Cuisiner tout en causant de la campagne électorale

Pendant qu’ils préparaient une bonne grosse soupe pour les gens démunis de leur quartier, des bénévoles du centre Solidarités Villeray à Montréal ont discuté, mardi midi, de la campagne électorale. Il a été question de santé, de transports en commun, de l’intégration des immigrants qui sont, pour eux, les vrais enjeux. Mais comment ne pas parler de Pierre Karl Péladeau, et même de souveraineté? 
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pendant qu’ils préparaient une bonne grosse soupe pour les gens démunis de leur quartier, des bénévoles du centre Solidarités Villeray à Montréal ont discuté, mardi midi, de la campagne électorale. Il a été question de santé, de transports en commun, de l’intégration des immigrants qui sont, pour eux, les vrais enjeux. Mais comment ne pas parler de Pierre Karl Péladeau, et même de souveraineté? 

Il y avait une odeur de soupe aux légumes qui flottait dans la cuisine du centre Solidarités Villeray, mardi midi, à Montréal. Pendant qu’il coupait des branches de céleri, Victor Motta-Paredes parlait de l’importance des élections alors qu’il y a tant de pays qui sont privés de démocratie.

 

Arrivé il y a 34 ans au Québec, ce Guatémaltèque d’origine avait déjà fait son choix en vue du 7 avril. Il va voter pour les libéraux de Philippe Couillard. Mais peu importe le parti qui sera élu, il aimerait bien que le prochain gouvernement améliore le transport en commun. « Quand je viens ici, je dois prendre l’autobus, ça ne passe pas toujours à l’heure et ça coûte cher », déplore-t-il.

 


« La cherté de la vie, c’est ça le principal problème qui devrait préoccuper les politiciens », renchéri sa consoeur algérienne Dalida en déplaçant la grosse marmite qui permettra de donner un repas aux gens les plus pauvres du quartier.

 

Comme elle le fait remarquer, les prix des loyers, de l’électricité, de la nourriture et du transport augmentent chaque année, mais pas les salaires. « Mais le pire pour un immigrant, c’est qu’il est même difficile d’avoir un emploi malgré ses compétences et son expérience », dit-elle en racontant que son mari, qui est ingénieur, a dû retourner aux études pour décrocher un boulot. « Et ce n’est pas avec la charte [de la laïcité], qui est une charte de chicane, que ça va aider », ajoute-t-elle.

 

Le Parti québécois (PQ) ne risque donc pas d’avoir son vote, mais elle donne encore une chance aux autres partis avant de faire son choix final.

 

Les vrais enjeux

 

Au cours des prochaines semaines, son confrère François Chrétien aimerait bien entendre plus parler des véritables problèmes avec lesquels le Québec est aux prises. Pour le moment, il a plutôt l’impression que les chefs de parti « sont dans une cour d’école ».« Comment faire pour avoir vraiment tous accès à un médecin de famille, créer plus de places en garderie et savoir l’investissement qu’il faudra ? » demande-t-il. Cet enseignant à la retraite croit que les gens devraient tendre plus l’oreille aux propositions de Québec solidaire (QS), qui, selon lui, se soucie « plus des gens ».

 

Pendant que M. Chrétien veillait sur ses chaudrons, les co-porte-parole de QS, Andrés Fontecilla et Françoise David, sont passés les saluer dans le cadre de leur tournée. Bien qu’ils soient tous deux connus des groupes d’entraide et des organismes communautaires du quartier, les solidaires ont encore du travail pour mieux faire connaître leurs idées et leur parti.

 

Lors de son passage à Solidarités Villeray, M. Fontecilla, qui est candidat dans Laurier-Dorion, a pris le temps d’expliquer à l’une des bénévoles la différence entre QS et le PQ. Mme Bourdeau avait peine à faire la distinction entre ces deux partis qui se disent tous deux souverainistes. M. Fontecilla lui a expliqué que QS était un parti plus progressiste, écologiste et féministe, qui se bat pour la justice sociale, et qui est aussi pour l’indépendance du Québec.

 

Parti des travailleurs

 

Depuis l’arrivée de Pierre Karl Péladeau dans les rangs du PQ, les solidaires se vantent d’ailleurs d’être le seul parti des travailleurs et de la classe moyenne. Or, la candidature de l’homme d’affaires suscite toutes sortes de réactions au sein de la population. François Chrétien voit, entre autres, d’un bon oeil son saut en politique. « S’il nous enrichit comme il a enrichi Québecor, c’est une bonne chose », affirme-t-il.

 

Au Centre des aînés de Villeray, à quelques mètres de là, le nom Péladeau fait aussi partie des discussions. « C’est de la frime »,lance Lise M. à son amie, qui s’appelle aussi Lise. « On est les deux Lise et ç’a déjà été le comté de Lise Payette, Laurier-Dorion »,ajoute-t-elle en riant. « Mais moi, ça me fait peur. C’est un homme très puissant, PKP, et il peut tout chambarder », poursuit son amie.

 

Après quelques secondes réflexions, Lise M. lui répond : «Mais j’aimerais ça quand même que Marois soit majoritaire, même si dans le quartier je préfère que ce soit le candidat de Québec solidaire plutôt que le libéral qui soit élu. »

 

Souveraineté

 

À leur côté,Vincente ne peut s’empêcher d’ajouter son grain de sel à leur conversation. Pour ce Montréalais d’origine catalane qui vit au Québec depuis 1968, Pierre Karl Péladeau est l’homme qui ramène, à son grand bonheur, la question de la souveraineté à l’ordre du jour. « C’est le peuple qui peut faire la souveraineté, mais Péladeau est une bonne chose pour y arriver »,dit-il en ajoutant que les Québécois devraient s’inspirer des Catalans en Espagne. « Les Catalans peuvent être socialistes ou voter pour des partis de droite, mais ils sont tous d’accord quand il s’agit de la souveraineté. »

 

En fait, Vincente croit que le principal problème actuellement au Québec est que les forces souverainistes sont divisées en trois partis : le PQ, QS et Option nationale. « Ils doivent s’unir, sinon ça ne sera pas possible et ça sera toujours les mêmes au pouvoir »,indique-t-il en confirmant qu’il votera pour Pauline Marois. Le choix de François Legault ou encore Philippe Couillard n’a jamais été pour lui une option. « Qu’est-ce qu’il a fait, Couillard, comme ministre de la Santé, qu’est-ce qu’il a réglé ? Quand il a eu la chance, il est parti travailler en Arabie saoudite. Faut quand même pas prendre le monde pour des idiots. »