pépin et mit à la porte son député Gautrin.

    Beaucoup de morceaux de choix se sont libérées comme les 3 NBC.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 mars 2014 05 h 36

    Quand

    Quand on remarque le sort des femmes à ce parti et la facilité avec lequel il les lance sous l'autobus, je peux comprendre une certaine nervosité pour elles devant le tordeur.

    Si j'étais une femme je me dirait à l'invitation de faire parti de ce parti : «Chair à canon ? Merci, mais merci beaucoup !» «Servir de paravent ? Pas plus pour moi !»

    Bonne journée.

    PL

  • Mario Jodoin - Abonné 17 mars 2014 08 h 28

    Un dogme?

    «Quant à Québec solidaire, le parti est en quelque sorte hors catégorie, puisqu’il fait de la parité des candidatures hommes-femmes un dogme. Pour tous les autres partis, soucieux d’offrir une image moderne et progressiste, la hausse de la proportion de candidatures féminines est un objectif — et un défi — à chaque scrutin»

    Pour QS, c'est pourtant comme pour les autres partis : la parité demeure un objectif (inscrit dans ses statuts) et un défi. La différence, c'est que QS ne s'impose pas cet objectif pour bien paraître, il prend les moyens pour l'atteindre.

    La question à se poser est plutôt de demander aux autres partis pourquoi ils ne prennent pas les moyens pour atteindre la parité.