Réussir l’anti-campagne de la dernière chance

Sans candidatures-vedettes, et avec plusieurs points de retard sur le PQ et le PLQ dans les sondages, François Legault tentera de gagner « la bataille de sa vie » en martelant sont thème central : l’économie.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Sans candidatures-vedettes, et avec plusieurs points de retard sur le PQ et le PLQ dans les sondages, François Legault tentera de gagner « la bataille de sa vie » en martelant sont thème central : l’économie.

C’est la réponse que François Legault donne à tous ceux qui lui parlent des mauvais résultats de la CAQ dans les sondages, à savoir que ce n’était pas beaucoup mieux au déclenchement de l’élection 2012 et que le parti s’en est pourtant tiré avec 27 % du vote. « Je suis très zen », assure-t-il à l’aube d’une campagne que plusieurs annoncent difficile pour son parti.

 

Pas de candidature qui retienne l’attention, pas de traction dans les sondages, des idées phares qui sont « volées »par ses adversaires… François Legault entame la campagne électorale dans une posture délicate. Mais le chef de la Coalition avenir Québec promet de livrer une « anti-campagne » qui sera la « bataille de sa vie », toutes cartes abattues. Et advienne que pourra.

 

« J’ai fondé la Coalition pour présenter des idées et une vision qui n’existent pas dans les deux autres partis. Ce sera aux électeurs de décider s’ils choisissent cette vision. Mais moi, je vais mener cette campagne avec toute mon énergie. »

 

Au bout du fil, sa voix fait un peu le yo-yo, comme d’habitude. Mais le ton n’est pas résigné. Sans mettre de lunettes roses, François Legault estime possible de pouvoir causer une surprise au soir du 7 avril. Après tout, l’histoire des campagnes électorales ne manque pas de revirements de situation.

 

Déjà vu?

 

Retour au jour 1 de la campagne 2012: la CAQ était créditée de 21 % des intentions de vote dans un sondage Léger, soit plus de dix points derrière les libéraux et les péquistes. Cinq semaines plus tard, au terme d’une campagne où M. Legault a souvent donné le ton, le parti récoltait 27 % des voix, mais seulement 15 % des sièges. La CAQ a fait élire 19 députés et a terminé deuxième dans plus de 50 circonscriptions.

 

Or le dernier sondage publié par la même firme (le 20 janvier) situe aujourd’hui les appuis de la CAQ à environ 17 %, encore loin derrière les deux principaux partis.

 

Même contexte, donc ? Pas nécessairement. En 2012, la CAQ était en légère remontée dans les sondages au moment du déclenchement des élections. Cette année, c’est le contraire, le parti stagnant à des niveaux d’appui qui étaient ceux de l’Action démocratique du Québec avant qu’elle ne se saborde.

 

Pour ajouter au portrait, les deux principales vedettes de la campagne caquiste de 2012, Jacques Duchesneau et Gaétan Barrette, ne sont plus sur les rangs cette année, l’un à la retraite, l’autre devenu libéral.

 

Deux absences que François Legault présente néanmoins comme un plus pour son « anti-campagne ». « J’ai appris en 2012 qu’il vaut mieux cibler et orienter notre message, explique-t-il. Il y a 18 mois, la présence de MM. Duchesneau et Barrette a fait en sorte que notre campagne a beaucoup porté sur l’intégrité et la santé. Or, cette année, on veut que notre message principal soit vraiment sur l’économie. » Sans candidats-vedettes, il y aura moins de « distractions », dit M. Legault.

 

Campagne de carême

 

Économie, donc. Ce sera là le mot d’ordre d’une campagne qui s’annonce aride. « On va proposer aux Québécois une anti-campagne, en fait, explique François Legault. J’étais en Gaspésie [la semaine dernière] et je voyais les gens qui sont habitués à ce que les politiciens viennent leur proposer des bonbons pour leur région. Ce que je leur dis, moi, c’est qu’il n’y aura pas de bonbons, dans aucune région. » Une sorte de campagne de carême.

 

Le plan de la CAQ consiste à « prendre la défense des contribuables » en expliquant là où des économies sont possibles pour remettre les finances de l’État en ordre. « Je vais continuer à marteler l’importance de faire le ménage dans les dépenses, mais je vais insister davantage sur les effets de ce ménage. C’est une leçon que je tire de 2012 », dit François Legault.

 

Ça ne fera pas la campagne la plus sexy qui soit, mais le chef de la CAQ pense qu’il tient avec ce thème sa meilleure carte. « Quand je compare notre équipe économique à celles du PQ et du PLQ, nous avons de loin le plus d’expérience », dit-il en parlant notamment des députés Christian Dubé et Stéphane Le Bouyonnec. « Et globalement, nous avons plus de cohérence qu’il y a 18 mois. Le programme n’a pas beaucoup changé, mais nos candidats [dont la moitié étaient là en 2012] le maîtrisent plus. »

 

Autre avantage mis en avant par l’ancien ministre péquiste et fondateur d’Air Transat : la structure du parti est plus solide, les fondations sont mieux ancrées. La campagne sera mieux rodée et plus étendue que celle de 2012, largement concentrée dans le 450, et elle disposera d’un budget de 3,5 millions (600 000 $ de plus).

 

 

On verra…

 

Quand on lui demande s’il éprouve une certaine frustration à s’être fait voler quelques idées par ses adversaires — la dernière en date étant la décision du gouvernement Marois d’investir dans le développement pétrolier sur Anticosti, un an après que la CAQ eut suggéré les mêmes termes —, cela sans en tirer parti, François Legault répond que non. Zen jusqu’au bout.

 

« Honnêtement, ce que je souhaite, c’est qu’on ait certains changements au Québec. Pour moi, de savoir qui va les mettre en place, c’est secondaire. » Comme il le disait souvent : on verra.

21 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 5 mars 2014 05 h 14

    Voisins

    Hier, devant son autobus à Go Go, notre ami à tous lança une phrase très nébuleuse. Il dit aux gens de Québec : «Regardez vos voisins, il y en a sûrement quelques uns qui travaillent au gouvernement.»

    Comment cette phrase aurait-elle fini s'il était allé jusqu'au bout de sa pensée, connaissant son leitmotive -Couper dans la fonction publique- : «Regardez votre voisin et vous verrez un futur chômeur !» ???

    Le mystère de Québec m'est encore tout à fait incompréhensible. Ces gens-là votent pour un homme qui promet de couper des emplois à leur population par milliers. Totalement incompréhensible !

    PL

    • Real Melancon - Inscrit 7 mars 2014 09 h 42

      Ca veut dire que votre voisin qui a 7 semaines de vacances par année, et qui aura un fonds de pension que vous ne serez jamais capable de vous payer, vit au crochet de l'État.

      Et que l'État en est maintenant a $200 milliards de dette, et est incapable de boucler son budget pour payer votre voisin.

  • Gaston Langlais - Inscrit 5 mars 2014 06 h 16

    Régions boudées...

    Bonjour.

    M. François Legault partira sans aucun doute pour la retraite. Son discours anti-régional l'a coulé. La confirmation nous sera communiquée le 7 avril prochain tôt en soirée.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Marc Bergeron - Inscrit 5 mars 2014 14 h 44

      Depuis des lustres que les régions ont des promesses bidons, la situations n'est pas tellement améliorer.

  • F. Georges Gilbert - Inscrit 5 mars 2014 07 h 53

    Un vire-capot ..

    va de pair avec goût amer,n'est-ce-pas M. Legault...C'est à votre tour de vous faire parler de ''désamour''..Dur dur l'effet boomerang et ça laisse souvent des traces.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 mars 2014 16 h 28

      Comme vous avez raison M. Gilbert.

      Les vire-capots ne font pas long feux en politique. Vous m'entendez MM. Legault et Barrette.

      Et le Québec sera anti-Legault dans cette campagne électorale. Après, on verra.

  • Guy Desjardins - Inscrit 5 mars 2014 09 h 22

    Les sondages peuvent être faussés.

    Aux dernières élections Fédérales on a eu droit à une déconfiture du Bloc Québécois. Ce sondage pour le moment n'indique pas la réalité des individus(es) qui veulent un Gouvernement pour changer la façon de dépenser en sachant que le Québec n'a pas d'argent. Il y a une chose qui me chicotte. Le but premier du PQ c'est la séparation du Canada. Alors plus de 40% est contre la séparation. Comment se fait'il que l'on veut élire encore, pour peut être 4 autres années un parti qui veut absoulument la séparation et tout ce qui vient avec. L'incertitude qui fait que les investisseurs se retirent et l'économie stagne, ne pas dire tourne en rond. Je crois que M. Legault est un homme courageux comme les membres de son parti et va annoncer son programme qui veut réellement nous sortir du trou, ce que le parti Québécois creuse de jour en jour en donnant des cadeaux à la Duplessi. Mme Marois ne veut pas de débats à la TV pour nous expliquer son programme et la façon de réduire les taxes et le déficit énorme en plus de la capacité des individus(es) de boucler les fins de mois. Sans être divin nous savons très bien ce que cela veut dire de limiter les débats et répondre à des questions plantées. Après avoir lu le livre d'un Québec Gagnant de M. Legault, je crois que son programme est appoint pour un Québec en Santé. Ça va être aux Québécois (es)de décider de leur avenir en santé et en économie ou péricliter.

    • Claude Champagne - Inscrit 5 mars 2014 12 h 39

      Comment voulez-vous élire un parti d'anciens libéraux? Leur seul but, c'est de se servir et non pas servir le peuple, comme Charles Sirois par exemple. Ils veulent remettre les finances du Québec dans les mains des corporations, banques pour faire adopter des lois profitant ceux-ci. Non merci, on en a eu assez de ce genre pendant 10 ans de gouvernance libérale.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 5 mars 2014 14 h 27

      À date, M. Desjardins ce n'est pas 40% mais 60% de la population qui ne veut pas de la séparation...Un petit pourcentage d'entre eux vont ,malgré cela voter pour le PQ et pour la Charte, cette machine à atrapper les crédules...
      Je crois aussi que M.Legault est celui qui est le plus honnête dans sa vision pour le QC: Une séparation dans le futur quand le QC sera indépendant financièrement...

      Avant cela, c'est juste une voie irresponsable!

    • Guy Desjardins - Inscrit 5 mars 2014 16 h 32

      Mme Sol Wandelmaier. Merci de me corriger. Je voulais dire 40% pour la séparation et 60% contre. À date je n'ai pas eu de commentaires négatifs des Péquistes, je comprend maintenant pourquoi. Vous avez raison M. Legault on ne peut rien lui reprocher, son discour ce matin était une perle et doux à entendre. Enfin un homme qui se tient debout et n'a aucunement peur de nous dire les vraies choses. Contrairement à Mme Marois qui c'est volatisée en esquivant les questions des journalistes ce matin, après avoir déclenché des élections précipitées qui va nous coûter plus de $90 millions. Le Québec n'a pas d'argent et on engendrent des déficits et on dépensent l'argent qui devrait aller à la santé. Misère de misère. Pourtant une loi a été votée par tous les partis à l'unanimité pour des élections en date fixe. Mme Marois demande aux gens du Québec de lui donner un mandat clair. Elle n'est même pas capable de respecter sa propre loi, en disant que c'est la faute aux autres si elle déclenche des élections. On aura tout vu. M. Legault a bien dit ce matin à la conférence de presse. Qu'il a donner toute la corde voulue pour faire accepter la loi de la laïcité et comme d'habitude elle a reculé et décliner car elle pensait faire porter le fardeau de la preuve sur ses adversaires. Peut on lui faire confiance pour les prochaines années? " Le passé est garant de l'avenir".
      Buena eleccion Sra y gracias aun.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 mars 2014 16 h 38

      Je suis d'accord avec vous M. Desjardins. Les sondages peuvent être faussés. La CAQ ne récoltera même pas le 15% de support qui lui est attribué dans le dernier sondage. Dans le 450, les députés de la CAQ vont être balayés. Les caquistes Hélène Daneault et Jacques Duchesneau l'ont compris celle-là.

      Et M. Legault n'est pas un homme courageux. Il essaie juste de garder la face pour un autre mois. Un mois qui risque d'être décisif pour lui et son parti. Après, on verra.

    • Guy Desjardins - Inscrit 5 mars 2014 20 h 32

      M. Dionne. Je ne demandais pas plus de votre examen de la situation. Vous semblez être heureux d'une situation qui n'est propre qu'à vous. Ne vendez pas la peau de l'ours avant de l'avoir .... Vous semblez connaître la vie privé de M. Duchesneau et Mme Daneault. J'espère qu'ils ont dit ce que vous vouliez savoir, pour nous dire qu'ils ont compris que la CAQ va être balayé. "On peut être savant du savoir d'autrui, mais on ne peut être sage que de sa propre sagesse".

  • Normand Murray - Inscrit 5 mars 2014 10 h 38

    Encore une de plus.

    Avec un membre comme Sirois ce ne serait qu'une autre fermeture d'une division de la maison mère libérale.