Marois lance la bataille électorale

À la veille du déclenchement des élections, la première ministre du Québec, Pauline Marois, a accueilli le photographe du Devoir à son bureau de Montréal mardi.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir À la veille du déclenchement des élections, la première ministre du Québec, Pauline Marois, a accueilli le photographe du Devoir à son bureau de Montréal mardi.

Québec — À la demande de la chef du gouvernement, le lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne mettra fin mercredi avant-midi à la 40e législature de l’Assemblée nationale. Le Parti québécois, le Parti libéral du Québec, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire sont prêts à engager les hostilités.

 

La première ministre, Pauline Marois, informera le Conseil des ministres de sa décision de précipiter le Québec dans une campagne électorale, et ce, un an et demi après s’être vu confier les rênes d’un gouvernement minoritaire. Sur le coup de 10 h, elle prononcera une courte allocution à la presse, après quoi elle gagnera l’immeuble abritant les quartiers du lieutenant-gouverneur, Pierre Duchesne. Face aux « blocages », aux « bâtons dans les roues » des partis d’opposition, Mme Marois lui demandera de dissoudre l’Assemblée nationale.

 

« Il y a exactement 18 mois, un an et demi jour pour jour, le Québec se donnait un gouvernement du Parti québécois. […] Nous aborderons bientôt, bientôt une nouvelle étape », a-t-elle déclaré mardi soir devant quelque 150 militants péquistes de la région de la capitale nationale.

 

La chef du Parti québécois a offert un aperçu des thèmes que sa formation politique mettra de l’avant afin de convaincre les Québécois de lui confier un gouvernement majoritaire le lundi 7 avril.

 

L’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire constitue un préalable à l’adoption d’une charte de la laïcité, a-t-elle souligné à gros traits. « Nous ferons adopter une charte qui affirme les valeurs québécoises de l’égalité entre les hommes et les femmes et de laïcité. Nous le ferons ! » a déclaré Mme Marois avec énergie, s’attirant les applaudissements nourris d’une foule gonflée à bloc. « Nous voulons continuer à être ce peuple fier, plus fier encore, une nation encore plus accueillante, un pays plus indépendant. Ha ! Ha ! » a-t-elle lancé avant d’inviter cinq candidats de la région de Québec — dont l’ex-journaliste Dominique Payette — à monter sur scène à ses côtés.

 

Lignes d’attaque

 

L’imminence du déclenchement des élections a inspiré, mardi, une métaphore sportive au chef libéral, Philippe Couillard. « Les éliminatoires commencent et j’ai formé des lignes d’attaque. Mon centre, mes ailiers sont déjà à l’oeuvre. Ils ont été identifiés avec l’éducation, la santé et, dans quelques heures, l’économie, qui sont les véritables enjeux, les véritables préoccupations des citoyens du Québec », a-t-il illustré en sortant d’une rencontre avec le maire de Québec, Régis Labeaume.

 

Philippe Couillard a commenté le slogan de campagne de son parti, slogan qui s’est retrouvé prématurément sur les réseaux sociaux : « Ensemble, on s’occupe des vraies affaires. »

 

« Dans notre parler québécois, les vraies affaires, c’est ça que ça veut dire. Les vraies affaires, c’est quoi ? C’est l’économie, l’emploi, l’éducation, la santé. Qu’est-ce qui n’est pas les vraies affaires, c’est la division et la séparation du Québec », a-t-il dit, donnant un aperçu du message qu’il martèlera dans sa campagne.

 

Le mot « affaires » associé aux libéraux a fait réagir Amir Khadir, de Québec solidaire. Selon lui, les « vraies affaires » du Parti libéral, c’est l’enquête que mène l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur l’ex-grand argentier du PLQ, Marc Bibeau, de Shokbéton, un proche de Jean Charest.

 

Philippe Couillard estime que cette affaire n’aura aucune répercussion sur sa campagne. « C’est le passé. Je vis dans le présent et le futur », a-t-il déclaré, rappelant que les règles de financement des partis politiques avaient été changées. « Nous renouvelons profondément notre parti », a-t-il ajouté, signalant que l’afflux de nouvelles figures qui se portent candidats pour le PLQ témoigne de ce changement.

 

En soirée, la chef péquiste s’est moquée à son tour du slogan de campagne du PLQ. « Il y a 18 mois, les Québécois n’en finissaient plus de découvrir des histoires sordides. Celles du régime libéral. Et, malheureusement, on n’a pas fini encore. D’ailleurs, les libéraux l’ont dit eux-mêmes cette semaine : le Parti libéral s’occupe des vraies affaires. Il s’occupe des affaires libérales », a dénoncé Mme Marois, réitérant que sous un gouvernement péquiste, « l’intégrité avance et la corruption, elle, recule ».

 

«Chicane entre péquistes et libéraux»

 

Avant même le déclenchement des élections, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a présenté son autobus de campagne à la presse, mardi matin, se disant prêt à aller défendre ses idées devant l’électorat dès maintenant.

 

Fidèle à lui-même, M. Legault a lancé sa précampagne en brossant un portrait peu reluisant de la situation au Québec. « Certaines personnes trouvent que, parfois, je suis alarmiste, mais je vais persister et signer », a déclaré le dirigeant de la CAQ, répétant que le Québec vit au-dessus de ses moyens, que ses contribuables sont surtaxés et accusent un retard moyen de 20 % en matière de richesse par rapport aux autres provinces.

 

« Si on ne fait pas un virage, si on n’applique pas un remède de cheval, on va foncer dans le mur », a-t-il averti.

 

Selon M. Legault, la situation actuelle est entièrement attribuable à une gouvernance sclérosée. « Ça fait 40 ans qu’on se chicane entre souverainistes et fédéralistes, entre péquistes et libéraux », a-t-il déclaré, disant espérer une élection « historique », où les Québécois exprimeront « un certain ras-le-bol envers les deux vieux partis qui dépensent plus, qui taxent plus ».

 

Le chef du deuxième parti d’opposition a dit s’attendre à une élection portant sur la charte de la laïcité, un sujet dont il croit pouvoir tirer avantage puisque, contrairement aux libéraux, son parti est pour la charte, mais avance une position de compromis qui rallie même les anciens chefs péquistes Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry.

 

Tout en reconnaissant que sa formation recueille moins de 20 % d’appuis dans les sondages, M. Legault dit être persuadé de voir cette proportion augmenter en cours de route, rappelant qu’il avait amorcé la campagne de 2012 au même niveau pour finalement récolter 27 % des suffrages exprimés.

 

« Nous sommes mieux préparés que la dernière fois », a-t-il fait valoir, disant viser une récolte, cette fois, de 30 à 35 % des suffrages. Il affirme que, même si plusieurs de ses candidats ne sont pas très connus, son équipe est la plus compétente qui soit, et ce, tant dans les domaines de l’économie que de la santé, de l’éducation et de la culture.

 

Les troupes de François Legault se mobiliseront autour du slogan « On se donne Legault », déjà inscrit sur l’autobus de campagne qui sillonnera les routes du Québec au cours des prochaines semaines.

 

L’Assemblée nationale compte à l’heure actuelle 54 élus péquistes, 49 libéraux, 18 caquistes, deux solidaires (Amir Khadir et Françoise David), ainsi que deux indépendants (Daniel Ratthé et Fatima Houda-Pepin).

 

Afin de diriger un gouvernement majoritaire, Pauline Marois, Philippe Couillard, François Legault ou Françoise David doivent fait élire 63 candidats.

47 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 5 mars 2014 00 h 44

    Le PLQ et les affaires.

    En neuf ans de gouvernance le PLQ a augmente la dette des quebecois de 35% et ce parti nous propose toujours de parler "affaires"...De plus,il y a la corruption au niveau du financement du parti qui commence a sortir.M.Couillard a beau nous dire que c'est du passe,mais avons-nous la memoire si courte et le pardon si facile?
    Bien sur,il y en aura pour croire aux belles paroles du PLQ ou peut-etre voteront-ils pour ce parti par habitude.
    M.Couillard veut aussi prendre des votes en semant la peur chez les inquiets de nature avec le referendum.Mais les quebecois sont deja passes par deux referendums,on a peur de l'inconnu,la troisieme fois c'est presque une habitude et la crainte s'est presque envolee.M.Couillard devra chercher un autre cheval de bataille..

    • Roland Berger - Inscrit 5 mars 2014 09 h 05

      Biein oui, les référendums, ça fait mal quand on les perd, mais ça ne tue pas. La peur de la catastrophe s'estompe avec son usage provoqué par les fédéralistes, qui devront suscitete une nouvelle peur.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 5 mars 2014 11 h 54

      La peur des musulmans. Super efficace. C'est à la monde ces temps-ci.

  • Yves Côté - Abonné 5 mars 2014 04 h 27

    Alea jacta es...

    Pour se trouver aux manettes du pouvoir sans partage, plutôt que se contraindre et contraindre ses troupes au minimum de créativité, de rigueur et de tolérance pour arriver à proposer aux Québécois l'orientation claire d'un projet de société ambitieux, Madame Marois choisi de jouer le tout pour le tout. Et par dessus-le marché, en passant une facture salée à des Québécois qui pourraient largement s'en passer...
    Ce faisant, celles et ceux-ci se trouvent massivement coincés entre la volonté de ne surtout pas ramener au pouvoir un parti gangréné par des affaires sulfureuses et l'inquiétude que "les clés du camion" soient remises à une équipe qu'ils jugent, au mieux et pour leur plus grand nombre, ne mériter qu'à moitié la confiance.
    Demain, les stratégies de représentants de commerce iront bon train.
    Mais qui donc y gagnera le plus puisque encore une fois, de l'absence de ce mode électoral proportionnel tant nécessaire, ce ne sera certainement ni le peuple, ni la démocratie qui progressera ?
    Sera-ce un ou quelques tiers partis ? Ou plutôt cette vide abstention qui ne cesse de s'affirmer partout dan le monde où pourtant, on vote ?
    Sauf que de ne pas avancer, n'est-ce pas déjà de reculer ?
    Alea jacta es.

  • Benoît Tremblay - Abonné 5 mars 2014 04 h 46

    Hostilité ou complicité

    "Le Parti québécois, le Parti libéral du Québec, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire sont prêts à engager les hostilités".

    Hostilités? Pourquoi les femmes et les hommes qui se présentent pour former le prochain gouvernement devraient-ils être hostiles entre eux? Pourquoi ne pourraient-ils pas, enfin, proposer des points de vue différents mais complémentaires? Ne pourraient-ils pas prendre le temps d'être posés et prêts à collaborer sainement au mieux-être de la société?

    Le Québec, pourrait-il être distinct pour une fois, en amorçant de vrais changements au système parlementaire, changements qui commencent par l'état d'esprit de chacun de nous électeurs ou candidats?

    Les conflits ne se passent pas seulement loin de nous comme en Ukraine. Cela commence à l'intérieur de chacun de nous. Un rêve d'espoir, de paix pour la société québécoise? Il n'est jamais trop tard pour un premier pas, un premier vote, en ce sens.

    • Robert Raymond - Inscrit 5 mars 2014 09 h 45

      J'ai bien peur que vous ne rêviez, effectivement. Avec un parti de dinausaures comme le parti Libéral qui n'a de soif que le profit personnel pour ses sbires et leurs amis que leur permet la prise du pouvoir, on ne peut que rêver. Ils étaient comme cela il y a cinquante ans, ils étaient comme cela il y a trois ans et ils seront comme cela encore très longtemps.

  • Réjean Dumais, ing. - Inscrit 5 mars 2014 06 h 08

    Blocages et bâtons dans les roues avant le baîllon.

    Bonjour !
    J’espère que ce n’est pas seulement la possibilité de blocage lors de l’adoption éventuelle du budget proposé par le Parti québécois qui justifie des dépenses électoralistes.
    Avoir un gouvernement majoritaire permettra à ce parti de régler, à sa façon, d’autres problèmes. Mais lesquels, et ce, avec la menace du bâillon entre autre.
    En sommes-nous encore rendu là ?
    Si la démocratie se résume à ça, on doit vraiment s’en parler pendant cette campagne.
    Bonne journée !

    • Robert Raymond - Inscrit 5 mars 2014 09 h 48

      Il y a des ingénieurs (beaucoup) au Québec qui devraient demeurer ''profil bas'' pendant cette campagne et pour longtemps même.

  • Paolo Mitriou - Inscrit 5 mars 2014 06 h 25

    Le slogan du Parti Québécois

    Primeur

    Le PQ attendait de voir les slogans des autres partis avant de formuler définitivement le sien. Pour "répondre" au "On se donne Legault" de la CAQ (qui fait référence à un point de départ encore attendu) et au "Ensemble, on s'occupe des vraies affaires" du PLQ, le PQ va lancer son slogan officiel aujourd'hui. Tenez-vous bien! Ce sera: "Ensemble, on est partis pour le vrai Québec". Ce slogan laisse entrevoir un mouvement déjà en marche contrairement à "On se donne Legault" qui n'est qu'une invitation à un départ et contient l'expression "vrai Québec" qui englobe un ensemble de choses plus complet que le simple "vraies affaires" du PLQ, qui peut amener à limiter la perception au monde des affaires ou à de simples préoccupations économiques. De plus, le slogan du PQ renferme les termes "partis" et "Québec" qui rappellent clairement le nom du Parti Québécois et l'expression "vrai Québec" qui fait subtilement référence à un Québec souverain.

    Paolo Mitriou
    Penseur souverainiste

    • Rachel Taillon - Inscrite 5 mars 2014 11 h 56

      Je trouve que ce slogan est à l'image du PQ, un parti qui n'est pas inclusif, si vous n'êtes pas des séparatistes vous n'êtes pas de vrais québécois ...Que voulez-vous dire par" de simples préoccupations économiques" il n'y a rien de simple dans l'économie ...et pour moi ce sont les vraies affaires qui devraient nous préoccuper ... l'économie, l'emploi, la santé , l'éducation .

      Rachel Taillon

    • Guillaume Houle - Inscrit 5 mars 2014 16 h 41

      MMme Taillon,


      Tous les partis qui ont fait élire un député lors de la dernière élection
      ont des programmes qui traitent de culture, d'économie, d'éducation, d'emploi, de santé, entre autres priorités.

      Bref, tous les partis qui ont fait élire un député lors de la dernière élection parlent des sujets qui vous intéressent.

      C'est la manière d'agir qui est différente. Le PLQ, par exemple, a préféré augmenter le salaire des médecins. Les services rendus aux patients ont pourtant diminué. Le PLQ a laissé les mines être exploitées par des privés. Le Québec a été privé de sa part de redevances. Le PLQ n'a pas voulu imposer davantage les riches et a continué à augmenter les dépenses. Résultats : les finances publiques sont dans le rouge.

      Les vraies affaires, c'est réaliser que le PLQ parle, mais que ses recettes ont eu un effet : augmenter la dette du Québec de manière significative avec des résultats mitigés au plan économique et des coûts de santé qui ont continué à grimper,

      P.S. : Les souverainistes sont aussi des québécois. Qui n'est pas inclusif ici?