PKP doit-il jeter du lest?

Le débat sur l’indépendance des médias de Québecor demeure aussi intense et les propositions continuent d’affluer pour tenter de mettre à l’abri des conflits d’intérêts le candidat indépendantiste Pierre Karl Péladeau. La solution la plus ferme invite le magnat des médias à vendre en tout ou en partie ses actions dans ses entreprises médiatiques. Le Conseil de presse du Québec (CPQ), lui, « exhorte » Québecor Media à réintégrer ses rangs.

 

Guy Amyot, le secrétaire général du tribunal d’honneur de la profession, ajoute que « la candidature de Pierre Karl Péladeau aux élections québécoises rend [un tel geste] incontournable ».

 

Le CPQ juge les cas éthiques dans la pratique du journalisme dans le cadre d’un système d’autorégulation de la presse. Les grands médias de l’empire (TVA, Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec…) ont quitté cette instance en 2009 et 2010, quand Pierre Karl Péladeau dirigeait l’entreprise. Depuis, ils ne répondent pas non plus aux plaintes, rendant d’autant plus bancales les décisions concernant les nouvelles et les commentaires diffusés par ces plateformes. Audi alteram partem…

 

De passage à Trois-Rivières mardi, le chef libéral, Philippe Couillard, est revenu à la charge pour réclamer que Pierre Karl Péladeau choisisse entre son engagement politique et la propriété de son empire médiatique. François Legault, de la CAQ, et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ont aussi réclamé que le propriétaire majoritaire de Québecor se départe de ses actions s’il est élu le 7 avril prochain. Dans la page Idées du Devoir de ce mercredi, deux piliers de la gouvernance des organisations développent une position atténuée concernant la partie de son portefeuille d’actions dont M. Péladeau devrait se départir.

 

Selon le chef libéral, un journaliste qui sait que le grand patron est susceptible de se retrouver à la barre du conglomérat après son passage en politique pourrait être incité à la prudence. M. Couillard croit que le magnat de la presse doit trancher en raison de la nature de l’entreprise. « C’est 40 % des médias du Québec, c’est la circulation d’une information indépendante particulièrement durant une campagne électorale », a-t-il dit.

 

Indépendance éditoriale

 

Le porte-parole de l’empire médiatique maintient que ses médias conservent une entière indépendance éditoriale. « […] Les salles de nouvelles de nos différents médias continueront d’agir de façon indépendante, en défendant l’intérêt public,écrit au Devoir Martin Tremblay, vice-président aux affaires publiques de Québecor Média. Quant à la couverture de la présente campagne électorale au Québec, elle continuera d’être impartiale, peu importe le parti politique concerné. »

 

La chef péquiste ridiculise les attaques contre son candidat vedette. Pauline Marois juge « tout à fait condamnable » la charge des chefs libéral Philippe Couillard et caquiste François Legault contre les journalistes travaillant pour Québecor. « C’est inadmissible qu’ils s’attaquent à l’intégrité journalistique [et] au professionnalisme de nos journalistes », a-t-elle déclaré, lors d’un point de presse à Bécancour. « [Les journalistes] sont tout à fait capables de respecter leur propre code et de faire preuve d’objectivité », a-t-elle ajouté.

 

Le code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale sera « strictement » respecté par tous les députés et ministres péquistes, y compris Pierre Karl Péladeau, a aussi répété Mme Marois.


Avec Robert Dutrisac et Marco Bélair-Cirino

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