Recentrer le débat sur les «vraies affaires»

Philippe Couillard a beaucoup travaillé son ton et la simplicité de ses messages pour arriver à se faire le candidat des « vraies affaires », une expression dont le PLQ a fait le pilier de son slogan. Il entend opposer ses préoccupations aux « faux débats » du Parti québécois.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Philippe Couillard a beaucoup travaillé son ton et la simplicité de ses messages pour arriver à se faire le candidat des « vraies affaires », une expression dont le PLQ a fait le pilier de son slogan. Il entend opposer ses préoccupations aux « faux débats » du Parti québécois.

Québec — Philippe Couillard entend mener une campagne électorale rivée sur les préoccupations terre à terre de la population, loin de la charte de la laïcité dont il ne voudra pas parler spontanément, loin de ses velléités de signer la Constitution, une campagne axée sur la croissance économique, qu’il lie au maintien des services publics.

 

Philippe Couillard a terminé son apprentissage : il se dit fin prêt à se lancer dans cette première campagne électorale à titre de chef du Parti libéral, campagne qu’il aborde « avec beaucoup d’enthousiasme », affirme-t-il dans une entrevue accordée au Devoir il y a quelques jours. « Aussi bizarre que ça puisse paraître, j’ai l’intention de prendre plaisir à l’expérience. »

 

Nouveaux hommes forts

 

Malmené par le départ du caucus libéral de la députée de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, le leadership de Philippe Couillard est intact, soutient-il. « Un des signes de leadership, c’est d’être capable de s’entourer de personnes fortes », fait-il valoir. De nouvelles personnes fortes.

 

« Le test ultime, c’est la capacité de recruter des candidats de haut niveau » dans « le climat actuel de cynisme relatif » qui frappe la classe politique. C’est le cas du caquiste repentant Gaétan Barrette, forte tête s’il en est, et des nouveaux candidats au profil économique que sont Martin Coiteux, Jacques Daoust et Carlos Leitao.

 

Le message électoral du Parti libéral, Philippe Couillard le résume ainsi : « L’urgence au Québec, c’est de rétablir une économie prospère et des finances publiques saines, sinon il n’y a pas de choix à faire parce qu’il n’y a pas les moyens des choix. » Les thèmes électoraux seront regroupés « sous le grand vocable économique ».

 

Le chef libéral parlera d’éducation et aussi de santé, une des principales préoccupations de la population, « en rappelant que, pour éviter qu’on ait des coupes comme on en a maintenant, il faut générer des moyens collectifs suffisants ».

 

Depuis quelque temps, Philippe Couillard, qui se veut le candidat des « vraies affaires », comme l’annonce son slogan de campagne, tente de simplifier son discours. Il ponctue ses allocutions de tournures populaires, comme « pantoute », qui ne font pas très collège Stanislas, où il a étudié à Outremont. « Je suis quand même un citoyen comme les autres. J’ai accès à plusieurs niveaux de langage, avance-t-il. Je passe moins de temps à expliquer la genèse de l’idée pour arriver à l’idée et à la conclusion. » Il dit aussi avoir « plus de spontanéité dans ses discours ».

 

Spectre référendaire

 

Avant même que les hostilités électorales ne soient lancées, Philippe Couillard n’a pas hésité à brandir le spectre du référendum et de la « séparation », un mot que le chef libéral veut remettre au goût du jour. « La première chose que je vais faire, c’est de remettre la table du bon côté. Le fardeau de la preuve, c’est du côté de ceux qui veulent changer l’état actuel des choses, juge le chef libéral. C’est faux de dire qu’il y a une symétrie de fardeau. Le fardeau est sur ceux qui veulent retirer la citoyenneté canadienne aux Québécois. »

 

Lui-même se définit « d’abord et avant tout comme Québécois », évitant l’écueil sur lequel s’était lancé son actuel président de campagne, Daniel Johnson, qui, en succédant à Robert Bourassa comme chef libéral en 1993, s’était déclaré « Canadian first and foremost ». Mais « un Québécois qui est également heureux de sa citoyenneté canadienne », ajoute Philippe Couillard.

 

Sur le plan identitaire, le Parti libéral ne perdra pas de points en raison du débat sur la charte de la laïcité, croit-il, même chez les francophones en région. « Je pense que ça va être un dossier mineur. D’abord, ça fait longtemps que ça traîne. […] Ça va être bien difficile de faire vivre ça en campagne électorale. »

 

À son avis, les enjeux identitaires qu’exploite le PQ sont à mille lieues des préoccupations réelles de l’électorat, du moins l’électorat que vise le Parti libéral, « l’électorat qui est changeant », cet électorat sans allégeance politique qui est en croissance dans toutes les démocraties avancées, fait-il observer. « Ce que les gens veulent entendre, c’est un discours qui est direct, qui parle des véritables préoccupations. Ce que je vais reprocher particulièrement au Parti québécois, c’est d’avoir des faux débats, des fausses urgences, des fausses priorités. »

 

Philippe Couillard, de son nom de baptême Philippe Couillard de l’Espinay, particule qu’il a choisi de mettre de côté, s’intéresse à la philosophie, au philosophe présocratique Héraclite tout particulièrement. « Tout est flux, tout bouge, rien ne reste immobile, cite le chef libéral. S’il y a un endroit où c’est vrai, c’est bien en politique. » Héraclite, dit « l’Obscur », était reconnu cependant pour ses sentences énigmatiques. Mais c’est pour Napoléon que Philippe Couillard se passionne : en campagne, il traînera avec lui l’ouvrage de Serge Joyal Le mythe de Napoléon au Canada français, une brique de 576 pages qu’il lira « à petites doses », se promet-il.

67 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 5 mars 2014 04 h 53

    Triste

    C'est triste quand un docteur se prend pour un comptable !

    PL

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 5 mars 2014 15 h 09

      29 000 québécois ont quitté le QC en 2013..

      Dans les six premiers mois de 2013, le QC perdait 50 000 emplois par mois alors qu'il s'en créait autant dans le ROC...La situation s'est redressée les mois suivant et QC a rattrappé une partie des emplois perdus...

      Les chiffres ne montrent pas toujours si les emplois recrées sont des emplois à temps partiel ou temps complet ni si la qualité des emplois créés en niveau salarial sont équivalents à ceux perdus...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 5 mars 2014 15 h 36


      "Enlevez les 16.5 milliards de transferts fédéraux et les subventions massives de l'Assurance-Emploi au budget actuel et vous avez un défécit de 20 à 25 milliards et non 2.5 milliards actuels...."

    • Pierre Langlois - Inscrit 5 mars 2014 21 h 36

      @ Sol Wandelamier

      1- Le supposé exode du Québec est contestable, comme l'a démontré le démographe A. Bélanger.
      2- L'économiste Pierre Fortin nous dit que le taux d'emploi des 15-64 ans au Quebec dépasse maintenant celui de l'Ontario et des Etats-Unis, alors qu'il y a 20 ans il était de 10% inférieur.
      3- Pour les transferts fédéraux vous omettez commodément que les contribuables Québécois (eh oui cela existe) contribuent à cette cagnotte. De plus, ces transferts existent dans toutes les provinces. Et de surcroit, la péréquation, qu'on nous cite a n'en plus finir, résulte partiellement de la moindre quantité d'investissements productifs (comparé aux autres provinces) du fédéral au Québec (achats de biens et services, soutien aux industries, investissements directs et indirects): lire "Un gouvernement de trop" de S. Gobeil à ce sujet.

      Franchement, avez-vous quelque chose d'autre à nous proposer que le chantage économique pour nous faire apprécier le Canada: comme accueillir les Québécois dans la Constitution avec une reconnaissance de la sociéte distincte par exemple? Difficile à envisager au pays de Don Cherry et du National Post!

    • Claude Champagne - Inscrit 6 mars 2014 09 h 40

      Bien répondu M. Langlois, c'est assez clair.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 6 mars 2014 15 h 43

      M.Langlois..Si je vous appelle monsieur, j'aimerais bien être traitée de madame! Merci..

      Je suis tout à fait au courant du fait que le Québec fait encore partie du Canada à cause du fameux "Fédéralisme profitable"..

      Même après un référendum positif, le QC aura besoin de la coopération du ROC pour prendre son envol...

      Le Canada peut très bien en réaction faire appel à son véto et bloquer la participation du QC dans les contrats de libre-échanges avec l'europe ou les É.U.et Mexique...votre ton arrogant n'est pas de mise...

      Le Canada n'est pas Don Cherry, Rob Ford ou le National Post, de même que le QC n'est pas Vaillancourt, Risuto ou Villemaire..

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 6 mars 2014 15 h 57

      M. Langlois le QC reçoit 55% du montant total de la peréquation canadienne et 40% du montant total de l'Assurance-Emploi pour une population de 23%...

      Ces dépenses et manque de revenu sera à intégrer dans le budget de l'AN UN..Cela ne peut venir qu'aux dépends des programmes sociaux...

      À ce moment -là, on ne pourra plus chiâler:"C'est la faute du fédéral"...

      L'Écosse vient de se faire dire: La grande-Bretagne ne fera pas d'union monétaire avec la Livre Sterling en cas de séparation de l'Écosse..

      On peut minimiser l'importance de l'économie jusqu'à un certain point..Les rêves ne nourrissent pas leur homme!

  • France Marcotte - Abonnée 5 mars 2014 05 h 40

    Fond des affaires

    Les «vraies affaires»...Jean Charest ne disait-il pas légèrement autrement la même chose?

    Le PLQ montre ainsi surtout l'idée méprisante qu'il se fait de l'électorat qu'il veut séduire: le grand résevoir des gens «ordinaires». Un simple slogan pour aller les chercher suffit mais le discours du chef se fait philosophique, s'adressant je suppose aux journalistes pour toucher leur bonne grâce, chose bien utile aussi.

    Et l'expression «les vraies affaires» semble surtout servir à en taire une autre: les affaires fondatrices.

    • Bernard Gervais - Inscrit 5 mars 2014 14 h 28

      @ Mme Marcotte

      D'accord avec vous : le PLQ méprise souvent l'électorat.

      Et un exemple récent : Ph. Couillard et Y. Bolduc tout heureux d'accueillir dans leur équipe cet opportuniste de G. Barrette, lui qui a si souvent critiqué le gouvernement Charest et en particulier Bolduc.

      En voyant cela, bien des gens ont eu l'impression d'avoir été dupés.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 5 mars 2014 14 h 55

      L'arrivée de Gaetan Barette a fait coulé beaucoup d'encre dans ces pages car cela a touché une corde sensible...

      M. Couillard a fait un bon coup..

    • Gaetane Derome - Abonnée 5 mars 2014 16 h 12

      Oui,M.Charest aussi parlait d'economie et il nous a bien eue..En neuf ans sous sa gouvernance le Quebec a augmente sa dette de 35%.Toujours pret(e) a parler "affaires" avec le PLQ???

  • Josette Allard - Inscrite 5 mars 2014 06 h 56

    Préoccupation citoyenne

    Les Québécois aimeraient sûrement entendre Couillard leur parler des sommes non déclarées reçues par son parti et leur révéler le nom de ces généreux contributeurs. Les Québécois aimeraient surtout l'entendre promettre , durant la campagne, comment son parti entend rembourser ces sommes mal acquises.

  • Louka Paradis - Inscrit 5 mars 2014 07 h 34

    Simplicité ou simplisme ?

    Comme d'habitude, M. Couillard et le PLQ sont déterminés à s'enfouir la tête dans le sable. «Changer l'état actuel des choses», c'est une nécessité : M. Couillard est le premier à crier sur tous les toits que la situation est «catastrophique» (à ses yeux, à tout le moins)... Quant aux autres enjeux, la charte notamment, c'est loin d'être un faux-débat puisque plus de 60% de la population s'y intéresse et l'appuie.

    Désolé, M. Couillard : la neutralité religieuse de l'État, l'égalité des hommes et des femmes, la défense et la promotion du français, tout cela fait aussi partie des dossiers que doit gérer la personne qui dirigera le Québec, et cela n'exclut aucunement l'économie, l'emploi, la santé et l'éducation.
    Le PQ, lui, peut gérer de front TOUS ces dossiers : si vous n'en êtes pas capable, et bien, laissez la place à Mme Marois ; elle a prouvé qu'elle et son équipe ministérielle accomplissent un travail fort efficace, en plus de réparer simultanément l'énorme gâchis que l'ancien gouvernement a laissé derrière lui.

    • Jacques Moreau - Inscrit 5 mars 2014 11 h 04

      Neutralité religieuse, égalité des sexes, promotion du français.... peuvent bien avoir une certaine importance; mais quand on en discute en priorité pendant des mois, c'est là qu'on ne peut plus s'occuper des "vrai affaires". Si vous crevez de faim ou gelez dans le noir, peu importe la religion, le sexe ou la langue, vous voudriez, en premier, manger et vous mettre à l'abris au chaud. On en est pas à cet extrême, Dieu merci!

    • Louka Paradis - Inscrit 5 mars 2014 15 h 18

      Justement, M. Moreau, les faits démontrent que le gouvernement Marois a agi de manière efficace pour créer des emplois et pour mettre en oeuvre des mesures structurantes en vue de faire progresser l'économie. L'équipe ministérielle est solide et compétente : tous ont travaillé d'arrache-pied, dans toutes les sphères, pour mettre en marche le Québec après la stagnation et l'endettement causés par l'ancien gouvernement libéral.

    • Gaetane Derome - Abonnée 5 mars 2014 16 h 22

      M.Moreau,

      S'ils en ont discute pendant des mois,sans aboutir,et ce dans plusieurs dossiers c'est que le gouvernement actuel s'est fait mettre des batons dans les roues de facon systematique,entre autre par l'opposition.Il est difficile de travailler lorsqu'on est minoritaire.Meme le projet de loi 52 pourtant commence sous le gouvernement Charest s'est vu bloque par le PLQ..On voit bien qu'il s'agit de mauvaise volonte de la part du PLQ.Ce parti ne veut pas travailler en equipe,le PLQ veut le pouvoir et a tout fait pour que Mme Marois n'ait plus que le choix d'aller en election.

    • Claude Champagne - Inscrit 5 mars 2014 17 h 08

      Pour les dix-huit mois de gouvernance, contraire aux libéraux le gouvernement de Mme Marois, n'a pas rempli la carte de crédit, pour nous faire passer la duperie des libéraux "les vraies affaires" des emplois à crédit soutenu artificiellement.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 mars 2014 07 h 36

    Les vraies affaires

    C'est cela. Les vraies affaires. Comment augmenter la dette brute du Québec par plus 33% en seulement 9 ans. Parler en au petit frisé qui avait les deux mains sur le volant et dont le nom semble revenir de plus en plus à la commission Charbonneau. Et ça, se sont les vraies affaires, pas celles du petit peuple qui peine à tous les jours, mais celles des multinationales intercontinentales. Et la social-démocratie, ça, ce n'est pas la vraie affaire.

    Un petit "Porter on the ROC" avec ça ?