Malavoy poussée vers la sortie

Marie Malavoy est députée dans la circonscription de Taillon depuis l’élection complémentaire de 2006 qui visait à combler le siège laissé vacant par le départ de Pauline Marois.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Marie Malavoy est députée dans la circonscription de Taillon depuis l’élection complémentaire de 2006 qui visait à combler le siège laissé vacant par le départ de Pauline Marois.

La ministre Marie Malavoy, qui a annoncé jeudi son retrait de la vie politique, s’est laissé convaincre de céder sa place par la première ministre Pauline Marois et son entourage. La démission-surprise de la ministre de l’Éducation, au deuxième jour de la campagne électorale, fait suite à des pressions exercées en haut lieu pour inciter Mme Malavoy à tirer sa révérence, indiquent nos sources.

 

L’état-major péquiste était convaincu que la députée de Taillon, âgée de 65 ans (elle fêtera son 66e anniversaire le 23 mars), annoncerait sa retraite avant le déclenchement de la bataille électorale. L’entourage de Pauline Marois a été pris au dépourvu lorsque Marie Malavoy a réitéré la semaine dernière, dans un élan d’enthousiasme, qu’elle comptait se faire réélire. « Absolument », avait-elle répondu aux journalistes qui lui demandaient, en marge du dévoilement du nouveau cours d’histoire, si elle se représentait advenant des élections.

 

Devoir accompli

 

Au cours des derniers jours, en pleins préparatifs électoraux, la première ministre a convaincu sa fidèle amie, pour qui elle a la plus haute estime, de prendre sa retraite. La gorge nouée par l’émotion, Marie Malavoy a confirmé jeudi qu’elle tourne la page sur sa carrière de députée. « Je pars avec le sentiment du devoir accompli », a déclaré Mme Malavoy, au cours d’un point de presse à Longueuil.

 

Elle a dit croire que « le temps est venu pour moi de permettre à quelqu’un d’autre de représenter les citoyens de Taillon à l’Assemblée nationale ». Le Parti québécois doit annoncer vendredi une candidature vedette, celle d’une femme, pour remplacer Mme Malavoy dans Taillon.

 

Il n’existe pas de mode d’emploi pour mettre fin à une longue carrière politique. Pour un chef de parti, convaincre un député de laisser place à la relève est un exercice délicat. Qui finit généralement dans les larmes.

 

Le chef libéral Philippe Couillard a dû recourir à cette forme de diplomatie pour convaincre quatre députés de longue date « d’accrocher leurs patins », comme le veut la métaphore sportive, au cours des derniers jours. Les élus libéraux Henri-François Gautrin (70 ans), Yvon Marcoux (72 ans), Lawrence Bergman (73 ans) et Pierre Marsan (65 ans) ont ainsi annoncé leur retraite, en prévision du scrutin.

 

Du pain sur la planche

 

À presque 66 ans, Marie Malavoy est en bonne santé, mais marche avec difficulté, indiquent des gens qui la côtoient à l’Assemblée nationale. Ils notent que la ministre paraît fatiguée depuis plusieurs semaines.

 

Des membres influents du gouvernement Marois rappellent que le prochain ministre de l’Éducation aura du pain sur la planche. De dures négociations s’annoncent avec les commissions scolaires, sommées de trouver des économies qui seront réinvesties dans le réseau. Le ministre Nicolas Marceau n’a pas exclu des fusions forcées de commissions scolaires, lors du dépôt de son budget, il y a deux semaines.

 

Le nom de Diane De Courcy, ministre de l’Immigration et responsable de la Charte de la langue française, est évoqué en coulisse comme une successeure possible à l’Éducation. Certaines personnes du milieu s’étaient même dites surprises de ne pas la voir nommée à ce poste dès son arrivée en politique.

 

Jeudi, Marie Malavoy a assuré que son départ n’avait fait l’objet d’aucune tractation ou pression. « On ne m’a rien promis et je n’ai rien demandé,a dit Mme Malavoy, soulignant qu’elle est à une période de sa vie où elle peut décider de quitter la vie politique sans avoir à se décider sur ce qu’elle fera ensuite. J’ai choisi librement [de partir] sachant qui serait la prochaine candidate. C’est une bonne occasion de renouveler l’équipe. » Elle dit ne pas avoir annoncé plus tôt son retrait pour laisser le temps à son parti de ficeler les derniers détails avec la candidate vedette.

 

Dans les minutes suivant son annonce, la première ministre Pauline Marois a tenu à souligner « la grande qualité de l’engagement de Marie Malavoy », qu’elle a qualifiée de « militante accomplie ». « Je le fais avec beaucoup d’émotion ; c’est une amie. C’est une femme pour laquelle j’ai un très grand respect. C’est une femme remarquable », a dit Mme Marois avant d’énumérer quelques réalisations de Mme Malavoy à titre de ministre de l’Éducation.

 

Formée en travail social, Marie Malavoy a une longue feuille de route comme militante au sein du Parti québécois. Élue pour la première fois en 1994, elle a été nommée ministre de la Culture et des Communications par Jacques Parizeau. Elle a démissionné deux mois plus tard, parce qu’elle avait voté dans une élection sans avoir la citoyenneté canadienne — née à Berlin, elle a aussi la citoyenneté française. Elle a été présidente du PQ de 2000 à 2005, puis a été élue depuis 2006 dans la circonscription de Taillon, sur la Rive-Sud, où Pauline Marois avait siégé durant quatre mandats, de 1989 à 2006.

30 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 7 mars 2014 03 h 36

    Les priorités électorales...

    "la première ministre a convaincu sa fidèle amie, pour qui elle a la plus haute estime"... de partir et
    "À presque 66 ans, Marie Malavoy est en bonne santé, mais marche avec difficulté,... la ministre paraît fatiguée depuis plusieurs semaines."
    Madame Gervais et Monsieur Fortier rapportent tout ici de l'importance accordée au "paraître" par Madame Marois et son équipée électorale pour se mériter une place.
    Moi qui déteste cet ordre des choses, celui-ci ne paraissant n'avoir rien à voir avec les qualités nécessaires pour gouverner, je me demande juste comment Roosevelt a fait pour diriger la plus grande puissance du monde pendant les heures qui furent parmis le plus difficiles de son Histoire ? Lui qui avait les yeux cernés en permanence et se déplaçait avec détermination mais difficulté en fauteuil roulant à une époque où l'accessibilité obligatoires des lieux n'existait pas...
    A la suite de René Lévesque, ne dit-on pas qu'on a les politiciens qu'on mérite ?
    Tourlou !

    • Pierre Samuel - Abonné 7 mars 2014 09 h 06

      Absolument d'accord avec vous, cher Monsieur. Le PQ de Pauline Marois se démasque enfin: un vieux parti, un parti usé à l'égal du PLQ tant décrié, prêt à toutes les compromissions et racolages pour conserver le pouvoir.

      On peut également apprécier à sa juste valeur la < suavité > de Madame qui déclarait pas plus tard qu'hier que < ceux qui ne veulent pas de référendum peuvent également voter pour le PQ. > !?!

      Absolument n'importe quoi... Jusqu'où est-on prêt à prendre les électeurs pour des valises sans fond ?

      Que les véritables souverainistes dans ce parti se lèvent: c'est le temps ou jamais...

      Qu'en pensent notamment les volubiles ténors Drainville et Lisée celui qui prit jadis un malin plaisir à décrire dans une brique de plusieurs centaines de pages: <Robert Bourassa, le tricheur> ?

      Où sont cachés leurs <beaux principes> afin de défendre becs et ongles l'article premier et raison d'être de ce parti depuis près d'un demi-siècle ?

    • Jacques Moreau - Inscrit 7 mars 2014 13 h 05

      Si effectivement Mme Malavoy quitte la politique "sous pressions" de sa chef; quel sont les motifs réels pour la "pousser" vers la porte de sortie? On mentionne ici un "soupçon" de fatigue et de maladie. Quoi d'autre?
      J'ai bien l'impression que nous apprendrons des choses dans quelques mois, après les élections.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 mars 2014 05 h 48

    Bravo et mercis

    Bien qu'il soit comme triste de voir partir toute personne "compétente", il demeure que Mme Malavoy aurait été (et l'est encore toujours) d'une grande inspiration, notamment au chapitre de ses fonctions ministérielles, partisanes, non partisanes !

    Une personne d'action !

    Bravo et mercis ! - 7 mars 2014 -

  • François Ricard - Inscrit 7 mars 2014 06 h 04

    Merci

    Mme Malavoy, un exemple à suivre par tous nos élus.
    Consciencieuse, nous pouvions constater avec combien d'attention ses dossiers étaient bien ficelés. Son respect pour le français, en toutes circonstances, était d'une facture irréprochable. Sa foi en l'indépendance, inébranlable. Mille fois merci, Mme Malavoy.
    Bonne retraite hautement méritée.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 mars 2014 06 h 17

    Tout un cadeau!

    "L’état-major péquiste était convaincu que la députée de Taillon, âgée de 65 ans (elle fêtera son 66e anniversaire le 23 mars), annoncerait sa retraite"

    Mais bon, lorsqu'on lit l'article, apparemment c'est chose courante en politique.

    En tous cas, au niveaux conséquences ce n'est sûrement pas pire qu'Aussant qui a quitté option nationale quelques années après l'avoir fondé pour des raisons archi nébuleuses tel qu'on a pu le lire et le VOIR dans les pages du Devoir...

  • Damien Tremblay - Inscrit 7 mars 2014 06 h 38

    Une vie au service de la nation québécoise

    En regardant le parcours de Mme Malavoy, on ne peut voir autre chose qu'une femme déterminée à bien servir ses semblables. Étant une femme d'action, il est difficile d'accepter que le temps est venu de d'exercer un certain recul et d'accepter de prendre sa retraite de la vie politique.

    Après un certain sabbat, elle acceptera sûrement d'endosser certaines responsabilités moins lourdes; toujours au services de la nation.

    Merci Madame d'avoir aussi bien servi les Québécois. On ne peut malheureusement pas dire la même chose de nombreux autres politiciens dont les écarts de conduite ont contribué à ternir la réputation de la classe politique.