Le Panda se présente pour le Parti nul

Anarchopanda reprend du service afin de mettre en avant l’option du Parti nul dans la présente campagne électorale québécoise.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Anarchopanda reprend du service afin de mettre en avant l’option du Parti nul dans la présente campagne électorale québécoise.
Anarchopanda, alias Julien Villeneuve, ressort sa peluche pour s’associer à l’option proposée par le Parti nul : annuler son vote pour signifier sa profonde insatisfaction avec le système et les partis politiques actuels.

Dans un entretien avec Le Devoir, le Panda devenu célèbre en plein conflit étudiant a confirmé dimanche qu’il se présenterait pour ce parti dans Hochelaga-Maisonneuve. Il désire permettre aux électeurs désabusés de cette circonscription de cocher son nom dans le but d’annuler leur vote, une option actuellement impossible en vertu du système électoral dont le Québec dispose.

« Il devient de plus en plus évident que la démocratie représentative est en crise », relatait hier le professeur de philosophie connu aussi pour sa lutte toujours active contre le règlement municipal P-6. « Et les électeurs insatisfaits ont deux options : ne pas aller voter, auquel cas ils sont assimilés à des apathiques qui s’en foutent et restent chez eux, ou annuler leur vote, auquel cas ils sont associés à ceux qui ne sont juste pas capables de cocher une case comme du monde sur un bulletin de vote. La seule manière de voter pour rejeter l’offre actuelle ou manifester son désaccord avec le système, c’est de voter pour le Parti nul », a expliqué le Panda, dénué de son attirail de mascotte.

Le Parti nul existe depuis 2009. L’un de ses instigateurs, Renaud Blais, enseignant de philosophie au cégep de La Pocatière, ne cache pas qu’un candidat connu comme le Panda pourrait aider à donner du galon au parti, qui a présenté 10 candidats au scrutin de septembre 2012 et récolté… 0,06 % des voix. « On pense qu’avec Anarchopanda on peut donner une visibilité à cette option et aller chercher des candidats », dit M. Blais, qui lui-même se présente dans Côte-du-Sud. « Dans un monde idéal, il faudrait que les 125 comtés puissent offrir une case Parti nul », ajoute Anarchopanda. « Je le fais non pas pour que les gens votent pour moi, car le candidat ne sert aucune utilité sinon celle de permettre d’annuler le vote. Je le fais en espérant que d’autres candidats s’offriront dans d’autres comtés. »

Le Panda est anarchiste, et ne s’en cache pas. La démocratie participative qu’on lui propose au Québec ne lui sied pas, car il estime que ce système politique ne fait qu’encourager le bipartisme. « Les partis travaillent pour eux et finissent par négliger les intérêts des électeurs, s’ils ne s’en foutent pas carrément. » Pour ceux-là, qui ragent en silence, rien n’existe pour exprimer leur mécontentement. « À défaut d’avoir le vote blanc, on a le Parti nul. Cette option est valide. »

Pas de plateforme, pas d’affiche, pas de slogan

Le Panda se servira de sa notoriété pour mettre en avant l’option du parti, et inciter d’autres électeurs désabusés à offrir dans leur circonscription l’option du vote annulé, mais il se défend de vouloir faire valoir ses idées dans cette course politique. « Les candidats du Parti nul doivent arriver sans plateforme, sans affiche, sans slogan. Vous ne me verrez pas embrasser des bébés dans des événements, je ne serai pas présent, je pourrais être complètement effacé que ça ne changerait rien. Je sers à permettre de comptabiliser le vote nul. » Au dernier scrutin de septembre 2012, 53 749 bulletins ont été considérés comme « rejetés » par le Directeur général des élections, soit 1,22 % du vote.

Et si d’aventure un candidat du Parti nul gagnait ? « On est dans la fantaisie absolue ! », répond le professeur panda. « Les candidats du PN ne peuvent en leur âme et conscience faire autre chose que ceci s’ils sont élus : démissionner ou ne rien faire du tout. » « Défendre un projet de loi à l’Assemblée nationale », ajoute Renaud Blais. « Sur l’idée qu’un bulletin de vote doit contenir une case “aucune de ces réponses” ou “annulation”. Mais de façon absolue, voter pour le Parti nul, c’est voter pour une chaise vide. »

Julien Villeneuve, dit Anarchopanda pour la gratuité scolaire, est rebuté par le discours selon lequel le vote est « l’acte ultime » et que ceux qui ne votent pas n’auraient ensuite pas accès à quelque participation à la vie politique que ce soit. « L’option Parti nul, c’est un peu une manière de contourner ces objections et ces discours en disant non, ce n’est pas parce qu’ils sont déconnectés ou apathiques qu’ils ne votent pas, c’est parce qu’ils n’ont pas d’autre option. Là, ils en auront une. Tout ça ne vous intéresse pas ? Votez pour moi. »

La mascotte prédit un taux de participation famélique, si rien ne bouge. Il constate autour de lui une forme de désaveu de l’appareil politique tel qu’on le connaît. Il espère que son geste poussera d’autres électeurs à offrir leur nom dans une des 125 circonscriptions du Québec, pour le Parti nul. « Je pense bien pouvoir en convaincre quelques-uns de faire comme moi. »
23 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 10 mars 2014 06 h 37

    Anarchopanda, allié du statu quo

    Encore un prof de philo qui se donne des airs de révolutionnaire. Au contraire, dans les faits, l'abstentionnisme des jeunes réduit leur poids politique. Julien Villeneuve est un allié objectif du système tel qu'il est, favorisant les plus riches et détruisant l'environnement.

    • Jean-Yves Marcil - Inscrit 10 mars 2014 10 h 13

      Impact NUL !

    • Sophie Robitaille - Inscrite 10 mars 2014 11 h 36

      Je pense que vous n'avez peut-être pas tout saisis: Le système politique présent n'est pas démocratique (c'est ce que vous appelez démocratie, votez aux élections et ne plus rien dire jusqu'aux prochaines?) et si l'on veut réellement aider la cause de l'environnement et redistribuer la richesse, ce n'est certainement pas en gardant ce système politique qu'on va y arriver. Par la suite, il faut choisir de quelle façon on veut militer contre ce système: certains diront de voter pour un parti comme Québec Solidaire, d'autres diront, comme Arnachopanda, d'annuler leur vote.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 10 mars 2014 12 h 15

      Bien essayé. Mais les choses sont à l'envers : voter ne mène qu'à cautionner le statu quo qui sort gagnant. La situation est près de celle de l'univers culturel télévisuel dont traite un autre article aujourd'hui : du téléroman traditionnel pour le plus grand nombre, et des séries de qualité, plus rigoureuses et originales, pour quelques connaisseurs méprisés.

      La politique fonctionne de la même façon. On gagne par du marketing qui nivèle les aspirations. Le Parti Québécois et le Parti Libéral ne défendent pas concrètement les mêmes objectifs, mais, malgré quelques grandes différences symboliques, lorsqu'ils sont au pouvoir ils vont à 90% dans la même direction. C'est ça le statu quo, et le pourcentage de gens allant voter, même s'ils n'ont rien changé et que le gouvernement ne les représente pas, sert à ce dernier à se donner une légitimité de façade.

      Les enjeux des dernières années sont laissés sous le tapis par l'obsession pour la question identitaire. Je ne suis pas d'accord avec la proposition du Parti Nul, mais je ne partage pas non plus votre critique.

    • Michel Vallée - Inscrit 10 mars 2014 13 h 15

      Si les jeunes ne votent pas, c'est parce que les partis en lice ne les interpellent pas.

      Lorsque l’on n’a personne pour qui voter, lorsqu’aucun parti ne nous interpelle, lorsque les promesses -qui d'ailleurs ne seront pas tenues- nous laissent de glace, lorsque les programmes électoraux nous indiffèrent, eh bien ! On ne vote pas.

    • Michel Vallée - Inscrit 10 mars 2014 13 h 17

      @Jean-Yves Marcil

      <<Impact NUL !>>

      Aujourd'hui, même lorsque l'on vote, l'impact est nul quand on songe aux promesses électorales non tenues...

  • Raynald Blais - Abonné 10 mars 2014 07 h 46

    Du prof et du panda

    Curieusement, en tant que prof de Philo, M. Villeneuve propage la philosophie de l'Idéalisme en affirmant que notre système politique est démocratique.
    M. Villeneuve, notre système est-il démocratique parce que nous croyons qu'il l'est ?

    Est-ce pour être compris que M. Villeneuve critique simplement le système électoral d'encourager le bipartisme. Vraiment superficielle pour un Panda.

  • Yvon Bureau - Abonné 10 mars 2014 08 h 03

    Arrivée nulle

    Parti nul, arrivéé nulle.

    Philosophiquement, la politiique c'est du sérieux et c'est plein d'humains qui font effort louable pour servir leurs proches et leurs lointains.

    La philo m'a appris à m'approcher le plus possible du réel et de la réalité. Avec grand respect des pensées et des engagements de chacun. Avec des «Il y a ceci, ET, il y a cela». Avec, «D'un côté..., d'un autre côté...».

    Beaucoup de sagesse, objet de la philo, est dans le ET ainsi que dans D'un côté, d'un autre côté».

  • francois landry - Inscrit 10 mars 2014 09 h 12

    retour vers le passé.

    Je suis un peu surpris de le voir influencer les jeunes à rester sur leurs fesses lors du prochains printemps Québécois.

    • Jacques Patenaude - Abonné 10 mars 2014 20 h 28

      Il propose quoi comme organisation sociale cet anarchopanda? c,est la vrai question qu'il faut lui poser. que ferait-il lui de mieux que les autres? Il a surement des idées là-dessus pourquoi ne les met-il pas de l'avant sans doute qu'avec toutes les études qu'il a il pourrait nous offrir un mieux être pour tous...
      je n'en doute même pas....

  • RONALD LESAGE - Inscrit 10 mars 2014 09 h 55

    Bravo , ce parti ferra en soi

    D'aider le parti libéral à se faire élire car les allophones et les anglophones sont assez intelligents pour ne pas séparer leurs votes avec des partis qui sont dans l'impossibilité de se faire élire au pouvoir ou des partis bidons . Alors bravo encore pour ceux qui voteront pour eux et bonne chance avec l'ex gang de Charest .