CAQ: les profs évalués, mais pas mieux rémunérés

<em>«Il n'y a pas de marge de manoeuvre»</em>, a dit le chef de la CAQ, François Legault.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir «Il n'y a pas de marge de manoeuvre», a dit le chef de la CAQ, François Legault.
Saint-Joseph-du-Lac et Montréal — La Coalition avenir Québec (CAQ) abandonne l'idée de mieux rémunérer les enseignants du Québec… tout en maintenant celle de les évaluer. 

Le chef de la CAQ, François Legault, a précisé samedi matin à Montréal que le contexte économique actuel ne permettait pas d'envisager une rémunération supplémentaire pour les enseignants les plus performants. 

«Malheureusement, dans les quatre prochaines années, on n'a pas de marge de manœuvre pour augmenter le salaire des enseignants. Je voudrais le faire, mais on n'a pas cette marge de manœuvre. Il faut se dire la vérité», a-t-il dit. Cette décision pourrait être révisée dans un deuxième mandat. 

N'empêche: la CAQ entend toujours évaluer les enseignants du primaire et du secondaire — initiative qui demanderait, reconnaît-on, des négociations avec les syndicats. L'évaluation serait faite une fois par année, et le processus comprendrait un encadrement pour les enseignants qui échoueraient. Mais à terme, ceux-ci pourraient être congédiés.

En 2012, la CAQ proposait une évaluation, mais assortie d'une bonification de la rémunération pour les meilleurs enseignants — jusqu'à 20 % dans les milieux défavorisés. Cette mesure aurait impliqué des dépenses de 410 millions en 2017-18, selon le cadre financier présenté à l'époque.

Samedi après-midi, François Legault a soutenu que l'absence d'une prime à l'excellence ne compliquera pas la tâche de l'évaluation. «Certaines écoles font déjà des évaluations. Il faut s'assurer que ce soit fait partout. […] Je suis convaincu que tous les enseignants souhaitent être parmi les meilleurs.»

Commissions scolaires

François Legault présentait samedi son engagement à abolir les commissions scolaires, un cheval de bataille de la CAQ depuis sa création. «C'est une structure qui coûte cher, qui déresponsabilise les écoles et qui est malheureusement trop souvent une source de gaspillage», juge-t-il. 

La CAQ propose de transférer l'essentiel des pouvoirs pédagogiques aux écoles, tout en créant des «centres de services» pour gérer certains services administratifs (comme le transport scolaire). Les anglophones, qui sont desservis par neuf commissions scolaires, conserveraient autant de centres de services. Chez les francophones, les 60 commissions scolaires seraient fondues dans 30 centres de services. 

Ce faisant, la CAQ pense pouvoir économiser 300 millions annuellement, soit la moitié du budget actuellement monopolisé par le volet administratif des commissions scolaires. 

Ancienneté provinciale

La CAQ souhaite aussi que l'ancienneté des enseignants, actuellement acquise à l'échelle d'une commission scolaire, soit plutôt calculée à l'échelle du Québec. «Cela permettrait à un enseignant de passer d'une région à l'autre», dit M. Legault. 

Pour assurer plus de stabilité dans les écoles, le chef de la CAQ propose finalement que les écoles offrent des contrats de trois à cinq ans aux enseignants, ce qui permettrait selon lui de diminuer le roulement actuel. Ces contrats pourraient être revus au gré de circonstances particulières (un déménagement, par exemple). 

Couillard opposé

De passage à Saint-Jean-sur-le-Richelieu, Philippe Couillard s’est dit opposé à l’abolition de cette «structure de proximité» que sont les commissions scolaires. Il souscrit à l’objectif de réduire la bureaucratie, mais estime que le moyen préconisé par la CAQ n’est pas le bon. «Ça commence toujours bien par l’objectif, [réduire] la bureaucratie, et ça finit toujours mal. C’est l’histoire de la CAQ», juge-t-il.

Selon lui, François Legault montre «un total manque de sensibilité envers la réalité régionale», mais aussi un manque d’égard envers la communauté anglophone, les commissions scolaires était la seule institution qu’elle contrôle par le vote.

Avec Robert Dutrisac
16 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 8 mars 2014 10 h 57

    Une vision comptable de la société...

    La Coalition Avenir Québec, fruit d'une collaboration entre Sirois, Bouchard (l'avocat affairiste) et Legault, n'a jamais pu sortir de sa vision comptable de la société. Instauré, en premier lieu, pour refléter les préoccupations du Québec Inc. et les aspirations à se doter d'oligarques typiquement québécois, l'ensemble de leurs politiques visent à abattre les tracasseries sociétales que rencontrent le monde patronal sur le chemin de l'enrichissement personnel.

  • François Dugal - Inscrit 8 mars 2014 11 h 07

    Évaluons

    Tant qu'à évaluer le monde de l'éducation, évaluons également les directions d'école et les concepteurs de programmes.
    Toujours tout mettre sur le dos des profs ne parle que d'une petite partie du problème.

    • Pierre Marcotte - Inscrit 9 mars 2014 03 h 02

      Évaluons les politiciens aussi, alors. Comptons les promesses tenues, les emplois créés, la progression du PIB et l'indice du bonheur total de la population.
      Pour évaluer les enseignants, quels sont les critères ?

  • Colette Pagé - Inscrite 8 mars 2014 11 h 10

    Idée intéressante mais difficile d'application !

    L'évaluation au rendement est une idée intéressante mais fort difficile à appliquer. À preuve, l'expérience américaine qui a mené à des abus tel celui d'accorder la note A à tous les étudiants afin d'éviter au professeur d'avoir une mauvaise évaluation.

  • Josette Allard - Inscrite 8 mars 2014 11 h 17

    Abolir les commissions scolaires

    Et les remplacer par des conseils d'école où les parents pourront se chicaner entre eux. M.Legault n'a sûrement pas participer à une réunion de conseil d'établissement pour vouloir offrir aux parents pareil pouvoir de contrôle sur l'école et les enseignants.

  • Guy Desjardins - Inscrit 8 mars 2014 11 h 36

    Une bonne raison de voter pour la CAQ.

    Je connais beaucoup d'enseignants qui aimeraient changer de cartier mais doivent rester dans leur commission scolaire pour ne pas perde leur ancienneté. Sûr qu'ils peuvent voyager mais à quel prix. C'est carrémement une injustice et je félicite M. Legault d'y avoir pensé. (J'ai l'impression que le PQ va essayé de copier bientôt la vision de la CAQ. Ils sont bons dans le copiage et bonnes idées des autres partis). Bien souvent les enseignants comme bien d'autres veulent changer de cartier ou de Ville et c'est de bonne augure. Ça permet de se renouveller. La même histoire lorsqu'un couple ou une personne veux changer d'environnement pour mieux fonctionner. Imaginez un instant, vous demeurez dans un Cartier ou une Ville qui ne vous plait pas, et pour toutes sortes de raisons, vous êtes condamné à y demeurer car vous perdez votre ancienneté d'enseignant. À mon avis c'est frustrant. C'est la même histoire qu'un individu qui a de l'expérience comme grutier et ne peut aller travailler sur la Côte Nord parce que son syndicat... est d'une autre région. Ce n'est pas le cas à ce que l'on dit, mais c'est ce que les enseignants vivent en ce moment. Un changement s'impose et un gros bravo à la CAQ d'avoir du bon sens et une vision du futur pour un enseignement supérieur.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 mars 2014 23 h 17

      Vous êtes dans le champ M. Desjardins. 20% des enseignants qui débutent dans l'enseignement quittent leur profession durant les cinq premières années. Une des raisons principales est le salaire (les enseignants en Ontario gagnent plus de 33% de plus pour le même travail avec les mêmes équivalences éducationnelles et d'années d'expérience).

      Et avec les évaluations annuelles des enseignants, on peut s'attendre à une réaction féroce des syndicats et de nombreuses perturbations dans le monde éducationnel. Ceci, c'est sans parler de l'effet moralisateur sur les enseignants puisque la plupart de ces évaluations sont bidons.

      Si vous pensez que la mobilité des enseignants va faire oublier les litiges énumérés ci-haut, vous vous trompez grandement.

      Et pourquoi je sais cela, c'est parce que je suis un enseignant.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 mars 2014 01 h 06

      Quelqu'un a fait le calcul ?

      J'ai bien entendu M. Legault annoncer qu'il n'y aura pas d'augmentation de salaire pour les profs.

      Si nous aboutons sa «Charte des concitoyens» à la suite de cette nouvelle qui dit que le gouvernement ne pourra pas augmenter les taxes et les impôts plus que l'inflation; le jour où n'importe qui aura quelque augmentation de salaire que se soit est inexistant. Pas facile à changer une Charte, c'est constitutionnel !

      PL