En attendant Pierre Karl Péladeau

C’est un François Legault combatif qui s’est présenté jeudi aux locaux du candidat caquiste de Saint-Jérôme, Patrice Charbonneau.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir C’est un François Legault combatif qui s’est présenté jeudi aux locaux du candidat caquiste de Saint-Jérôme, Patrice Charbonneau.

Saint-Jérôme — Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, était de passage à Saint-Jérôme jeudi pour appuyer son candidat. Mais c’est vers la vedette du Parti québécois Pierre Karl Péladeau que l’attention reste tournée dans la ville-circonscription.

Le local électoral du Parti québécois dans Saint-Jérôme est un ancien magasin de prêts sur gages. Une bâtisse blanche aux grandes fenêtres, située rue Saint-Georges, l’axe nord-sud de la ville où s’alignent des commerces et des maisons aux façades défraîchies.

 

À l’intérieur du quartier général péquiste — dont l’emplacement a d’abord été tenu aussi secret que celui d’un bunker de la CIA —, les bénévoles s’affairent. On peinture, nettoie, accroche des drapeaux fleurdelisés. L’inauguration ne se fera pas avant la semaine prochaine : les lignes téléphoniques ne sont pas installées et les pancartes à l’effigie du candidat vedette péquiste sont à l’imprimerie. Pierre Karl Péladeau ne devrait pas s’y pointer. L’endroit n’est pas digne de le recevoir, confie une bénévole. Et ça donnerait une mauvaise image dans les médias.

 

Malgré tout, on assure qu’il ne sera pas un fantôme dans Saint-Jérôme. À sa première semaine de campagne, M. Péladeau aura passé deux jours dans sa circonscription. Des allées et venues presque secrètes que l’équipe de communication du PQ s’est bien gardée de divulguer aux médias. Du porte-à-porte, des « bains de foule » au centre d’achat du coin, a dit au Devoir le nouveau maire Stéphane Maher.

 

« Péladeau faire du porte-à-porte ? En limousine ? », a raillé Linda Déry, coordonnatrice du Regroupement des organismes communautaires des Laurentides, basé à Saint-Jérôme. « Je ne sais pas si on va le voir par ici », a lancé pour sa part la propriétaire d’un salon de coiffure de la rue Saint-Georges.

 

Qu’à cela ne tienne, ses opposants profitent de ce départ hésitant du candidat. Et ils l’attendent de pied ferme. « Je suis prêt à rencontrer M. Péladeau n’importe quand dans la circonscription. La perche lui est tendue, à lui de la prendre », a dit Patrice Charbonneau, candidat pour la Coalition avenir Québec, qui a reçu jeudi la visite de son chef François Legault. Le nouveau candidat a la double tâche de succéder à Jacques Duchesneau et d’affronter Pierre Karl Péladeau : « Ce ne sera pas facile », reconnaît son organisateur, François Cardinal. Mais pour lui, l’arrivée de PKP dans la course a « donné de l’énergie à tout le monde ».

 

Mardi et mercredi, les rencontres entre le maire et l’ex-dirigeant de Québecor ont été l’occasion de jaser électrification des transports. « On se disait qu’on ne pouvait pas comprendre que quelqu’un des Laurentides prenne sa voiture pour aller voir les Canadiens à Montréal alors qu’on a un train. Si M. Péladeau est élu, cette agence-là d’électrification du transport en commun va se retrouver à Saint-Jérôme, a confié M. Maher. On s’est dit qu’on relancerait le parc industriel. C’est clair qu’on va bien s’entendre. »

 

M. Péladeau est un « success story » et une excellente nouvelle pour la circonscription, ajoute-t-il. Soudainement conscient de son grand enthousiasme, il nuance. « Je suis apolitique et peu m’importe le parti. Mais on ne se le cachera pas, d’avoir un candidat potentiellement ministrable… ça va nous permettre de parler de nos enjeux locaux plus facilement. »

 

Un riche pour des pauvres

 

Assis au resto-bar le Vieux shack, Vincent Lemay-Thivierge, candidat de Québec solidaire, a grandi dans la région et connaît le personnage public de Pierre Karl Péladeau. « Quand j’étais petit, on voyait passer l’hélicoptère au-dessus de chez nous. Il allait chez lui, à Sainte-Adèle », note-t-il. Bon joueur, il admet que l’homme d’affaires a fait beaucoup pour la culture. Mais il n’a pas l’impression que le magnat de la presse connaît les enjeux de la région. « On est un des comtés les plus pauvres au Québec et on va avoir un des candidats les plus riches. Ça fait un drôle de portrait, dit M. Lemay-Thivierge. La répartition de la richesse, ce n’est pas dans sa culture. Il n’en parlera pas, de la pauvreté. En tout cas, je le mets au défi. »

 

Saint-Jérôme est pourtant l’une des villes-circonscriptions qui comptent la plus forte croissance démographique. Elle accueille de nombreux étudiants à son cégep et au campus de l’Université du Québec en Outaouais, et le va-et-vient de la vieille gare lui insuffle tout de même un peu de vie.

 

Mais ça ne suffit pas. La population vieillit. L’itinérance et la pauvreté sont visibles, au détour des rues, devant les longues files des soupes populaires aux heures des repas. Et à l’ombre de l’immense cathédrale, le vieux coeur de la ville s’essouffle. « Il manque de 30 à 40 millions », a reconnu le nouveau maire, Stéphane Maher, en parlant du quartier des spectacles qui va dynamiser le centre-ville.

 

Alain Desmarais, directeur d’un centre de médiation et d’aide aux familles, est plus optimiste. « Je suis content que ce soit un homme d’affaires d’expérience qui se présente, pour qu’on sorte de notre victimisation au Québec. En même temps, quand tu deviens député, tu dois avoir une flamme sociale. Je suis sûr qu’il va vouloir s’investir, qu’il va rencontrer des gens, a-t-il dit. S’il a une bonne équipe de travail sur le terrain, ça risque d’être très intéressant. »

 

Avec Guillaume Bourgault-Côté

5 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 14 mars 2014 01 h 53

    Lui, y connait ça...

    En ce qui concerne la vente des actions de Québecor par son actionnaire principal, monsieur Péladeau, Legault est un as dans ce domaine et sait être un conseiller des plus avisés: n'est-ce pas lui qui était sur le conseil d'administration de Provigo lorsque le géant ontarien Loblaws s'est emparé d'un des plus beaux fleurons de l'économie québécoise.

    • Roland Berger - Inscrit 14 mars 2014 09 h 29

      Bien oui, mais le passé, c'est le passé, dirait Legault. Il faut regarder en avant. Pas besoin de rétroviseur !

  • Luc Chouinard - Inscrit 14 mars 2014 09 h 52

    Luc Chouinard

    On a beau dire que lePQ à fait un beau coup,mais PKP est reconnu comme anti-syndicaliste,ça va être dehors ceux qui ne sont pas d'accord, même Mme.Marois va être obliger de se protéger de lui. Les deux vieux partis ont tous la même chanson,on va s'occuper de l'emploi, de l'éducation et des soins de santé,tous des mots dits en l'air. M.Legault propose de nouvelles choses que j'attend depuis longtemps, même du temps de ADQ, c'est à espérer que les citoyens(nes) votent sur les nouvelles idées et se donnent une chance de voir l'évolution des choses. Dans quatre an si ça ne fait pas , il est toujours temps de changer. Alors, donnons-nous Legault.

  • Diane Viel - Inscrite 14 mars 2014 14 h 54

    Paperasse de M. Legault

    Les hommes politiques disent n'importe quoi en campagne électorale; à preuve:
    C'est M. Legault, quand il était ministre de la santé, qui a mis en place les contrats de performance dans les établissements de santé. Or, pour évaluer si ces établissements réalisaient ce qu'ils s'étaient engagés à faire par contrat, des indicateurs d'atteinte des objectifs devaient (et doivent encore) être colligés trimestriellement et transmis au ministère et aux agences de santé et de services sociaux. Cela a généré la création d'une unité de suivi ministérielle de 20 à 25 fonctionnaires et cadres et de deux à trois professionnels par agence au minimum. Vous avez la mémoire un peu courte M. Legault, sans nier par ailleurs la validité de cet outil de reddition de compte!
    Michel Pelletier

  • Guy Desjardins - Inscrit 14 mars 2014 15 h 21

    Les choses commencent à se rétablir!

    La chicanne va recommencer au PQ. Car un autre "boss" a fait son entrée dans le grand temple du PQ. Cela a débuté hier à une conférence de presse lorsque Mme Marois a tassé M. Péladeau qui devait répondre à une question d'un journaliste. M. Péladeau n'est pas du genre à se laisser faire. Entre Libéraux et Péquistes la chicanne à bien débuter à savoir lequel des partis a endettés le plus les Québécois(es) au cour de leur mandat. Misère de misère va t'on savoir un jour?