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Trop vieux pour la politique?

« C’est un métier qui demande d’être en forme et de l’être sept jours sur sept. Dès que quelqu’un sent qu’il ne peut plus répondre à cette demande-là, il peut sentir qu’il doit partir », note Lise Payette, ex-ministre du Parti québécois.
Photo: Source Radio-Canada « C’est un métier qui demande d’être en forme et de l’être sept jours sur sept. Dès que quelqu’un sent qu’il ne peut plus répondre à cette demande-là, il peut sentir qu’il doit partir », note Lise Payette, ex-ministre du Parti québécois.

Quand elle a décidé de faire le saut en politique, Lise Payette avait téléphoné à René Lévesque pour lui demander si elle pouvait l’aider à quelque chose. Sa première question avait été de lui demander son âge. « J’ai dit que j’avais 45 ans et il m’a dit : “ C’est parfait. ” J’ai senti que si j’avais eu 55 ou 60 ans, il m’aurait dit que c’était pas une bonne idée », a raconté Mme Payette. « Je me suis souvenue de ça longtemps et j’avais toujours à l’esprit qu’il y avait peut-être une limite quelque part. »

 

Cette limite, quelle qu’elle soit, certains l’ont rencontrée ou peut-être se la sont-ils fait rappeler. Les élus libéraux Henri-François Gautrin (70 ans), Yvon Marcoux (72 ans), Lawrence Bergman (73 ans) et Pierre Marsan (65 ans) ont tous annoncé ces derniers jours qu’ils ne se représenteraient pas aux élections, de même que la députée péquiste de Taillon et ministre de l’Éducation Marie Malavoy (65 ans) qui, après avoir annoncé avec enthousiasme qu’elle briguerait un autre mandat, a brusquement changé d’avis. Tous ces députés ont assuré qu’ils partaient de plein gré, sans aucune pression, certains disant que c’était pour laisser la place « au renouveau », d’autres pour un « retour à la famille ».

 

Vraiment ? Et s’il y avait un âge limite pour faire de la politique active ? « C’est un métier qui demande d’être en forme et de l’être sept jours sur sept. Dès que quelqu’un sent qu’il ne peut plus répondre à cette demande-là, il peut sentir qu’il doit partir, note Mme Payette. Chez les hommes, on sent qu’on doit parfois leur pousser dans le dos, et les femmes, je pense qu’elles le sentent plus vite elles-mêmes. »

 

Aux dernières élections, en 2012, sur 892 candidats, 16,7 % étaient âgés de 60 ans et plus (soit la plus faible proportion) et 23,2 % étaient de la tranche d’âge 50-59 ans, soit la plus grande proportion. La moyenne d’âge des candidats femmes et hommes était la même, soit environ 44 ans.

 

Au cours de l’histoire, rares sont les politiciens qui ont pu continuer en politique au-delà de 70 printemps. Dans la première moitié du XXe siècle, des députés comme Charles Romulus Ducharme ou encore Charles Ernest Gault ont tiré leur révérence de la politique à 80 et 75 ans respectivement. Plus récemment, l’ex-députée et ministre libérale, Monique Gagnon-Tremblay, a pris sa retraite en 2012, âgée de 72 ans.

 

Peur de vieillir

 

Dans les années 1960-1970, l’âge était considéré comme un atout dans une équipe gouvernementale, croit pour sa part l’ancien député et ministre Jean Cournoyer, auteur du Dictionnaire des parlementaires du Québec. « Les cicatrices laissées par les luttes pour la direction des partis politiques ou les ambitions démesurées de certains députés ont été plus souvent que l’âge la raison de l’abandon aux alentours de 60 ans ou avant », a-t-il indiqué. La façon diplomatique de montrer la sortie à un député vieillissant était de le nommer au Conseil législatif (avant qu’il soit aboli) ou juge d’une cour provinciale, se rappelle-t-il.

 

Aujourd’hui, plusieurs partis n’en ont que pour leur cure de jouvence. Pour eux, l’idée de se faire vieux est insupportable, remarque Mme Payette. « Je sens qu’il a un goût de rajeunissement. On cherche de plus jeunes femmes avec des idées nouvelles, dit-elle. Ce n’est pas seulement en politique, c’est partout dans notre société. Souvenez-vous de ce message publicitaire qui parlait de la retraite à 55 ans. Il y a des intérêts économiques dans notre société qui font que les gens ne peuvent pas vieillir. Ils le peuvent, mais pourvu qu’ils ne nuisent pas à cet objectif. »

 

Pire pour les femmes

 

Plusieurs milieux (médiatique, artistique, politique) où l’image est importante rendent la vie plus dure à ceux qui vieillissent. « Les études tendent à démontrer que les milieux où on doit se présenter sous une façade de gagnant, de puissance et de performance impliquent une image de vigueur, de jeunesse et d’énergie. On peut penser qu’en politique, l’âgisme est aussi très présent et que c’est probablement pire pour les femmes », a soutenu Martine Lagacé, professeure au Département de communication de l’Université d’Ottawa, qui a mené de nombreuses recherches sur l’âgisme.

 

De plus en plus de politiciennes qui avancent en âge s’en sortent à merveille, fait remarquer sur un ton plus positif Chantal Maillé, professeure en science politique à l’Université Concordia. « Des gens échappent à ce diktat et veulent s’imposer. Pauline Marois aura 65 ans [le 29 mars prochain] et elle aura 70 ans à la fin du mandat de cinq ans qu’elle sollicite. Et elle a l’air plus forte que jamais », a-t-elle souligné, tout en reconnaissant qu’elle a dû mener un difficile combat, en perdant une bataille contre André Boisclair pour la chefferie du parti.

 

Deux nouvelles candidates péquistes, Gyslaine Desrosiers et Lorraine Pintal, abordent la soixantaine. D’autres sont là depuis plusieurs années et se représentent encore cette fois-ci. « Je ne sens pas qu’on fait table rase pour mettre partout des Martine Desjardins, a insisté Mme Maillé. Il faut le souligner, et ça m’apparaît être un nouveau courant en politique, que des gens décident que tant qu’ils auront la santé, ils n’accrocheront pas leurs patins. »

 

Forcé ou non, le départ n’est pas toujours strictement lié à l’âge. C’est parfois davantage une question d’image. « Il faut faire du cas par cas, croit-elle. La théorie du complot d’exclure les femmes en politique, c’est très XXe siècle. »

9 commentaires
  • Gilbert Garnier - Inscrit 8 mars 2014 07 h 33

    Tellement déplorable pour Marie Malavoy

    Tellement triste de voir Madame Marie Malavoy se faire pousser de la sorte par Pauline Marois. Une femme d'action, de maturité et d'expérience.

    En plus, elle doit mentir sur son départ pour ne pas nuire au PQ.

    Tellement triste ... jetée comme un vieux chiffon.

    Merci, Madame Malavoy pour tout votre superbe travail!

    • Michel Deshaies - Inscrit 9 mars 2014 10 h 37

      J'ai beaucoup de difficulté à croire que Mme. Marois aurait poussé Mme. Malavoy à se retirer. Avec le C.V. que Mme. Malavoy possède, il est plutôt loufoque de croire qu'elle n'avait pas sa place et qu'on lui ait montré la sortie. On est loin des candidatures "plante verte" libérale comme M. Gautrin qui n'a rien à son C.V. de plus que le nombre d'année où il a siégé.

  • France Marcotte - Abonnée 8 mars 2014 08 h 04

    Trop sages pour la politique?

    En effet, si c’est un métier «qui demande d’être en forme et de l’être sept jours sur sept», ça exclut assez vite pas mal de monde, pour ne pas dire tous les humains normalement constitués...

    Mais dans la littérature et les légendes, les sages sont souvent très vieux et assis sous un arbre ou sur une sorte de trône.

    Les plus jeunes se déplacent pour les consulter, écouter leur parole, leurs conseils.

  • Bernard Terreault - Abonné 8 mars 2014 09 h 35

    On exagère

    Il n'y a pas excès de jeunes chez nos députés, au contraire. J'ai 73 ans mais j'aimerais plus de jeunes en politique, pas moins. Si on peut admirer l'énergie d'une Pauline Marois et de quelques autres qui se démènent sans compter à un âge où d'autres ne font rien de plus fatigant que du yoga ou du golf quand ce n'est pas de la TV ou du gazouillage sur internet, il faut avouer que ce n'est pas pour tout le monde. Et il faut dire qu'il y a député et député. Il y a ceux comme les députés du West Island qui n'ont rien de plus à faire que lever la main pour voter et aucun effort à faire pour se faire réélire, mais ceux que je connais s'activent continuellement et ont rarement une fin de semaine à eux.

  • Marcel Bernier - Inscrit 8 mars 2014 10 h 50

    Ni trop jeune ni trop vieux...

    Pour s'occuper des affaires de la Cité : chaque citoyen, chaque citoyenne, de par sa qualité de membre entière de la collectivité, peut, si tel est son désir, participer à l'élaboration de notre vivre-ensemble. La question de l'âge est non pertinente. Même les enfants et les adolescents-es devraient avoir leur mot à dire en ce qui les concerne.

  • Gilles Théberge - Abonné 8 mars 2014 10 h 55

    L'âge me dit pas tout

    L'énergie et la pertinence de la pensée sont certainement les éléments déterminants qui doivent présider à la décision de se lancer en politique.

    C'est vrai que l'âge chronologique n'est pas toujours le meilleur indicateur qui doive prévaloir.

    Nonobstant ce qui précède, je retiens que dans le magnifique film que sa petite fille a tourné pour notre bénéfice, J'oserais dire pour notre ravissement, madame Payette remet ostensiblement le témoin de la course à Martine Desjardins.

    Pour que la lutte des femmes se poursuive il faut aussi le renouvellement et l'énergie de la jeunesse.