Les ambitions légales du clan Rizzuto

L'ex-chefdu clan et présumé parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto. L'homme est décédé en décembre dernier.
Photo: La Presse canadienne (photo) L'ex-chefdu clan et présumé parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto. L'homme est décédé en décembre dernier.

Le clan Rizzuto caressait l’ambition d’intégrer pleinement l’économie légale grâce à ses investissements dans les grands projets immobiliers de Montréal, révèlent des informations dévoilées mercredi à la commission Charbonneau.

 

Avant le coup de tonnerre de l’opération Colisée, en 2008, le clan avait réussi à étendre ses tentacules jusque dans l’immobilier, grâce à un savant mélange de coercition et de transactions légales réalisées avec l’aide de facilitateurs.

 

Le but du clan Rizzuto était de permettre à la troisième génération, personnifiée par Nicolo Jr (le petit-fils de Nicolo et le fils de Vito), de s’intégrer au tissu économique de la métropole comme n’importe quel grand bâtisseur.

 

Une société distincte

 

Même avec la mafia, le Québec est une société distincte. Depuis la tenue de la Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO), dans les années 60, les hommes de l’ombre inspirent une telle méfiance qu’ils se sentent forcés d’intégrer l’économie légale, tandis qu’en Italie et aux États-Unis, les mafieux utilisent encore leur notoriété comme une carte de visite.

 

Au Québec, « le but à atteindre, c’est de légitimer les générations suivantes », a expliqué l’enquêteur Éric Vecchio.

 

M. Vecchio, un spécialiste du crime organisé, a commenté des écoutes électroniques d’une grande rareté. On y entend Vito Rizzuto, emporté par le cancer en décembre dernier, discuter avec ses partenaires du projet immobilier du 1000 de la Commune, dans le Vieux-Montréal.

 

Les conversations démontrent que Vito Rizzuto a réussi à obtenir, pour lui et deux de ses associés, 18 % des parts du projet, en profitant des difficultés financières du promoteur Tony Magi (aussi lié à la mafia). Le clan voulait introduire Nick Jr dans ses entreprises et « siphonner » son expertise et ses contacts. L’entrepreneur Tony Accurso était même pressenti par le clan pour remplacer Magi. « Le but est d’amener Nick Jr à gérer lui-même des projets d’envergure et de se débarrasser de Magi », a expliqué l’enquêteur Vecchio.

 

L’aventure s’est bien mal terminée pour le clan Rizzuto. Nick Jr a été assassiné devant les bureaux de Magi, en décembre 2009. Le patriarche, Nicolo, est tombé sous les balles d’un tueur dans sa propre résidence, en novembre 2010, pendant que Vito était emprisonné aux États-Unis pour sa participation aux meurtres de trois lieutenants du clan Bonnano à New York, une affaire remontant à 1981.

 

Dans une classe à part

 

Selon l’enquêteur Vecchio, Vito Rizzuto était dans une classe à part. Le défunt parrain avait l’habitude de dire que le gâteau des activités illicites était assez gros pour être partagé entre plusieurs familles. Sa capacité de faire des compromis lui valait l’estime et le respect de ses pairs. « C’était plus un gauchiste qu’un droitiste », a dit M. Vecchio.

 

Dans le dossier du 1000 de la Commune, Rizzuto a recouru à un facilitateur, Jonathan Myette, et à un prêteur privé, Terry Pomerantz, pour mettre son nez dans les affaires de Magi.

 

Il prenait soin de rester à l’écart des transactions, bien qu’il agissait comme « le chef d’orchestre » du projet. Son aura est venue « sceller » l’entente, sans qu’il débourse un sou.

 

Selon l’enquêteur Éric Vecchio, la mafia agit « comme un gouvernement parallèle » en cas de litige. Les hommes de l’ombre agissent selon « un modèle parasitaire ». « On n’est pas là pour vous faire faire de l’argent. On est là pour vous saigner à blanc », a-t-il expliqué.

 

M. Vecchio a collaboré à l’enquête de la GRC dans le projet Colisée. Il a constaté avec étonnement que la mafia était passée maître dans l’art du blanchiment d’argent. Même si le clan réalise le gros de ses profits dans le trafic de drogue, il avait accès à des capitaux « propres ». Elle est révolue, l’époque des bureaux de change avec des poches de hockey pleines de billets.

 

« Quand on parle de la famille Rizzuto, du crime organisé italien […] on est rendu à un niveau supérieur. L’argent est là, il revient et il est déjà blanchi. On n’a pas besoin de recycler les produits de la criminalité, c’est déjà fait », a expliqué l’enquêteur.

 

Selon l’hypothèse la plus répandue jusqu’ici, la mafia infiltrait l’industrie de la construction et l’immobilier afin de blanchir les profits de la vente de drogue et autres activités illicites. Il semble que ce ne soit pas le cas, du moins si l’on se fie au dossier du 1000 de la Commune.

 

Même si les investisseurs et les partenaires connaissaient des difficultés, comme Joe Magi, le clan ne mettait pas la main dans son portefeuille. « On ne propose jamais de venir renflouer la caisse. On dit toujours : « On va essayer de trouver quelqu’un » », a dit M. Vecchio.

 

Le clan était gagnant sur toute la ligne. Il n’assumait pas les risques financiers liés au projet, et il percevait des commissions pour son rôle d’intermédiaire ou de médiateur dans les transactions.

1 commentaire
  • Guy Vanier - Inscrit 13 mars 2014 09 h 41

    Rien de nouveau!

    <Le but du clan Rizzuto était de permettre à la troisième génération, personnifiée par Nicolo Jr (le petit-fils de Nicolo et le fils de Vito), de s’intégrer au tissu économique de la métropole comme n’importe quel grand bâtisseur.>

    Des familles ont réussi se stratagème au Québec, relire le livre de Messieurs André Cédilot et André Noël, MAFIA inc...... Et vous les trouverez sans difficultés.
    Nous oublions trop facilement l'origine mafieuses de certaines fortunes quand ces gens deviennent riches et dirigent de grosses compagnies devenues légitimes.